vendredi 18 octobre 2013

Vieillissement des centrales : la France ne peut plus faire machine arrière


Que se passerait-il si le prolongement de la durée de vie du parc nucléaire n'était pas acté ? Certains murmurent que nous risquerions la pénurie d'électricité. 
Le gouvernement se retrouve piégé. Explications.


Le ministre de l’Ecologie ne veut pas d’emballement. « Ce ne sont pas les commissaires aux comptes d’EDF qui décideront de la politique énergétique de la France », a-t-ilrassuré ce mardi après l’annonce par le Journal du Dimanche d’un probable allongement de la durée de vie du parc nucléaire français jusqu’à 50 ans. La décision n’est pas prise officiellement, donc. Mais elle semble inéluctable.

Trouver l’énergie de 11 EPR d’ici à 2022

« Le scénario industriel implicitement retenu aujourd’hui est celui d’un prolongement au-delà de 40 ans », écrivait déjà la Cour des comptes dans un rapport publié en janvier 2012. En principe, l’arrêt des centrales est un tournant qui se prépare à l’avance. Depuis 2003 – année où l’âge limite a été repoussé de 30 à 40 ans – on savait que les premières constructions, celles de Fessenheim (Haut-Rhin) et du Bugey (Ain), devaient pousser leur dernier souffle au plus tard en 2018. Dans la décennie suivante, 13 des 19 centrales françaises (voir leur âge sur notre carte) étaient supposées les imiter. Dès lors, la France devait se préparer à une chute brutale de sa production d’électricité, fournie à 75% par son parc nucléaire. Dans son rapport, la Cour des comptes estimait que le pays devrait alors être capable d’économiser ou produire l’équivalent de l’énergie fournie par 11 EPR d’ici à 2022.
Sauf que dans les faits, quasiment rien n’a été fait. Le débat sur la transition énergétique n’a débuté que l’an dernier, l’EPR de Flamanville (dans la Manche) accumule les contretemps et au regard du marché du solaire et de l’éolien, l’objectif d’atteindre 23% d’énergies renouvelables en 2020 devient un rêve lointain. « Même si on lançait aujourd’hui de gros chantiers, le retard ne sera jamais rattrapé à temps, avant 2018  » constate l’un des participants au rapport de la Cour des comptes. Résultat, « si on ne prolonge pas la durée de vie des centrales, nous risquons tout simplement de ne plus avoir assez d’électricité », poursuit-il. Trop tard donc pour rebrousser chemin.

EDF évoque une durée de vie à 60 ans

Pour EDF, l’affaire semble classée. Lors de son dernier comité central d’entreprise mi-septembre, l’électricien a dévoilé son projet de « grand carénage » : 50 milliards d’euros d’investissements jusqu’en 2025 pour effectuer les révisions qui permettront à ses centrales d’atteindre non pas quarante, ni même cinquante, mais soixante ans de loyaux services. Soit le double de la durée de vie pour laquelle elles ont été mise sur pied.
Car en prolongeant une première fois de dix ans, la France a déclenché un engrenage. « On estime qu’il faut investir 55 milliards entre 2012 et 2025 pour faire fonctionner, dans de bonnes conditions de sécurité et de productivité, nos centrales jusqu’à 40 ans », rappelle-t-on à la Cour des comptes. Les dépenses liées au renforcement de la sécurité des installations suite à la catastrophe de Fukushima atteignent à elles seules 10 milliards d’euros. Quitte à investir, EDF espère rentabiliser sur quelques décennies.
La centrale de Fessenheim, dont l’arrêt a finalement été décidé pour 2016, fait figure de repoussoir. « En 2011, EDF a changé des pièces importantes comme les générateurs de vapeur », rappelle François Lévêque, professeur d’économie spécialiste de l’énergie à l’école des Mines de Paris. Cet investissement dit de « jouvence » a coûté la bagatelle de 150 millions d’euros. « Avec l’arrêt de la centrale en 2016, une bonne partie de cet argent sera perdu », poursuit l’économiste. Au contraire, en obtenant une prolongation de la durée de vie du parc, EDF mettrait toutes les chances de son côté pour que l’argent dépensé ne parte pas en fumée. Reste qu’« après 2025, on n’arrêtera pas de faire des investissements de maintenance, bien entendu. De nouveaux investissements seront nécessaires pour atteindre les 50 ans », explique-t-on à la Cour des comptes. Et ces nouveaux investissements devront à leur tour être rentabilisés. Jusqu’à ce que l’Autorité de sureté nucléaire (ASN), qui juge au cas par cas de la fiabilité des centrales, impose des mises à l’arrêt.

« Le nucléaire prend toute la place »

Pour l’association Négawatt qui milite pour une sortie du nucléaire, le cercle est encore plus vicieux qu’il n’en a l’air. « Le nucléaire prend toute la place et son abondance n’incite pas à miser sur l’efficacité ou la sobriété énergétique », s’emporte Marc Jedliczka son porte-parole. Si on fait perdurer ce monopole, les alternatives resteront au point mort et on sera confrontés au même blocage dans dix ans. » Pourtant, pour Bernard Laponche, ancien membre du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), la solution existe : « Nous avons en France un très fort potentiel de réduction de la consommation d’électricité. C’est moins risqué et plus simple que de prolonger toujours la durée de vie des centrales. » Ainsi, si l’on se replonge dans le scénario de Négawatt, les 55 milliards dédiés à la prolongation du parc nucléaire pourraient tout aussi bien couvrir l’ensemble des rénovations thermiques à l’échelle du pays pendant trois ans, soit plusieurs centaines de milliers de bâtiments. L’inverse d’une fuite en avant.

Karachi : les silences et blocages de la gauche


À la suite d'une vraie-fausse déclassification de documents “confidentiel défense” par le ministère de l'intérieur, des parties civiles ont écrit à Manuel Valls pour s'insurger. L'audition de l'ancien ministre de la défense socialiste, Alain Richard, qui reconnaît dans un documentaire avoir étouffé judiciairement les soupçons de corruption, est réclamée.




La gauche n’a pas tenu parole. Plusieurs parties civiles de l’affaire Karachi ont écrit, le 4 octobre, à Manuel Valls pour manifester leur « incompréhension » suite à la non-déclassification de plusieurs documents essentiels du ministère de l’intérieur. Elles fustigent, sous la plume de leur avocate, Me Marie Dosé, « le peu de considération dont font preuve les autorités françaises pour aider à la manifestation de la vérité dans ce dossier ».
Durant la campagne présidentielle, le candidat François Hollande et son entourage avaient pourtant promis à plusieurs reprises, publiquement ou en privé, de déclassifier tous les documents confidentiels réclamés par la justice dans les deux volets de cette affaire, qu’il s’agisse de la corruption sur les ventes d’armes sous le gouvernement Balladur (1993-1995) ou des causes de l’attentat de Karachi, commis le 8 mai 2002.
Dans le monde du renseignement, certains imputent l’attentat aux services secrets pakistanais sur fond de corruption internationale. La justice, qui ne détient à ce jour aucune preuve d’un lien entre les volets financier et terroriste du dossier, n’exclut aucune hypothèse. 

Mais une fois au pouvoir, la gauche a laissé derrière elle ses promesses. Le 2 juillet dernier, le ministère de l’intérieur a en effet transmis au juge anti-terroriste Marc Trévidic une seule note des services de renseignements sur un homme clé du dossier, le cheik Ali Ben Moussalem, à la fois intermédiaire financier dans les ventes d’armes du gouvernement Balladur et financier secret d’Al-Qaida. L’homme d’origine saoudienne, mort en Suisse en juin 2004, était réputé être le chef de deux intermédiaires mis en examen dans le volet financier du dossier, Ziad Takieddine et Abdulrahman el-Assir.
Seulement voilà : sur les neuf pages de la note de juin 2004 déclassifiée, quatre sont totalement recouvertes de noir et les cinq autres sont une revue de presse. De quoi susciter l’exaspération des parties civiles.
Dans sa demande de déclassification, qui datait d’août 2012, le juge Trévidic réclamait pourtant à Manuel Valls la transmission de toutes les informations en possession des services de renseignements du ministère de l’intérieur sur « le rôle d’Ali Ben Moussalem dans les contrats Sawari II et Agosta (avec l’Arabie saoudite le Pakistan, ndlr), ses liens avec des organisations terroristes dont notamment et surtout Al-Qaida, son éventuelle mise à l’écart par le famille royale saoudienne, et son décès à Genève en 2004 ».

L'audition de l'ancien ministre Alain Richard réclamée

Mais le système de déclassification du secret défense est ainsi fait en France que le juge ne dispose d’aucun moyen légal pour s’assurer que les éléments qui ont été censurés par le ministère de l’intérieur – donc par le pouvoir exécutif – n’intéressent pas réellement son enquête.
« Cet unique document déclassifié n’est pas à même de participer à la manifestation de la vérité, s’alarme Me Dosé dans sa lettre au ministre de l’intérieur. La simple lecture de ce document très partiellement déclassifié établit que les services de renseignements ont nécessairement travaillé sur les activités d’Ali Ben Moussalem, dont ils savaient qu’il avait perçu des commissions exorbitantes sur des contrats d’armement français et qu’il apportait une assistance à Al-Qaida. »
La pauvreté des informations transmises par Manuel Valls au juge Trévidic est d’autant plus surprenante que la magistrat instructeur a récemment recueilli le témoignage d’un ancien informateur de la Direction de la surveillance du territoire (DST), Gérard Willing, un agent de renseignements privé proche du MI-6 britannique, qui a confirmé, sur procès-verbal, avoir transmis de nombreuses informations sur le cheik Moussalem qui ont fait l’objet « de plusieurs notes de contacts sur plusieurs mois ».  
« Il est établi que la DST a été destinataire d’informations concernant Ali Ben Moussalem (…) et a recueilli des renseignements durant des années sur le rôle de ce dernier, Monsieur el-Assir et de Monsieur Takieddine », s’étonnent les parties civiles. Elles réclament par conséquent des« investigations dignes de ce nom », mettant en cause la « frilosité » du gouvernement.De son côté, pour contourner les verrous français, le juge Trévidic a déjà envoyé plusieurs commissions rogatoires internationales, en Suisse et aux États-Unis, pour tenter d’obtenir là-bas les informations que le gouvernement ne daigne pas lui transmettre ici.
Reste que la frilosité socialiste dans ce dossier ne date pas d’hier. Comme Mediapart l’a déjà raconté, sous le gouvernement Jospin (1997-2002), Matignon et plusieurs ministères, à commencer par celui de la défense, avaient été informés des« malversations » opérées sur les contrats d’armements signés par le gouvernement Balladur. Mais la gauche n’avait rien fait, et surtout pas saisi la justice, malgré les informations explosives à sa disposition.
Dans un documentaire d’Arte et de Mediapart consacré à l’affaire, L’argent, le sang et la démocratie (visible ici), l’ancien ministre de la défense du gouvernement Jospin, Alain Richard, reconnaît, gêné, ne pas avoir voulu alerter la justice sur le système de détournement de commissions occultes mis en place par les balladuriens. Un silence qu’il justifie aujourd’hui, face caméra, par une crainte d’une montée du Front national – Jean-Marie Le Pen arriva néanmoins au second tour de la présidentielle en 2002 – et par le risque que la droite sorte à son tour des affaires embarrassantes pour la gauche...
Après la diffusion du documentaire mardi 15 octobre, l’avocat Me Olivier Morice, qui représente lui aussi plusieurs parties civiles du dossier, vient de réclamer l’audition d’Alain Richard devant le juge anti-corruption Renaud Van Ruymbeke, en charge du volet financier.

Autoroute A65

Les associations l’avaient dit et redit, et ce plusieurs années avant que ne soit coupé le premier arbre, la construction de l’autoroute A65 entre Langon et Pau est fondée sur des prévisions de trafic irréalistes qui ne peuvent qu’aboutir à la faillite d’Aliénor, la société concessionnaire, et à la récupération de la dette (environ 900 millions d’euros) par la collectivité.
Depuis l’inauguration de l’équipement, en décembre 2010, les faits parlent et le fiasco se dessine : Aliénor, qui vient de publier ses comptes, enregistre un résultat net négatif de 35,1 millions d’euros en 2012 (après -34,6 millions d’euros en 2011) soit 91,6% de son chiffre d’affaire (si si, vous avez bien lu). Selon l’analyse financière produite par Patrick Dufau de La Mothe[1], à ce rythme, la société sera en situation de faillite dans le courant 2014, ce qui nécessitera une recapitalisation par les actionnaires (Eiffage et la SANEF) ou bien, s’ils ne veulent pas, l’activation de la clause de déchéance prévue contractuellement et faisant retomber la dette sur l’Etat, la Région Aquitaine et les départements de Gironde, des Landes et des Pyrénées Atlantiques.
Durant les années où elles combattaient ce projet absurde, les associations n’ont eu de cesse d’avertir quant à ce risque financier, ne suscitant que l’indifférence des médias locaux et le mépris des élus. Les premiers n’ont pas fait leur travail, les seconds ont menti.
Nous savons de source interne à la rédaction que durant les années de débats et controverses sur l’autoroute, aucun journaliste de Sud-Ouest (qui détient localement le monopole de la presse écrite) n’a eu pour mission de travailler en profondeur le dossier financier de ce projet.[2] S’il y en avait eu un, il aurait pu (dû) réclamer avec les associations la transparence sur ce projet, et notamment la publication de l’analyse financière prévisionnelle permettant de juger de la rentabilité de l’infrastructure.
Car, il faut le vivre pour le croire, alors que toutes les analyses de l’Etat faites en amont concluaient à la non rentabilité du projet, le seul document disant le contraire, celui rédigé par le concessionnaire, n’a jamais été rendu public (ce qui est pourtant une obligation légale), ni à nous, associations, ni aux élus locaux engageant par leur vote du contrat de concession la solidarité de leur collectivité avec le projet. Nos recours auprès de la Commission d’Accès au Documents Administratifs n’y ont rien fait, pas plus que ceux auprès du Conseil d’Etat, qui dans un attendu qui ne laisse de surprendre jugeait en 2008 que :
« il ressort de l’examen des pièces du dossier que le Conseil Régional d’Aquitaine a délibéré sur le projet de convention relative au financement des concours publics pour la réalisation de l’Autoroute A65 au vu d’un rapport qui comportait l’ensemble des éléments d’appréciation utiles, en particulier sur la clause de déchéance du concessionnaire ; qu’ainsi les requérants ne sont fondés à soutenir ni que le conseil régional d’Aquitaine se serait prononcé sur le fondement d’informations insuffisantes et incomplètes, en violation des dispositions précitées, ni qu’il aurait de ce fait méconnu ses compétences ».
Le rapport de Patrick Dufau de La Mothe, confirme aujourd’hui que cet arrêt de la plus haute juridiction administrative du pays était, au mieux, du travail bâclé. Nous y apprenons en effet que le conseil régional d’Aquitaine «  a demandé une première fois en 2011 à Nathalie Kosciusko Morizet, puis une deuxième fois en 2012 à Frédéric Cuvillier, en leur qualité de ministre des transports, les documents contractuels, les comptes prévisionnels initiaux, comme ceux issus de l’avenant N°1 qui prolonge la concession de 5 ans. Elle n’a rien reçu… ! »
Les élus régionaux aquitains ont donc bien voté en 2006 sans être informés sur les risques qu’ils faisaient prendre à leur collectivité. Les présidents et vice-présidents de cet exécutif, ainsi que ceux des conseils généraux concernés, ont pourtant toujours certifiés avoir connaissance de ces éléments. A l’irresponsabilité sous-jacente à cette décision, que nous pressentions, s’ajoute donc maintenant la preuve du mensonge.
  JULIEN MILANESI
Sur le sujet, vous pouvez soutenir le film "L'intérêt général et moi", en cours de production: http://fr.ulule.com/linteret-general/


[1] L’expert comptable qui avait produit l’analyse financière des associations en 2008, aujourd’hui conseiller régional Europe Ecologie de la région Aquitaine,
[2] Les seuls à avoir fait ce travail d’investigation sont des journalistes du Monde, de France 2 et de CANAL +, soit aucune rédaction locale.

jeudi 17 octobre 2013

Affaire Leonarda



Affaire Leonarda :
l'esprit et la lettre des textes en vigueur piétinés
16 OCTOBRE 2013 LUCIE DELAPORTE
Vincent Peillon a rappelé que l'école devait être « sanctuarisée » 
et qu'il y avait« des règles de droit » et « des principes » à respecter, après la vive émotion suscitée par l'expulsion de Leonarda.
 Une procédure qui contrevient à tous les textes en vigueur sur le sujet dans l'éducation nationale et place
 le ministère dans une position délicate.
Rue de Grenelle, l’expulsion en pleine sortie scolaire de la jeune Leonarda passe mal. Interrogé ce mercredi à la sortie du conseil des ministres, Vincent Peillon a vertement réagi. « Nous demandons qu’on sanctuarise l’école », a-t-il déclaré, visiblement très agacé. Le ministre, qui a affirmé attendre les résultats de l’enquête administrative diligentée par Matignon, a ainsi assuré qu’il y avait « des règles de droit » et « des principes qui sont ceux de la France. La sortie scolaire, c'est de la scolarité. Et notre règle c’est qu’on n’intervienne pas lorsqu’il y a scolarité ». Après avoir pris connaissance, lundi, du cas de l’expulsion de la collégienne Kosovare, le ministre s’était entretenu avec Manuel Valls dès le lendemain en marge des questions au gouvernement pour obtenir des explications.
Sur le principe d’une école-sanctuaire, les textes qui se sont accumulés ces dernières années sont très clairs. Ils ont d’ailleurs été rappelés dans les trois circulairesrelatives à la scolarisation des enfants « allophones nouvellement arrivés », des Roms et des enfants du voyage, rédigées par le ministère de l’éducation nationale l’été dernier. « L’école doit être vécue comme un lieu de sécurité pour ces enfants souvent fragilisés par leur situation personnelle », affirme en préambule la circulaire n° 2012-141 du 2-10-2012. « Assurer les meilleures conditions d’accueil »de ces enfants est « un devoir de la République », dans un « objectif d’intégration sociale, culturelle et à terme professionnelle », souligne l'une d'elles.
Le droit à la scolarisation est inconditionnel, conformément aux articles L. 111-1, L. 122-1, L. 131-1 du code de l'éducation, c’est-à-dire qu’il ne peut dépendre de la situation administrative des enfants ou de leurs parents.
La continuité de la scolarité doit être autant que possible préservée, comme pour tous les autres élèves : « Tout élève admis dans un cycle de formation doit pouvoir parcourir la totalité de ce cycle dans l'établissement scolaire, sous réserve des dispositions réglementaires relatives aux procédures disciplinaires », affirme la circulaire de mars 2002, toujours en vigueur, relatives aux modalités d’inscription et de scolarisation des élèves de nationalité étrangère des premier et second degrés.
Le rapport du défenseur des droits de mai 2013 qui évaluait l’application de ces circulaires a montré que plusieurs tribunaux se sont appuyés sur la scolarisation pour différer des évacuations, afin qu'un cycle scolaire ne soit pas interrompu.
Par ailleurs, après plusieurs affaires ayant ému l’opinion, et abouti à la création du Réseau éducation sans frontières (RESF), une circulaire de Nicolas Sarkozy du 31 octobre 2005 stipulait, déjà, qu’il fallait éviter les « démarches dans l’enceinte scolaire et à ses abords ». Elle a été depuis abrogée. Reprenant l’esprit du texte de 2002, le ministre de l’intérieur précisait aux préfets de « ne pas mettre à exécution avant la fin de l’année scolaire l’éloignement des familles dont un enfant est scolarisé depuis plusieurs mois ».
Aujourd’hui, l’interpellation de la jeune Leonarda piétine et l’esprit et la lettre de tous ces textes. 
Depuis un an et demi, la rue de Grenelle semble d’ailleurs constamment en porte-à-faux avec le ministère de l’intérieur. Les dernières sorties de Manuel Valls sur l’impossibilité consubstantielle à s’intégrer des Roms avaient semé plus que le malaise au ministère de l’éducation. George Pau-Langevin, ministre déléguée à la réussite éducative en charge précisément de la scolarisation des Roms et des élèves « nouvellement arrivés en France », avait rappelé dans un discours prononcé à l’Assemblée nationale, le 27 septembre dernier, que « les particularismes sociaux et culturels ne sauraient justifier le non-respect de nos principes fondamentaux et de nos engagements internationaux comme la Convention internationale des droits de l’enfant ».
Moins frontale que la sortie de Cécile Duflot, la mise au point n’en était pas moins nette. Vincent Peillon, la veille, avait également rappelé, en substance, que la France n’avait rien à gagner à s’enfermer dans un repli identitaire. La phrase prononcée lors d’un colloque de l’Afev (Association de la fondation étudiante pour la ville) n’avait pas été reprise puisque pratiquement aucun journaliste n’était présent ce jour-là, invités qu'ils étaient au même moment à un point sur le budget de l'éducation dans le projet de loi de finances. L'affaire Leonarda a donc fait sortir mercredi le ministre de sa relative réserve.

vendredi 6 septembre 2013

TOUS les métiers sont pénibles !



 
"La politique est l'art de se servir des hommes en leur faisant croire qu'on les sert."
Voltaire



Les partisans patronaux de « la retraite à la carte » font feu de tout bois pour remettre en cause les choses simples, claires, lisibles et chiffrées. Ils détestent le droit à la retraite à 60 ans, parce que tous les salariés s’y reconnaissent et peuvent se mobiliser ensemble pour le défendre. 60 ans, à taux plein c’est un droit commun, solidaire. Alors pour mieux le combattre, ils inventent des systèmes « notionnels », « par points », individualisés. Ca vise à saper l’ordre public social solidaire. 

Sentant qu’ils ne peuvent pas d’un seul coup casser le système par répartition actuel, ils avancent masqués, et proposent des « points » de retraite pour la pénibilité du travail… ce que le gouvernement Ayrault semble vouloir proposer au Parlement de reprendre. C’est même un des points de la réforme Ayrault qui est présenté comme une « avancée sociale ». Bien sur qu’il y a des degrés de pénibilité physique et mentale différents et plus ou moins sévères entre tous les métiers. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a ce qu’on appelle des « régimes spéciaux » : ils ont été négociés par branches, et adaptés à des catégories professionnelles particulières. Il y en a encore 35, ils sont légitimes, car un danseur du ballet de l’Opéra a du mal à faire des pointes après 45 ans et un gendarme a du mal a courir après les voleurs passé 55 ans, les militaires ont du mal à faire leur métier, un ouvrier du bâtiment devrait avoir la retraite a 55 ans, et les chauffeurs ou les « roulants » de la SNCF ont des plannings horaires éprouvants, une infirmière aussi… 

Mais le paradoxe c’est que nos partisans des « points de pénibilité »… comme par hasard, sont opposés aux régimes spéciaux négociés par branches. Ils veulent nous entrainer vers un système in-di-vi-duali-sé. Vous aurez des « points » pour une rotule abimée, pour un poignet déformé, pour un dos bloqué, et non pas liés à votre statut, votre métier, votre branche… ca coutera moins cher.  Une rotule, dix points, deux rotules vingt points ? Les TMS (troubles musculo-squelettiques), 85 % des maladies professionnelles,  combien donneront ils de « points » ? 

Comment on va « trier » ça ? Car il va bel et bien s’agir de tri. On va accorder des« bons à métiers pénibles » (comme il y a des « bons à polluer ?). Le gouvernement l’a promis aux employeurs :  » – Ce ne sera pas eux qui paieront » … ( à la différence des accidents du travail). Donc, c’est d’une gravité exceptionnelle, les employeurs n’auront aucune raison de limiter la pénibilité… Pire, ils pourront arguer auprès du salarié :  » – D’accord c’est dur, mais tu vas avoir des points retraites ». Ils ne s’en priveront pas. 

Ce ne sera d’ailleurs pas vraiment des « points retraites », mais des « points » pour « temps partiel » ( en fin de vie professionnelle -sic ) ou des « points formation » (pourquoi proposez à l’éboueur de se former à 55 ans et ne pas le mettre en retraite ?) 

Ensuite Sarkozy avait, pour qui se rappelle, avait déjà proposé ça. En juin 2010,  sa contre-réforme prévoyait un retraite maintenue à 60 ans pour…  20 % d’invalidité. Comment se mesurait l’invalidité ? A l’époque, l’Elysée avait avancé le chiffre de 10 000 salariés concernés. Les manifestations de septembre 2010 avaient « convaincu » Sarkozy d’abaisser le seuil d’invalidité à 10% d’invalidité et l’Elysée avait alors évoqué officiellement le chiffres de 30 000 salariés concernés. 

Evidemment tout cela est resté vain : l’invalidité devait être examinée par des commissions tripartites ou siégeaient des syndicalistes, des médecins du travail, mais présidées par l’employeur. On imagine très mal ces séances de « tri à bestiaux » . Des syndicalistes obligés de « juger » cela ?  Des médecins du travail déjà fragilisés, en manque d’effectifs, et d’indépendance ? Les défenseurs Ayrault a avancé le chiffre officiel de 100 000 salariés concernés (sur 24 millions de salariés, cela fait 0,4 %), une aumône. 

La question c’est que TOUS les métiers sont pénibles. La pénibilité n’est pas seulement physique, elle est aussi mentale. Le travail devient plus dur pour tout le monde au milieu des cinquante ans. Stress, risques psychos sociaux, management brutal, burn out, suicides au travail, ce ne sont plus les « coups de grisou » qui tuent, mais les « AVC ». Il existe 150 000 accidents cardiaques par an et 100 000 accidents vasculaires. Le professeur André Grimaldi (actuellement engagé dans une juste campagne pour défendre la « Sécu » contre les « complémentaires » santé) affirme qu’entre 1/3 et 50 % de ces AVC sont liés au travail. Combien de « points pénibilité » donnera t on à ces risques cardiaques et vasculaires accrus par la pression au travail ? 

Les égoutiers qui meurent avant 60 ans l’ont dit avec la CGT « départ retardé, mort prématurée ». Mais les cadres stressés, épuisés, essorés et licenciés dès qu’ils donnent un signe de lassitude que subiront-ils ? Selon le Ministère du travail, 5 millions de salariés subissent des « postures pénibles ». Plus de 5 millions portent des charges lourdes. 5 millions ont des horaires atypiques qui usent la santé et l'équilibre personnel. Et pour les 5 millions qui travaillent de nuit ? Le travail de nuit, nuit ! 10 ans de travail de nuit à contre courant c’est 15 ans de vie dépensée… Va t’on distinguer les « points » du gardien de nuit et ceux de l’infirmière de nuit ? 

Permettez qu’on tienne au droit à la retraite à 60 ans pour toutes et tous et aux « régimes spéciaux » collectifs, maintenus, négociés là où ils s’imposent. La loi, c’est 60 ans, l’ordre public social. La négociation et le contrat, c’est dans les branches et métiers et ça peut être 55 ans et moins. Dans le respect des salariés, pris collectivement dans les particularités de leurs  branches professionnelles, pas dans le « tri individuel », humiliant et aléatoire.