jeudi 26 juin 2014

Le retour de Sarkozy



Le retour de Sarkozy :
une coupure vertigineuse

Nicolas Sarkozy, en pleine tempête, fait annoncer son intention de revenir. Il indique sa méthode : s'emparer du parti qu’il a détruit. La dernière sortie de l'ancien président résume à elle seule la vertigineuse coupure entre la France des politiques et la France des Français.
Commençons par l'intéressé. Dans la vie courante, celle d'une entreprise par exemple, il serait viré depuis longtemps pour avoir tapé dans la caisse. Dans la vie politique, on fait semblant de s’interroger. Était-il au courant ? Voilà donc un patron dont le haut état-major a été pris la main dans le sac, état-major dont une bonne partie est convoquée par la justice à ce propos. Ses partisans assurent qu’il ne savait pas ! Que c'était dans son dos ! Voilà donc un candidat qui a fait péter le jackpot de ses comptes de campagne, sans avoir raflé la mise, mais à l'insu de son plein gré ! Parti ratiboisé financièrement, entourage moralement ruiné, dans la société civile cet homme se ferait tout petit. Dans la société politico-médiatique, il grimpe sur un tremplin ! Il annonce son retour irrésistible et trouve, de fait, des relais pour recueillir ses fanfaronnades comme les apôtres jadis, enregistrèrent la Sainte Parole…
Prenons le parti. Ses nouveaux chefs, Fillon en tête, repris par Éric Ciotti, parlent carrément de mafia. Dans une France exsangue, à laquelle, depuis bientôt quarante ans, on explique qu'il faut cesser de vivre au-dessus de ses moyens, et qu'il faut compter chaque sou, cette UMP a fait couler des torrents d'argent douteux pour organiser des espèces de Nuremberg, c'est-à-dire des spectacles médiatiques à la gloire du chef en campagne. Les faits sont établis. Mediapart a publié les fausses factures. Dans une vie démocratique normale, et saine, ce parti politique devrait disparaître ou nettoyer les écuries, en dénonçant celui qui l'a conduit dans cette impasse, et osons le mot, dans cette honte démocratique.

Or l’ancien président de la République, et ancien président du parti, est bel et bien en passe de revenir à la tête de cette UMP-là. Peu importe qu’il ait gardé le contrôle effectif de son parti après son arrivée à l’Élysée. Peu importe qu’il ait voulu que personne ne lui succède, et que le parti soit dirigé par un secrétaire général et non plus par un président, c’est-à-dire par une espèce de gérant dont il resterait le patron. Son UMP a dérivé, s’est endettée, a truqué sa comptabilité, mais il ne savait pas ! Mieux encore : son UMP, même à l’agonie, pourrait le réélire lors du congrès de cet automne, parce que le vote serait confié à une poignée de militants galvanisés, deux ou trois fois moins nombreux qu’il y a deux ans. Ainsi, dans ce paysage ravagé, le dernier carré deviendrait le premier cercle. Plus le parti se serait enfoncé dans la crise, plus les militants choqués auraient pris leurs distances, moins il y resterait d’adhérents, donc de votants au congrès, et plus les fidèles de l’ancien président pourraient dicter leurs volonté. Plus ils perdraient et plus il gagnerait : dans la vie courante, on dirait que ce parti marche sur la tête, dans le fonctionnement du sarkozysme on s’émerveille d’une fulgurante reconquête.
Tout cela n’aurait pas grande importance si ces affaires privées n’étaient pas des affaires publiques. Si le candidat en question, éclaboussé dans sa personne et ses méthodes, et potentiellement porté par un parti publiquement gangrené, n’avait pas de bonnes chances de redevenir le président de notre République. C’est là que la coupure entre le pays réel et les institutions censées l’incarner touche à la crise de régime.
La Cinquième République, voulue par Charles de Gaulle, avait pour objectif de libérer le pays de l’emprise des partis politiques, et de les dépasser en instituant l’élection du président de la République au suffrage universel. Il s’agissait de rapprocher le peuple de ceux qui les gouvernent, en instituant le fameux “lien direct” incarné par le président. Où en sommes-nous cinquante-six ans plus tard ? Premièrement la vie démocratique s’est réduite à un rendez-vous une fois tous les sept ans, puis une fois tous les cinq ans. Puis la somme des pouvoirs confiés, sans contre-pouvoirs, à une seule personne, a limité le débat démocratique à une question obsédante : que désire le patron ? Cette personnalisation a laminé les partis, qui n’ont plus produit d’idées, mais les a en même temps renforcés. Ils se sont transformés en écuries, en champs clos de coteries, en comités Théodule capables de transformer Nadine Morano en diva, en visiteurs du soir, en Pierre Juillet, en Marie-France Garaud, en Alain Minc, ou en Patrick Buisson, et l’élection présidentielle en concours de beauté. Le contraire du projet de 58 !
Avec le retour potentiel de Nicolas Sarkozy, nous en sommes arrivés au stade ultime. En avant pour le concours de laideur ! La distance entre la vie réelle et le système de sélection du chef suprême a pris une telle dimension que, grâce aux mécanismes mêmes de la Cinquième République, un président renvoyé dans ses foyers, et concerné par une multitude d’affaires, pourrait revenir en s’appuyant sur le parti qu’il a démoli !
Cet homme ment comme les autres hommes respirent. Il annonce une intention honnête, prenez garde ; il affirme, méfiez vous ; il fait un serment, tremblez. Machiavel a fait des petits. ...
Dans ses entreprises il a besoin d’aides et de collaborateurs ;
il lui faut ce qu’il appelle lui-même "des hommes". Diogène les cherchait tenant une lanterne, lui il les cherche un billet de banque à la main. Il les trouve...A de certaines époques de l’histoire, il y a des pléiades de grands hommes ; à d’autres époques, il y a des pléiades de chenapans. ...
                                                                           Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que de la honte.

En attendant, depuis sept mois, il s’étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, pris des millions, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue ; il s’est épanoui dans sa laideur à une loge d’Opéra…
Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. 
 il disait à ses concitoyens dans son manifeste : "Je me sens obligé de vous faire connaître mes sentiments et mes principes. Il ne faut pas qu’il y ait d’équivoque entre vous et moi. Je ne suis pas un ambitieux... Élevé dans les pays libres, à l’école du malheur, je resterai toujours fidèle aux devoirs que m’imposeront vos suffrages et les volontés de l’Assemblée. Je mettrai mon honneur à laisser, au bout de quatre ans, à mon successeur, le pouvoir affermi, la liberté intacte, un progrès réel accompli." L’histoire a ses tigres. […] Elle ne mêle pas avec eux les chacals...
 - Qu’est-ce que c’est que cet homme ?

- C’est le chef, c’est le maître. Tout le monde lui obéit.

- Ah ! tout le monde le respecte alors ?

- Non, tout le monde le méprise.

- O situation ! Cet homme de ruse, cet homme de force, cet homme de mensonge, cet homme de succès, cet homme de malheur !
Victor Hugo
Si le feuilleton du retour de Sarkozy ne suffit pas à convaincre tous les politiques sincères, et il en existe beaucoup, que le temps de réfléchir à une nouvelle République est arrivé, c’est que la coupure entre la France des Français et la France de la Cinquième n’est pas seulement profonde. Elle serait irrémédiable.


La droite peut-être, mais alors sans lui !

Justice au singulier

 

Puisque les politiques, à droite ou à gauche, au pouvoir ou dans l'opposition, n'osent pas s'exprimer clairement sur certains sujets, comme s'il y avait en dépit des antagonismes un corporatisme, une solidarité de ceux qui gouvernent, de ceux qui aspirent à gouverner et de ceux qui désirent gouverner à nouveau, puisque les journalistes répugnent à révéler la nudité du roi, il faut bien que le citoyen s'en mêle.
J'ai attendu pourtant. Vainement. J'ai espéré. Pour rien.
Cependant le choc que j'ai ressenti en lisant ce propos de Nicolas Sarkozy dans Le Journal du Dimanche n'était pas léger ni artificiel. Il aurait dû être celui de beaucoup. En lisant, je n'en ai pas cru mon esprit, mes yeux.
"Je ne suis pas décidé à laisser la France dans un tête-à-tête entre le FN et le PS".
D'abord, je l'avoue à ma grande honte, le toupet du personnage a presque suscité une forme d'estime pour un caractère capable non pas de retourner sa veste mais de l'offrir alors qu'elle est mitée, trouée de toutes parts. Qu'elle a trop servi.
Ensuite, je me suis rappelé un sondage récent faisant d'Alain Juppé le rempart le plus efficace contre le FN, ce qui ne semblait pas absurde au regard des positions constantes du maire de Bordeaux.
Enfin, et c'est alors seulement que j'ai pris la pleine mesure de l'énormité de cette assertion, je me suis questionné. Nicolas Sarkozy qui est réputé pour être hypermnésique n'a-t-il des trous de mémoire que pour sa vie politique et sa démarche présidentielle ?
En effet, comment oser soutenir qu'il veut faire échapper les Français à un affrontement entre le PS et le FN alors qu'en 2012 il a fait gagner le premier et progresser le second ?
Sa campagne de 2007 est bien lointaine qui avait permis d'assécher, croyait-on pour longtemps, le FN alors que cinq ans plus tard, sa démagogie et son cynisme, motivés par son retard substantiel dans les sondages, n'avaient fait qu'amplifier l'avancée de ce parti extrême en favorisant sa représentante.
Dans ces conditions, il est inconscient ou mensonger de se présenter comme un sage quand on a été un incendiaire, comme un médiateur alors que, pour sauver sa mise présidentielle, on a fait perdre la France sur les deux tableaux et conduit beaucoup de tenants de la droite non sarkozyste à voter en faveur de François Hollande.
Un jour, peut-on espérer que l'UMP atteindra ce niveau minimal d'éthique qui la dissuadera par principe non pas tant de donner ses suffrages à un vaincu que d'en faire bénéficier un ancien président qui a déjà mal servi, qui est englué dans les affaires, la dernière en date, Bygmalion, n'étant pas la plus anodine ?
Ou bien faudra-t-il attendre que Jérôme Lavrilleux aille au bout de la vérité et Eric Cesari vers plus de sincérité que de fidélité pour que ce grand parti secoué, mais pas encore mort, se ressaisisse et se décide enfin, pour avoir l'esprit propre et un avenir honnête, à faire l'impasse sur celui qui, ayant tout décidé, doit tout assumer, ayant tout validé, doit tout s'imputer ?
Les médias qui ne sont guère originaux ne cessent de nous répéter que Nicolas Sarkozy demeure "serein" - un adjectif absurde aussi bien au regard de son être que de la réalité trouble qui, au fil des semaines, émerge et qui aurait dû dégoûter depuis longtemps tout citoyen normalement constitué.
Quand j'entends les duettistes Didier et Peltier, au demeurant sympathiques, s'obstiner à chanter la gloire de leur héros, je suis partagé entre l'étonnement ou l'irritation. Sont-ils aveugles, sourds ou bien l'éthique, à cause de la contagion d'un quinquennat calamiteux pour l'état de droit, est-elle devenue le cadet de leurs soucis et une misérable obligation ?
Ainsi cette indifférence à l'honorable, cette désinvolture, cette sous-estimation de l'intégrité seraient consubstantielles aux quelques-uns qui continuent d'afficher une inconditionnalité pour Nicolas Sarkozy, de plus en plus intense à proportion même de son caractère de moins en moins crédible et légitime ? On force puisqu'au fond, on n'est plus dupe.
A l'UMP, le temps des révérences est révolu. Alain Juppé qui s'est enfin déclaré pour la primaire et sa roideur laconique, François Fillon, son audace par écrit et ses heureuses provocations qui, peut-être, ne seront pas rétractées dès le lendemain, Xavier Bertrand qui suit son sillon et n'est pas offensé mais stimulé par le peu d'importance et d'influence qu'on lui prête, Bruno Le Maire dont le verbe seul est révolutionnaire et qui refuse une restauration, d'autres encore qui ne feront pas de la droite sans Sarkozy un monde orphelin. Bien au contraire. Ce serait comme l'équipe de France sans Ribéry : une merveilleuse aubaine.
Notre ancien président a raison sur un point capital : il faut tout changer. Ce "tout" doit l'englober, l'intégrer.
On a donné sa chance, en 2012, à François Hollande et, pour l'instant, il ne l'a pas saisie. Il a trahi à la fois ceux qui le désiraient et ceux qui ne voulaient plus de Sarkozy, la gauche pure et dure et le conservatisme éclairé et décent. Il n'est pas impossible que ce qui se déroule actuellement à droite, les nuages lourds et noirs dissipés, représente une aurore certes encore modeste mais plus qu'un frémissement : une envie de se débarrasser d'hier, d'inventer demain.
Alors la droite pourra redevenir un horizon. On aura le droit de revenir. Sans honte.
Mais alors forcément sans lui !

mercredi 28 mai 2014

« Les Français ont la mémoire courte » ( Philippe Pétain).

Le rapport qu'entretient Jean-François Copé à l'argent apparaît au grand jour en septembre 2007, bien avant que soient révélés ses liens avec Ziad Takieddine, devenu millionnaire grâce aux ventes d'armes du gouvernement Balladur, avait longtemps dissimulé sa fortune au fisc français, le député et maire de Meaux avait même juré n'avoir « jamais eu connaissance de sa situation fiscale ». À la question : « Est-ce que vous trouvez normal qu'une personne qui vit en France, et dispose d'une fortune de 40 millions d'euros, ne paye pas d'impôts ? », il avait répondu : « La question, vous ne la posez pas dans les meilleures termes. Il y a une administration qui est là pour le vérifier (.). Je n'ai pas de raisons de mettre en cause le travail de l'administration fiscale. ». Ministre du budget, il ne pouvait être au fait du travail quotidien de son administration.                                         Président de l'UMP, il ne peut pas être « au fait de la gestion quotidienne » du parti « dans sa dimension comptable ». C'est du moins ce qu'il a expliqué après les nouvelles révélations de Libération concernant les 18 millions d'euros empochés par Bygmalion au cours du premier semestre 2012 pour l'organisation de 70 conventions dont personne ne se souvient. Une fois de plus : les mêmes mots, la même ligne de défense.

Dominique Dord (En 2012, le trésorier du parti). Le trésorier qui trouvait les chèques « élevés » explique ne pas avoir eu les moyens de contrôle  « Je rappelle simplement que le trésorier à l’UMP n’est ni celui qui décide, ni celui qui valide une dépense. Le trésorier n’arrive qu’en bout de chaîne pour régler les factures des prestations certifiées réalisées. » Exemple : Six journées de formations facturées plus de 100.000 euros au conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur en 2011, révèle un mail interne consulté par "Le Parisien". Parmi les formateurs figure Guillaume Peltier, vice-président de l'UMP. Ce responsable de la "droite forte" dispensait plusieurs séances, dont la plus chère, sur le "développement économique", facturée 21.120 euros. Sur cette somme, 70% environ seraient revenus à COM+1, la société de conseil dirigée par l'élu. "21.120 euros la journée, il faut être sérieux", dénonce le président d'une société agréée par le ministère de l'Intérieur, toujours interrogé par le quotidien. Une société similaire offrirait des prestations comparables pour une fourchette allant de 4.500 à 6.000 euros. 

L'ancien ministre du budget a été élu président du groupe UMP à l'Assemblée nationale. Alors qu'il détient la haute main sur le travail de toutes les commissions parlementaires, il est recruté comme avocat au sein du cabinet d'affaires Gide-Loyrette Nouel, qui a notamment conseillé l'État pour la fusion GDF Suez. Ce temps partiel - rémunéré 20 000 euros par mois - crée des remous au Palais-Bourbon. Le spectre du conflit d'intérêts n'est pas loin. « Ça ne me gêne pas qu'il gagne du pognon, mais je trouve ça moyen, se souvient le député UMP Benoist Apparu dans le livre Copé l'homme pressé. Aujourd'hui l'opinion demande que les parlementaires soient irréprochables. Or ce débat autour du recrutement de Copé chez Gide nourrit l'antiparlementarisme. ». De nouveau au cour d'une polémique qui ne tarde pas à s'emballer. Pour éteindre l'incendie, il assure à qui veut l'entendre que son « activité d'avocat ne concernera en aucun cas ni l'État, ni les dossiers (qu'il a) pu traiter en tant que ministre ». Des promesses non tenues Copé-l'avocat a bien utilisé sa casquette de Copé-chef de file des députés UMP pour enterrer un projet de loi qui déplaisait à son cabinet. Il est encore président du groupe UMP à l'Assemblée nationale lorsque deux de ses anciens collaborateurs, Guy Alvès et Bastien Millot, créent la fameuse société Bygmalion en 2008. Le député et maire de Meaux avait déjà fait travailler les deux hommes pour le compte de son micro-parti Génération France, créé à l'automne 2006 et dont Guy Alves fut trésorier au moins jusqu'en 2007. Tandis que les finances de l'UMP s'enfoncent dans le rouge, Génération France bat des records de dons, passés de 116 065 euros en 2008 à 428 731 euros en 2010. Dans le même temps, les dépenses en« propagande et communication » du micro-parti de Copé chutent littéralement. Après la découverte du système Bygmalion, les fillonistes regardent d'un oil nouveau les moyens considérables mis en place à l'époque par l'équipe du patron de l'opposition pour qu'il puisse garder son siège. Certains analysent différemment aussi le silence de Nicolas Sarkozy dans un moment où la droite menaçait d'imploser. Ils se demandent quel secret pouvait nécessiter qu'autant d'efforts soient déployés. Et se rejouent une scène survenue mi-octobre 2012 dans les bureaux parisiens de l'ancien chef d'État, où Jérôme Lavrilleux fut décoré de l'insigne de l'ordre national du mérite des mains mêmes de Sarkozy.                    La guerre pour la présidence de l'UMP a lourdement affaibli Jean-François Copé. Mais elle ne l'a pas achevé. Le député et maire de Meaux était alors entouré de sa garde rapprochée. Celle-là même qui lui cause aujourd'hui de nouvelles difficultés et dont il va être contraint de se séparer. Car c'est peut-être là, la seule différence entre l'affaire Bygmalion et toutes les autres polémiques que Copé a pu traverser sans jamais être inquiété. Pour la première fois depuis dix ans, il se retrouve tout seul.                                                                                            Combien de gens se souviennent-ils  encore qu’ Alain Juppé a été condamné, le 30 janvier 2004, par le tribunal correctionnel de Nanterre à dix-huit mois de prison avec sursis et à une peine de dix ans d’inéligibilité, peine ramenée en appel le 1er décembre 2004  à quatorze mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité, pour « abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux, et prise illégale d’intérêt » pour des faits commis en tant que secrétaire général du Rassemblement pour la République et maire adjoint de Paris aux finances ?
 En matière de contournement des législations sur le financement des partis et des campagnes électorales, on peut faire confiance à tous les partis pour rivaliser d’ingéniosité: fausses factures , surfacturations de conférences internes , commissions occultes,  micro-partis , etc.  On regrette parfois de ne pas voir autant d’inventivité et d'imagination consacrées, lorsqu’ils sont au pouvoir,  aux finances du pays plutôt qu'à celles de leur parti.
En réalité, en France les « affaires », qu’il s’agisse de soupçons, de mises en examen ou de condamnations définitives, n’ont jamais entravé que de façon très transitoire la carrière d’un homme politique 



« Bon appétit, messieurs !

Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure,
L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure !
Donc vous n'avez ici
pas d'autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !

.../...

l'Europe, hélas ! Écrase du talon
Ce pays qui fut pourpre et n'est plus que haillon.
L'état s'est ruiné dans ce siècle funeste,
Et vous vous disputez à qui prendra le reste !
Victor Hugo "Ruy Blass"


La droite modérée ? Elle est mouillée jusqu’au cou. Tant de ministère de l’identité nationale, tant de viande hallal, tant de pains au chocolat, tant de fausses factures, pour en arriver là ! Depuis trente ans, la droite classique n’a pas produit une seule idée durable. Elle est passée de l’ultralibéralisme façon Reagan à la « fracture sociale » modèle Chirac, des grands ciseaux d’Alain Juppé, réducteur de déficits, au dentier de Sarkozy qui devait croquer la croissance. Handicapée par le Front national, cette droite n’a pas cessé de faire la danse du ventre, affirmant son rejet des Le Pen, mais pratiquant les rapprochements, les effleurements, et les caresses de Grenoble.
Quant aux socialistes, depuis mai 1981, ils ont tenu un discours dans l’opposition, qui invitait à changer le monde, puis un autre au pouvoir, en vertu des contraintes et des réalités. Mitterrand a tenu un an et demi avant d’entamer sa mue, Jospin presque trois ans, Hollande a cédé au bout d’un mois…
Le couple antinomique du PS et de l’UMP était usé jusqu’à la corde mais se perpétuait quand même, grâce au verrou des institutions, et à la peur de l’extrémisme. Le scrutin majoritaire étant ce qu’il est, cette alternance mécanique aurait pu durer mille ans. Il aurait fallu que les électeurs ne se lassent pas du Front républicain qui avait élu Chirac, pourtant complètement usé, avec 82 % des voix. Il aurait fallu que la France préfère l’imitation de Sarkozy à l’original de Marine Le Pen. Il aurait fallu que l’épouvantail Le Pen continue d’épouvanter la France.
Or tout s’est effondré, d’abord aux municipales, ensuite aux européennes. La règle de la Cinquième République, qui commandait que les victoires de l’un se bâtissent sur les défaites de l’autre, a cessé de fonctionner. Ce dimanche, le PS a lourdement perdu mais l’UMP a touché le fond. Le jeu à deux, « Nous ou le chaos », a laissé la place à un champ de ruines où Marine Le Pen peut s’écrier : « Moi seule puisque c’est le chaos »...
Tout est par terre. Le désastre saute aux yeux. La gravité du bilan devrait imposer d’en finir avec les arrangements, genre changement de premier ministre, les mesures de circonstance, style baisse des impôts improvisée par Manuel Valls, les conseils de guerre fumeux, comme ce séminaire à l’Élysée, ou les arrière-pensées dérisoires ou scandaleuses, telles ces dénonciations à l’UMP. Il ne s’agit plus du sort particulier des figurants, ou de leurs « petits » trafics, mais du destin de la République.
La Cinquième a eu son intérêt. Elle était un corset, imposé en 1958 par un politique immense, militaire de son état, pour libérer l’action publique, la débrancher du régime des partis et des « comités Théodule ».  Or voilà que ce verrou a isolé les responsables, les a coupés du réel, les a mis à l’abri des mouvements de la société, a posé une cloison étanche entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés.
Hollande ne peut plus dire qu’il a trois ans devant lui. Valls ne peut pas soutenir qu’il a besoin de temps. Les écologistes ne peuvent plus se demander s’ils sont dedans ou dehors. Mélenchon ne peut plus croire que les excommunications suffiront à rassembler.
Il est trop tard pour lancer, comme dimanche soir, des appels vers ce centre auquel on a tourné le dos pour s’accrocher à Sarkozy. Il va falloir tourner la page. Traiter pour de bon le scandale Copé. Et cesser de penser que le plongeon du PS servira d’issue de secours.           La Cinquième République est à terre, voire dans la gadoue. 
Il faut inventer la Sixième.





mardi 27 mai 2014

Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés !

Ce titre m'est offert par le génial fabuliste Jean de La Fontaine qui avait tout prévu.
Il y a la présomption d'innocence, je sais.
Elle n'a jamais autant servi, été invoquée, exploitée que pour Nicolas Sarkozy, ses affidés et ses amis. Le bon sens commanderait de se dire que pour avoir si souvent besoin de cette protection formelle, cet aréopage n'est sans doute pas virginal et que l'éthique publique n'a pas été son fort !
Mais il y a une justice d'exception : non pas celle qui accablerait l'ancien président et ses obligés mais celle qui, contre vents et marées, contre l'inlassable montée des soupçons et le tintement assourdissant des casseroles, fait la fine bouche, renvoie le citoyen de plus en plus étonné, voire indigné dans ses cordes, et constitue l'état de droit non pas comme un outil de vérité mais pour une barrière quasiment infranchissable.
Qu'on fasse la liste de tous ceux qui, dans l'entourage amical et politique du vaincu de 2012, ont dû, pour des raisons diverses et sur des registres différents, se confronter à des processus éprouvants : mutation, police, justice.
Pour ne pas parler de Nicolas Sarkozy lui-même qui continue, soutenu par un populisme élitiste antijuges, à jouer la victime et à se draper dans la posture de l'innocent outragé après que l'UMP a payé pour lui.
Le plus navrant, c'est qu'avant toute implication judiciaire et même sans mise en cause officielle, il n'est personne qui doute de la plausibilité de ces attaques. Il y a des personnalités qui représentent leur meilleur avocat et d'autres leur pire procureur. On verra bien à la fin.
Mais tout de même, à considérer le nombre des collaborateurs et agents publics qui ont sous son égide franchi la ligne rouge qui sépare la réputation sans tache d'une image pour le moins controversée, voire douteuse, on ne peut pas qualifier autrement Nicolas Sarkozy que de grand pervertisseur. A force d'avoir laissé croire que tout était possible, permis et que l'impunité était assurée pour et par un pouvoir et ses annexes prétendus intouchables, il a conduit certains à lâcher la bonde. J'en veux moins à ces derniers qu'au chef qui a diffusé cette délétère inspiration.
Georges-Marc Benamou, François Pérol, Nicolas Bazire, Thierry Gaubert, Philippe Courroye, Patrick Ouart, Gilbert Azibert, Claude Guéant, Patrick Buisson, Christine Lagarde, Stéphane Richard, Eric Woerth, les époux Balkany, de hauts fonctionnaires de la police... Je suis persuadé que la liste ne s'arrêtera pas là.
Des enquêtes, le tribunal correctionnel, des juges d'instruction, la commission d'instruction de la Cour de justice, ici de la rapidité, là une extrême lenteur, ici des procédures qui malgré l'ancienneté avancent, là la coalition de tactiques et de connivences pour entraver, ici des magistrats efficaces et déterminés, là des prudences et des accommodements, ici la certitude que le temps n'est pas un allié pour la justice et là qu'il lui servira à la différer...
Peu importe ce qui résultera de ces pistes multiples et de ces fumées s'échappant du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Déboucheront-elles sur des feux, peut-être ?
En tout cas, ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés.
Bien sûr, il y a la présomption d'innocence qui n'est jamais plus intensément revendiquée que par les coupables sûrs de l'emporter... Les vrais innocents ont en général le verbe moins haut et n'ont pas une cohorte de fidèles aveuglés pour traîner les juges dans la boue.
Puisque j'ai fait appel au fabuliste, il nous faut une morale.
Nicolas Sarkozy, en conclusion d'une page décapante consacrée aux époux Balkany (JDD), nous la formule : "ceux qui ont fait des bêtises les paieront".
Inconscience, cynisme, croyance tardive en la justice ?
Cette sentence s'applique à qui ? A ses collaborateurs, à ses amis ?
A lui ?

"La politique est l'art de se servir des hommes en leur faisant croire qu'on les sert."
Voltaire

Justice au singulier