mercredi 15 juin 2016

Unidos Podemos Cette Espagne qui vient

Alors que la déflation suit son cours au sein de la quatrième économie de la zone euro,
quand 1,4 millions de foyers sont régulièrement victimes de coupures d'eau, d'électricité ou de gaz, plan détaillé sur les propositions de Unidos Podemos en vue des élections générales du 26 juin, point d'ancrage pour un éventuel Front Populaire ces prochains mois.

Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté,

 doit commencer par leur garantir l'existence. 

Léon Blum


Le 8 juin dernier, Carolina Bescansa, cofondatrice de Podemos, invitait la presse pour médiatiser le programme de Unidos Podemos. Si le format copie clairement celui d'un célèbre catalogue, le fond, environ 400 propositions, prétend répondre à six années de disette budgétaire.      Pour l'image, la maison de la sociologue a en partie servi de cadre.       Pour le reste, soit l'essentiel, ces points de programme ont été élaborés depuis les cercles citoyens et reprennent donc ceux présentés lors de la précédente campagne. Une annexe d'une vingtaine de pages jointe en fin de document authentifie l'accord programmatique passé avec Izquierda Unida

Tout d'abord, Unidos Podemos propose d'engager l'État dans un processus européen visant la constitution d'une agence de régulation financière commune aux Étas membres, pour, notamment, enrayer le secret bancaire dans les paradis fiscaux. 
Dans le domaine de la Recherche, UP propose de nouveaux statuts pour les chercheurs, leur garantissant une carrière fructifère, basée sur le mérite, ainsi que la création par l'État de Centres d'Innovation Citoyenne, qui seraient gérés conjointement par les municipalités et les universités concernées, de bourses et de concours supplémentaires, tant pour les élèves que pour les entreprises souhaitant investir dans la transition énergétique, et l'éventuel rapatriement des cerveaux émigrés dans le cadre d'un plan d'innovation technologique et scientifique.
En ce qui concerne la Justice, Unidos Podemos souhaite dans un premier temps l'abrogation de la Loi 4/2015, dite loi "Mordaza" dans le langage courant (loi du bâillon). Il s'agit d'une loi sur la sécurité et la protection civile instaurée par le PP. Vigoureusement critiquée, notamment dans le cadre des mouvements sociaux, elle interdit, par exemple, tout rassemblement citoyen autour du Parlement ou du Sénat, les sit-in, blocages et occupations, la prise d'image des forces de l'ordre, ainsi que toute tentative d'interférer sur l'expulsion d'un locataire par un propriétaire. Par rapport aux hypothèques, UP souhaite offrir la possibilité d'une seconde chance aux locataires et aux propriétaires susceptibles d'être délogés ou expropriés, notamment à travers de la régularisation de la dation en paiements rétroactifs et la réduction voire l'annulation de la dette quand il y a départ du logement. Par ailleurs, UP souhaite légiférer sur la possibilité de déclarer un bien immobilier insaisissable si considéré comme lieu de résidence unique et d'occupation permanente, ainsi que sur l'impossibilité de recourir à une expulsion sans proposition d'habitat alternatif.
UP propose ensuite d'améliorer les standards actuels dans le domaine de l'assistance juridique (qu'elle soit publique et gratuite), de créer une Agence de Protection des Consommateurs et un Bureau des Droits Humains, de mettre en place une loi qui garantisse et facilite la liberté d'expression et de réunion, et de rendre les amendes proportionnelles aux revenus des condamnés. 
Finalement, dans le domaine des prestations sociales, Unidos Podemos affirme pouvoir dédier un portefeuille de 85 millions d'euros à l'amélioration des prestations sociales de base, redistribués par les mairies, et créer un Centre d'Innovation et de Recherche ainsi que de nouveaux Centres de Services Sociaux (un pour vingt mille habitants).
Unidos Podemos propose d'abord de pérenniser le système des retraites à l'aide d'un nouvel impôt, tout en garantissant le départ à 65 ans. Parallèlement, le programme évoque l'importance de légiférer sur l'autonomie et la dignité des personnes en situation de dépendance (physiothérapie et rééducation gratuites, amélioration des services pour l'aide à la personne, augmentation du montant de la prise en charge du matériel orthopédique, etc.), ainsi que sur l'inclusion des personnes à mobilité réduite ou fonctionnelle, par l'emploi et la professionnalisation. Dans le domaine de la Santé, un des secteurs les plus durement touchés par les coupes budgétaires demandées par Bruxelles, UP souhaite pouvoir investir 8,8 milliards d'euros, soit l'équivalent de la somme des coupes dans ce secteur depuis 2010. UP propose une sécurité sociale universelle, une loi sur la fin de vie et la création d'une plateforme numérique consacrée à l'historique sanitaire de tous les citoyens, notamment.
Afin de relancer la consommation, la compétitivité du pays, le pouvoir d'achat et lutter contre la pauvreté (selon l'Institut National des Statistiques, 1 espagnol sur 5 risque de passer sous le seuil de pauvreté actuellement), UP souhaite instaurer un revenu minimum (comparable au RSA). En premier lieu, les travailleurs pourraient percevoir un complément salarial leur permettant d'atteindre les 900 € de revenus mensuels, et en relevant le salaire minimum de 650 € à 950 € en quatre ans.
L'UP souhaite aussi rompre avec les deux précédentes réformes du code du travail (celle du PSOE, en 2011, et celle du PP, l'année suivante)Concernant les heures de travail, UP souhaite une semaine de travail à 35 heures (pour 40 actuellement) et propose de reprendre le contrôle sur les heures supplémentaires, qui ne sont généralement pas payées (environ 3,5 millions d'heures supplémentaires par semaine en moyenne n'étaient pas rémunérées pour l'année 2015). Cela implique d'une part l'embauche de nouveaux inspecteurs du travail, dotés de plus moyens, et d'autre part de rendre à la représentation syndicale et à la négociation collective leur place dans les accords entre le salariat et le patronat. Les syndicats ont été très affaiblis par les réformes du travail, et la Banque d'Espagne en demande une nouvelle
À l'échelle européenne, UP évoque aussi la possibilité d'une indemnisation des chômeurs remise directement par Bruxelles, en cas de crise majeure, et afin de relancer l'initiative sociale en Europe, la nécessité d'un Eurogroupe social, réunissant les Ministres des Affaires Sociales et du Travail des pays de l'Union.

L'UP souhaite également légiférer pour responsabiliser les fournisseurs d'électricité et de gaz, tout en garantissant un seuil minimum et universel permettant d'accéder au gaz, à l'eau et à l'électricité, notamment pour les foyers touchés par une pauvreté soudaine. Pour ce faire, UP propose la création d'une entité publique pour garantir l'accès au gaz et à l'électricité. 
Par ailleurs, le programe fait également état de la reconnaissance constitutionnelle de la langue des signes (elle serait considérée comme une langue officielle). Enfin, pour garantir l'Égalité, le programme de UP propose de légiférer sur l'identité de genre (l'Espagne reconnait et punit la violence associée au genre depuis 2004), la reconnaissance et le soutien des familles monoparentales et l'aménagement du temps de travail pour les jeunes parents.

En termes de démocratie politique et de représentativité, Unidos Podemos opte pour la possibilité d'organiser des référendums révocatoires. Le processus révocatoire se baserait sur une pétition citoyenne réunissant au moins 15 % des inscrits sur les listes électorales. S'ensuivrait un vote parlementaire, et si au moins 158 députés (sur 350) se montraient en faveur d'une révocation, alors le Gouvernement devrait organiser un référendum national pour demander à la citoyenneté si elle souhaite de nouvelles élections. Concernant les carrières politiques, UP souhaite interdire la reconversion dans le secteur privé (actuellement, environ 50 personnalités politiques de premier plan siègent aux CA des entreprises de l'Ibex 35). Parallèlement, UP souhaite qu'un Observatoire Citoyen des Politiques Publiques soit mis en place.     Au sujet de l'unité territoriale, UP considère l'Espagne comme un pays plurinational et s'engage à faire respecter les singularités des communautés autonomes qui le souhaiteraient. Par exemple, concernant la Catalogne, UP souhaite la tenue d'un référendum consultatif traitant du statut de cette région par rapport à l'État central.
Concernant la laïcité, UP propose de retirer les chapelles et les signes religieux apparents des universités, ainsi que de mettre fin à l'exonération d'impôts sur les biens immobiliers dont bénéficie l'Église (IBI), qui représente, selon Europa Laica, environ 2 milliards d'euros annuels. Par ailleurs, UP souhaite en finir avec les subventions que l'Église reçoit de l'État, comme notamment via l'impôt sur le revenu des contribuables (250 millions d'euros chaque année). En tout, Europa Laica estime que l'Église espagnole bénéficie de 11 milliards d'euros d'aides de l'État chaque année, soit 1 % environ du PIB. Pour UP l'école doit être laïque. UP souhaite abroger la précédente loi sur l'éducation (la LOMCE), généraliser l'intégration dans les écoles publics de centres d'apprentissage spécialisés dans les domaines de la danse et du théâtre notamment. En tout, UP souhaiterait pouvoir investir 13,7 milliards d'euros dans l'Éducation (environ 5 % du PIB). Avec une telle enveloppe, UP garantit la diminution du nombre d'élèves par classe (environ 30 dans le primaire), la baisse des prix des diplômes universitaires, l'emploi de professeurs et de conseillers d'éducation aux pouvoirs renforcés, la possibilité d'offrir une formation continue aux adultes tout le long de leur vie salariée, et la hausse des salaires des fonctionnaires travaillant dans l'enseignement. Concernant l'éducation dans le primaire et au collège, UP souhaite supprimer les devoirs à la maison (l'Espagne est le troisième pays en temps dédié aux devoirs et le premier en matière d'échec scolaire en Europe, selon le dernier rapport de l'OMS).

Unidos Podemos souhaite un Ministère qui soit consacré à la culture et à la communication (actuellement, le secteur culturel est rattaché au Sport et à l'Éducation). S'ensuit une série de mesures législatives diverses, tant sur l'impossibilité de constituer des oligopoles médiatiques sans être contrôlé que sur le statut des artistes et des écoles d'arts. Par ailleurs, UP souhaite abaisser la taxe sur la valeur ajoutée des services et produits culturels, dont le taux actuel est le même pour tous les produits de consommation.
En matière de Droit d'asile, UP souhaite que l'État respecte les engagements pris au sein de l'UE vis-à-vis de l'accueil des réfugiés de guerre. L’actuelle gouvernance de Mariano Rajoy s'était engagée à accueillir 18 000 personnes en deux ans. L'espagne n'a pour l'instant accueilli que 586 réfugiés, selon la CEAR (Commission Espagnole d'Aide aux Réfugiés).
Enfin, la confluence réunissant Podemos et Izquierda Unida valide dans son programme l'idée de création d'une banque publique pour soutenir l'investissement à partir du crédit pour les entrepreneurs (fusion de Bankia et Mare Nostrum). Pour améliorer les recettes de l'État, le programme insiste également sur la nécessité d'en finir avec la fraude fiscale (48 milliards chaque année), de réhausser le seuil d'imposition sur le patrimoine (Baisser la tranche d'imposition sur le patrimoine à 400 000 € au lieu de 700 000 € actuellement), et de prélever en priorité l'argent des plus grandes fortunes (hausse de l'impôt sur le revenu pour les tranches supérieures, à partir de 60 000 € par an). Lever des impôts sur les biens immobiliers inoccupés. Par ailleurs, l'impôt payé par les grandes entreprises devrait passer de 5 % à 15 %, sans possibilité d'amnistie fiscale.
Concernant la réindustrialisassions du pays, UP annonce vouloir ré-agencer les voies ferroviaires, notamment autour des grandes zones portuaires. À ce sujet, lors du meeting de campagne de En Comú Podem, à Barcelone, samedi dernier, Mònica Oltra et Ada Colau ont ainsi évoqué le potentiel d'un possible couloir ferroviaire méditerranéen reliant la Murcie aux Pyrénées, en passant par les régions de Valence et de Barcelone. Le programme de UP fait en effet référence à la réouverture de plusieurs lignes, comme celle liant Confranc (en Aragon) à Oloron-Sainte-Marie, ou celle qui relie entre elles Teruel (Aragon), Saragosse (Aragon) et Sagonte (Valence), dans le but de faire de l'Aragon "un pôle logisitique". Le programme se fixe pour objectifs de nationaliser des centrales hydroélectriquesDans le cadre de la transition énergétique, le programme détaille la proposition d'un Plan National (PNTE), afin de changer de modèle productif et d'éthique de la consommation. UP propose de développer l'autoconsommation électrique (et les énergies renouvelables dans les administrations publiques et les transports jusqu'à 100 % en capacité). Parallèlement, UP souhaite également légiférer pour responsabiliser les fournisseurs d'électricité et de gaz, tout en garantissant un seuil minimum et universel permettant d'accéder au gaz, à l'eau et à l'électricité, notamment pour les foyers touchés par une pauvreté soudaine. Pour ce faire, UP propose la création d'une entité publique pour garantir l'accès au gaz et à l'électricité. 
Ce plan promouvrait un investissement à hauteur de 1,5 % du PIB pendant 20 ans dans l'innovation énergétique tout en interdisant la fracturation hydraulique. Il s'agirait essentiellement de réaliser un audit national pour réorienter le secteur de la construction vers la réhabilitation, la rénovation et l'amélioration des bâtiments déjà existants (pour réduire leur consommation énergétique, etc.) et pour mesurer l'efficience du système électrique dans sa globalité.  Concernant l'urbanisation, UP souhaite obliger les constructeurs à intégrer une appréciation de la projection du coût environnemental dans les devis, ainsi que légiférer sur les zones constructibles (garantir la préservation des montagnes, des forêts, des plans et cours d'eau et du littoral principalement. À travers diverses propositions de loi, sur l'utilisation des sols agricoles, la protection de l'environnement et des paysages, ou encore la qualité de l'eau, UP compte moderniser la politique environnementale de l'Espagne, une démarche jusqu'alors souvent entravée par la corruption et le marché noir. UP souhaite améliorer les outils juridiques permettant de sanctionner les pollueurs, notamment les personnes morales, les entreprises. Concernant le monde animalier, UP souhaite l'instauration progressive de référendums systématiques dans les localités où ont lieu des festivités en lien avec la tauromachie.

À l'international Enfin, le programme opte pour s'opposer au TTIP, au CETA, ainsi qu'au TISA (certaines villes, comme Madrid ou Barcelone, l'ont déjà fait). En plus d'une Agence de Régulation Financière Européenne, UP envisage aussi de proposer la création une Agence Fiscale Internationale, placée sous l'égide de l'ONU. Celle-ci pourrait, par exemple, sanctionner les transnationales qui cherchent à éviter d'être imposée là où elles font des bénéfices, et lever un impôt sur les transactions financières (taxe Tobin). Par ailleurs, Unidos Podemos souhaite multiplier les accords bilatéraux avec les pays du continent sud-américain, ainsi que la reconnaissance unilatérale par l'Espagne de deux États, la Palestine et le Sahara.
 Chantier important en Espagne, le programme de Unidos Podemos propose la restructuration de la dette, qui passe notamment par un audit parlementaire incluant les citoyens (mesure reprise récemment par Ciudadanos). De plus, UP propose de rétablir l'article 135 de la Constitution, qui concerne la dette publique et son plafonnement, tel qu'il était écrit avant la modification approuvée par PSOE et PP en 2011 (sous Zapatero). Concrètement, cela signifie que UP souhaite se désengager des pactes de stabilité budgétaire européens, comme le TSCG.
Pour conclure, à propos d'argent et de cohérence, même si le budget public n'est plus de 96 mais de 60 milliards d'euros environ, le programme proposé par Unidos Podemos demeure le même que celui qui a eté proposé par Podemos lors des dernières élections générales.
Cette baisse significative est surtout liée à deux problématiques, d'une part les efforts suplémentaires demandés par Bruxelles et Pierre Moscovisci pour réduire la dette publique du pays, et d'autre part le souci de se calquer sur les dépenses prévues par le PSOE (soit 62 milliards) en vue d'un accord de gouvernement.

Pour l'instant, les derniers sondages créditent la gauche du meilleur score jamais obtenu dans l'histoire récente de la démocratie espagnole. Unidos Podemos obiendrait 25,2 % des suffrages et le PSOE 21,2 %. Quand bien même le PP l'emporterait, le roi Felipe VI sait dores et déjà que les trois principaux partis refusent une éventuelle coalition avec le PP. 

mardi 14 juin 2016

2017 : candidats de droite et de gauche, lisez cette note... du FMI !

Trois chercheurs du Fonds monétaire international publient un article iconoclaste sur les effets contreproductifs du néolibéralisme. Un avertissement pour la campagne présidentielle en France.

Trop occupée à ferrailler contre le PS et la loi El Khomri, une partie de la gauche en oublie de fourbir ses armes contre Juppé, Sarkozy, Fillon et Le Maire, qui ne reculent devant aucune promesse pour reprendre le pouvoir.

Ces « gens-là » n'ont jamais renoncé.
 Utilisant désormais les leviers financiers,
Une caste confisque les fruits des efforts de tous,
 collectivisant les pertes et privatisant les bénéfices,
Ils ont simplement changé d'échelle.
 Elle est désormais planétaire. Et ils se gavent.
Face à cela, la gauche, qui n'a rien appris en plus de cent ans.
Rien.
Ni sur le fond, ni sur les méthodes,
encore moins sur la nécessité de la morale dans l'action.
Danielle Mitterrand

 Ce n'est pas encore la fin de l'histoire, mais le début de la remise en question d'un dogme. En publiant dans une très sérieuse revue du Fonds monétaire international un article intitulé "Le néolibéralisme est-il survendu?", trois chercheurs du célèbre organisme ont déclenché une tempête dans le petit monde des économistes.
Leur thèse, qui n'a rien d'un brûlot, a le mérite de coucher noir sur blanc toutes les questions et tous les doutes que soulève depuis quarante ans l'application stricte et uniforme des remèdes du FMI sur les économies nationales. 
Que disent ces "hérétiques"? Que le fameux agenda néolibéral imposé sur tous les continents par les thuriféraires de Milton Friedman n'a pas toujours produit les effets escomptés, loin de là! S'il a, selon les auteurs, participé à la réduction de la pauvreté à l'échelle mondiale et favorisé l'essor de certains pays émergents, il s'est aussi parfois révélé contre productif.

Crises financières 

La concurrence tous azimuts et son cortège de dérégulations, notamment sur les marchés de capitaux, ont ainsi nourri la spéculation et les crises financières. Depuis les années 1980, les experts du FMI en ont recensé plus de 150 dans 50 pays.
Quant aux politiques d'austérité concoctées à coups de réduction drastique de la dette et des déficits, elles ont eu un effet parfois catastrophique en portant un coup d'arrêt à l'activité économique et en contribuant au développement des inégalités. Ce qui plombe in fine la croissance.
Le propos n'est pas nouveau, certes. Il est même porté depuis longtemps par tout ce que la planète compte d'économistes hétérodoxes et d'altermondialistes. Mais le fait qu'il soit publié sous l'égide d'une telle institution lui donne un relief particulier.
Et même si le FMI, par la voix de son chef économiste, s'est empressé d'expliquer qu'il ne fallait pas en attendre d'"inflexion majeure" ni de "révolution", cette étude iconoclaste tombe à point nommé. On rêverait par exemple qu'elle apporte de l'eau au moulin de tous ceux qui militent pour un réel allégement de la dette grecque et non pour un pacte de dupes comme les ministres de la zone euro viennent d'en signer un.

"Plus libéral que moi tu meurs"

On rêverait aussi qu'elle fasse réfléchir à l'orée de la campagne présidentielle en France. A l'heure où une droite revancharde s'engage dans une course au "plus libéral que moi tu meurs" et où une gauche sans imagination est tentée de lui emboîter le pas, la note des chercheurs du FMI résonne comme un avertissement à tous les Diafoirus de la pensée magique.
La France a besoin de se réformer, c'est une certitude. Mais elle mérite mieux que la dérégulation à tous crins et l'éternelle spirale du moins-disant. Pour des raisons de justice sociale, bien évidemment. Mais aussi, désormais, pour des raisons de logique économique!
Engagés dans un concours Lépine ultralibéral, les concurrents de la primaire rivalisent de propositions chocs. Sans dire toujours pourquoi ni comment chacun y va de sa surenchère. 
100 milliards d’euros d’économie pour Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, 110 milliards pour François Fillon, 130 milliards pour Hervé Mariton… 
Qui dit mieux ?Bruno Le Maire peut-être ? L’outsider des Républicains paraît en effet bien parti pour décrocher la palme avec son million de fonctionnaires supprimés – rien que ça ! – ou encore sa volonté de contrôler les comptes bancaires des bénéficiaires du RSA au cas où des pauvres seraient tentés de faire fortune en touchant indûment leurs 524 euros par mois…
On remarquera au passage que ce dernier, comme ses rivaux, se montre beaucoup plus discret sur la lutte contre la fraude fiscale pourtant quarante fois plus élevée que celle aux minima sociaux. Le même Le Maire, décidément très en forme, a déclaré récemment qu’il ne négocierait pas avec les syndicats, tandis que Nicolas Sarkozy assure, lui, vouloir remettre en cause leur monopole de représentativité et même en finir avec le paritarisme…                                                            Le président de Les républicains vient de tenir un meeting dans la banlieue de Lille dans le cadre des primaires de son parti. En évitant de parler de son « libéralisme … ultra», s’est positionné comme l’homme providentiel capable d’incarner les aspirations du peuple. Il annonce que «La primaire se jouera sur la France, la République, la culture française» et dénonce «l’islam prosélyte et intégriste qui vous dit comment manger, comment vous habiller, quel rapport entretenir avec le sexe opposé». Il rajoute que «La France, c’est un pays chrétien». On se croirait revenu au fameux discours de Grenoble inspiré par Buisson. Cette fois-ci Sarkozy aurait écrit son discours tout seul, mais il est clair que l’ombre de Buisson plane… 
« Les landes de granit breton », « le culte des morts » en témoignent. A cela il faut ajouter de grouillantes «minorités» : syndicalistes en colère, lycéens bloqueurs ou islamistes radicaux.




Ne nous y trompons pas : c’est en effet une droite de rupture, revancharde plus que réformiste, qui prépare son retour aux affaires. Austérité, contournement du dialogue social, dérégulation, réduction des services publics, révision des acquis sociaux et du temps de travail… C’est du populisme, car au lieu de prôner l’unification, il dresse des communautarismes réels ou illusoires les uns contre les autres, une tendance qui apparaît fréquemment dans les moments de crise. En France on l’a connu avec le boulangisme, puis le poujadisme. Son projet se construit à ciel ouvert et sans ambiguïté dans une indifférence quasi générale.

Appelons-nous toujours à "une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communications de masse
qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse,
le mépris des plus faibles et de la culture,
l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous"
Refuser le diktat du profit et de l'argent,
s'indigner contre la coexistence d'une extrême pauvreté et d'une richesse arrogante,
refuser les féodalités économiques, réaffirmer le besoin d'une presse vraiment indépendante,
assurer la sécurité sociale sous toutes ses formes...
nombre de ces valeurs et acquis que nous défendions hier sont aujourd'hui en difficulté ou même en danger.
C'est tout le socle des conquêtes sociales de la Résistance qui est aujourd'hui remis en cause.
Mais si, aujourd’hui comme alors,
une minorité active se dresse, cela suffira, nous aurons le levain pour que la pâte lève.


lundi 13 juin 2016

La tuerie d'Orlando bouleverse un pays en pleine campagne



Cinquante personnes ont été tuées et 53 autres blessées par un homme qui a ouvert le feu dans une boîte de nuit gay d’Orlando, en Floride, dans la nuit de samedi à dimanche. Cette nouvelle tuerie de masse, la plus meurtrière jamais survenue aux États-Unis, a été qualifiée de crime de haine mais également d’acte terroriste par Barack Obama. L’attaque a été revendiquée par l’organisation de l’État islamique dimanche après-midi.
Worst Mass Shooting in U.S. History       " – la pire fusillade de masse de l'histoire des Etats-Unis. Il est normal que le "New York Times", et toute la presse américaine avec lui, souligne que le massacre d'Orlando est historiquement le "pire". On doit ce "pire" arithmétique à la décence et aux familles des victimes.
Mais dans l'horreur, tout est relatif. Ce "pire" remplacera-t-il celui de l'école maternelle de Sandy Hook, dont Barack Obama a confié qu'il s'était agi du pire moment de sa présidence ? Dans la hiérarchie du pire, combien de vies vaut une victime de discothèque face à un petit enfant ou un spectateur de cinéma ? Comparaisons nauséabondes qu'impose la répétition: la tuerie de masse est devenue le quotidien des Américains, un quotidien où, au-delà des variantes, un même fait revient encore et encore : l'usage d'armes à feu extraordinairement létales.
Cela paraît une évidence mais ça ne l'est pas. Les "terroristes américains", pour reprendre une appellation fourre-tout peu satisfaisante, "se tournent vers les armes à feu depuis le 11-Septembre parce que le gouvernement fédéral a supervisé l'utilisation d'explosifs et le commerce de matériaux pouvant être transformés en explosifs",









James Baldwin, un merveilleux écrivain Afro-Américain né dans les ghettos, qui affichait ouvertement son homosexualité, et dont toute l’œuvre est un sublime et magnifique combat contre la haine visant les Noirs, les homosexuels, les pauvres, la haine en général, m’est devenu un compagnon indispensable.
À propos de l’amour Baldwin avait ces mots merveilleux dans La Prochaine fois le feu, célèbre lettre à son neveu datant de 1966 :
"Love takes off masks that we fear we cannot live without and know we cannot live within.”
« L'amour arrache les masques sans lesquels nous craignons de ne pouvoir vivre, 
et derrière lesquels nous sommes incapables de le faire. »


"Mais j’espère surtout, mon fils, que lorsque tu aimeras qui tu aimeras, ce sera librement, tranquillement, sans même penser avoir recours à quelque masque que ce soit. Et que ce sera beau."

L'honneur du parti communiste est d'être une minorité,
 qui n'est malheureusement pas infime. 
L'honneur des homosexuels est d'être une minorité, 
plus importante que vous ne le pensez. 
                                              L'honneur des juifs est d'être une minorité.                                                                  L'honneur des gens intelligents et cultivés est d'être une minorité. 
L'honneur des belles filles et des beaux garçons est d'être une minorité. 
Quelle ruse sordide que de prétendre s'attaquer aux « minorités » !.
Propos secrets, Roger Peyrefitte



vendredi 10 juin 2016

Homines id quod volunt credunt. Cesar

Comment voulez-vous que ça aille mieux ?" 
L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy a commenté jeudi 9 juin sur Europe 1 la petite phrase de François Hollande. Quitte à s'arranger avec la réalité des chiffres ?

Chômage : quelle catégorie ?

Nicolas Sarkozy déclare :
"C'est un mensonge de plus, monsieur Sotto, vous parlez du chômage de catégorie A ou du chômage de catégorie A, B et C ? A ? C'est un choix éditorial de votre part ? Parce que si le chômage de catégorie A baisse, ça veut dire qu'on a envoyé en catégorie B des gens qui étaient en A et en catégorie C des gens qui étaient en B."
Catégorie A, B, C… de quoi parle Nicolas Sarkozy ? Le nombre de demandeurs d'emploi habituellement donné est en fait le nombre de chômeurs sans aucune activité tenus de chercher un emploi.  Si vous réalisez deux heures d'intérim dans le mois, vous passez dans la catégorie B, et si vous travaillez à mi-temps seulement, vous êtes dans la catégorie C. Le président du parti Les Républicains laissent entendre que, plutôt qu'une vraie baisse du chômage, les chiffres de mars et d'avril sont le fait d'un simple glissement d'une catégorie à l'autre.
Il n'a pas complètement tort : au mois de mars, la catégorie A s'est vidée de 60.000 chômeurs, mais les catégories B et C se sont remplies, de telle sorte qu'en prenant les catégories A, B et C, la baisse n'était que de 8.700. Toutefois, cela reste une baisse. Celle-ci s'est d'ailleurs confirmée en avril, avec une baisse de 19.900 pour la catégorie A, et de 57.100 pour les catégories A, B et C ensemble. Par ailleurs, il faut rappeler que ce transfert de catégorie, qui correspond à une hausse de l'activité des chômeurs, est le chemin logique du retour vers l'emploi. Même s'il est déjà arrivé que la catégorie A baisse mais que les catégories B et C augmentent davantage, et que le mois suivant, ce soit l'inverse.
Il faut donc regarder la tendance à long terme. Selon l'Insee, les créations nettes d'emploi des deux derniers trimestres ont été plus importantes que prévues, et sur un an, l'emploi marchand est en très nette hausse, avec 159.600 postes créés.
Plus de déficits qu'ailleurs ?
Nicolas Sarkozy poursuit :
"Sur l'ensemble du quinquennat c'est très simple, sur les quatre ans et demi, la France, malheureusement, a fait en termes de chômage et de déficit, infiniment moins bien que l'ensemble des pays européens." Il y a "plus d'un million de chômeurs depuis que François Hollande est là. Et, quand il y a un million de chômeurs en plus, à mon avis, il n'a pas baissé."
Les déficits publics en France sont passés de 4,8% du PIB en 2012 à 3,5% en 2015. La France a fait mieux que les "mauvais élèves" : la Grèce est passée de 8,8% à 7,2%, l'Espagne de 10,4% à 5,1%, l'Italie de 2,9% à 2,6%, le Portugal de 5,7% à 4,4%. Mais aussi que certains pays supposés plus rigoureux : la Finlande est passée de 2,2% à 2,7%. Ou que certains pays censés être dynamiques : les déficits publics du Royaume-Uni sont passés de 8,3% à 4,4%.
En moyenne, les déficits publics dans l'Union européenne sont passés de 4,3% en 2012 à 2,4% en 2015, soit une baisse de 1,7 point. La France a, elle, enregistré une baisse de 1,3 point. Toutefois les économistes disent clairement qu'une réduction des déficits publics simultanée dans l'Union européenne a plombé la croissance. Il n'est pas certain qu'il eut été préférable que la France mène une politique de réduction de ses déficits publics plus rapide.
Il est vrai que certains pays voient leur taux de chômage se réduire rapidement depuis quelques mois ou années, mais il s'agit de pays dont le taux de chômage est bien plus élevé. De l'autre côté, il est vrai que certains pays comme l'Allemagne, le Royaume-Uni ou l'Autriche ont des taux de chômage bien plus faible que celui de la France. En fait, le taux de chômage en France est de 10,2% de la population active, ce qui est inférieur à la moyenne de l'Union européenne, à 10,4% de la population active. On ne peut pas vraiment dire que la France fasse moins bien que l'ensemble des pays européens.
Plus de dépenses, plus d'impôts, plus de rigidité ?
Nicolas Sarkozy enfonce le clou :
"Nous sommes le seul pays d’Europe qui a une politique qui consiste à augmenter la dépense publique, à augmenter les impôts et à accroître la rigidité du droit social pour les entreprises. Tous les autres ont fait autrement."
Bulgarie, Estonie, Hongrie, Malte, Autriche, Slovaquie, Finlande… il est vrai que les pays qui ont vu la part de leurs dépenses publiques dans leur PIB augmenter entre 2012 et 2015 sont minoritaires. Toutefois, la France n'en fait pas partie. En France, les dépenses publiques sont passées de 56,8% du PIB en 2012 à… 56,8% du PIB en 2015.
Les recettes, il est vrai, sont passées de 52 à 53,2% entre 2012 et 2015. Et le taux de prélèvements obligatoires de 43,8% à 44,7%. Toutefois, cette hausse est en partie due à la hausse de la croissance en 2015, d'autre part, la pression fiscale diminue avec des baisses d'impôts décidées par le gouvernement, notamment sur les faibles revenus imposables. Probablement trop peu et pas assez vite au goût de nombreux contribuables.
Du point de vue de la rigidité du droit social, on ne peut pas vraiment donner raison à Nicolas Sarkozy. D'une part, depuis 2012, le gouvernement a fait voter des lois visant à donner davantage de souplesses aux entreprises, d'autre part, il impose aujourd'hui la loi travail, qui pousse dans cette direction en s'inspirant des réformes des voisins européens de la France.
Des cadeaux ?
Enfin, Nicolas Sarkozy reproche à Manuel Valls de pratiquer le clientélisme :
"Chaque jour, M. Valls annonce de nouvelles dépenses publiques pour arroser une catégorie particulière afin de les acheter dans le cadre du prochain rendez-vous présidentiel." 
"Quand un agriculteur, qui souffre de ne pas pouvoir écouler ses produits à un prix décent, entend qu’on lui a fait un cadeau, il ne peut pas l’admettre. Concernant les fonctionnaires : pendant six ans, le point d’indice avait été gelé. J’ai considéré que parce que la croissance revenait, il était assez logique qu’il y ait une augmentation pour les fonctionnaires."

Homines id quod volunt credunt.
Les homme croient ce qu'ils désirent.
(César)



Donald Hebert «  L’OBS »

mercredi 8 juin 2016

France 2 : la télévision du MEDEF

 Soutenons la liberté de la presse, c’est la base de toutes les autres libertés, c’est par là qu’on s’éclaire mutuellement. 
Chaque citoyen peut parler par écrit à la nation, et chaque lecteur examine à loisir, et sans passion, ce que ce compatriote lui dit par la voie de la presse. 
Nos cercles peuvent quelquefois être tumultueux : ce n’est que dans le recueillement du cabinet qu’on peut bien juger. 
C’est par là que la nation anglaise est devenue une nation véritablement libre. 
Elle ne le serait pas si elle n’était pas éclairée ; et elle ne serait point éclairée, si chaque citoyen n’avait pas chez elle le droit d’imprimer ce qu’il veut. 
Voltaire
La propagande a toujours été, sous tous les régimes, une insulte à l'intelligence collective des peuples. Refusons la propagande du MEDEF distillée par France 2.





  • Regarder les journaux télévisés de France 2, c'est s'infliger un véritable cours de propagande patronale.
    La manière dont l'opposition à la loi travail est discréditée, systématiquement diabolisée, totalement caricaturée fournit la plus claire indication sur les intérêts que défend cette chaîne de télévision.
    Tous les ingrédients sont réunis pour dresser l'opinion publique contre ceux qui ont le courage de s'impliquer, de se battre, de prendre les risques de manifester ou de faire grève. Car il est devenu manifeste qu'une violence d'Etat a été décidée pour briser les manifestations et réduire à néant le droit fondamental de manifester son opinion, en particulier lorsqu'il s'agit d'une opinion contraire à celle d'un pouvoir qui s'est résolument mis au service du patronat. Faire grève n'est jamais gratuit pour ceux qui ont le courage de s'y engager. Tout cela, bien entendu, est passé sous silence par de prétendus journalistes qui auraient excellé à la télévision de Pinochet ou de Ceausescu.
    Orchestrer une dramatisation de l'information, inciter à l'hostilité contre les grévistes, susciter la peur, instiller un climat d'angoisse, provoquer un mécontentement général à l'égard des opposants à la loi travail,  rien n'est négligé par ce bureau de propagande du MEDEF qu'est la rédaction de France 2.
    On doit s'interroger : n'est-il pas temps de remettre en question notre obligation de financer une chaîne publique de télévision qui bafoue les obligations du service public ?  N'est-il pas temps de lancer une action citoyenne pour le droit à une information complète, honnête, équilibrée, présentant d'égale façon les points de vue, ne manipulant pas les faits, respectueuse des téléspectateurs.



  • 25 MAI 2016

  •   A l'envers de la propagande, il existait il y a ( encore moins d' ) une semaine, une émission sur le service public, indépendante, animée par un journaliste impeccable : pertinent, cultivé, impartial, qui donnait la parole à chacun, sans jamais se placer lui-même ( chose rare ! ), "CE SOIR OU JAMAIS" un modèle de télé que la direction Ernotte-Field et au dessus leurs donneurs d'ordre, viennent de supprimer.
    Certains ont pleuré le départ de Claire Chazal de TF1. D'abord elle a été vite recasée mais surtout, au-delà de l'apparence qui les distingue, personne de bonne foi ne peut soutenir que cette dernière a laissé dans l'espace de l'information un grand vide structurel, si j'ose dire, pas davantage qu'Anne-Claire Coudray aujourd'hui ne bouleverse l'économie du journal télévisé. C'est une affaire de visages. La société, privée de l'une ou de l'autre, ou demain d'un présentateur sémillant sur une autre chaîne, ne sera orpheline de rien de fondamental.

    Mais Frédéric Taddéï, c'est totalement autre chose. Précisément parce que lui-même s'efface avec le retrait subtil de l'élégance, du véritable questionnement et de la discrétion, une immense place est laissée aux enjeux fondamentaux, aux problématiques centrales que CSOJ portait : la liberté de parler, le choix du pluralisme, l'exigence de contradiction, la pensée au-dessus de la ceinture, la courtoisie de la forme, la vigueur, voire la violence mais dans le respect de la loi. Un animateur qui est un journaliste et refuse le rôle de justicier. Il ne pense pas à la place de. Ces sujets nous concernent tous. Que l'exemplaire incarnation médiatique de ces valeurs ne devienne plus qu'un souvenir aurait dû mobiliser bien plus que l'écume de trajectoires personnelles. Ceux qui ne renvoient qu'à eux-mêmes devraient être relégués au bénéfice des rares qui sont heureusement dépassés par des questions universelles sans la discussion desquelles notre pays médiatiquement mourrait de fins !
     https://youtu.be/lh9Bh48-GNE 

    Souvenirs, souvenirs ...Un quinquennat à 500 milliards

    La scène est surréaliste. "Tu vois, j'ai gagné ! J'ai gagné !" lance, triomphant et vengeur, Nicolas Sarkozy au député du Nouveau Centre Charles de Courson, présent à l'Élysée pour une cérémonie début 2010. De quelle victoire si importante se prévaut donc le président de la République ? D'avoir fait baisser le chômage ou rétabli l'équilibre du commerce extérieur ? Rien de tout cela, bien sûr. Nicolas Sarkozy se félicite des 390 millions d'euros qui vont échoir au couple Tapie (dont 45 au titre du préjudice moral) à la suite d'un arrêt du Conseil d'État qui rejette le recours intenté par quelques députés, dont Courson, contre les conclusions d'un tribunal arbitral sur l'affaire Adidas-Crédit lyonnais. "J'ai gagné ! J'ai gagné !" Stupéfiant car, si victoire il y a, c'est celle de Tapie, l'ami du président. Et pas du tout celle de l'État, contraint de faire un gros chèque.

    Auteurs d'Un quinquennat à 500 milliards, Mélanie Delattre, journaliste au Point, et Emmanuel Lévy, à Marianne, recensent avec gourmandise et sévérité les petites et grandes libéralités du président de la République avec ses "amis" Liliane Bettencourt ou Guy Wildenstein, ou, fait moins connu, avec Hubert Martigny, auquel l'État a racheté à prix d'or la salle Pleyel. Quand ils ne cherchent pas la petite bête, les deux auteurs se mettent aussi en surplomb pour livrer aux lecteurs-électeurs le "vrai bilan" économique du quinquennat Sarkozy. Et là ils ne font pas dans la dentelle. Leur audit étant assez terrifiant, on pourrait le juger militant. Mais les faits sont les faits. Depuis que Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir, la dette de la France a augmenté de 630 milliards d'euros, passant de 1 150 milliards à 1 780 milliards d'euros. Énorme. L'Élysée, relayé par Bercy, met ces résultats - "calamiteux", pourrait dire Alain Juppé - sur le compte de la crise économique la plus grave depuis 1929. Trop facile, rétorquent Delattre et Lévy. S'appuyant sur des documents officiels, ils montrent que la crise de 2008, en abaissant les recettes et en grevant les dépenses, aurait alourdi la dette de 109 milliards d'euros. Mais le reste, entièrement imputable au président, s'élève à 520 milliards d'euros (le titre de leur livre l'arrondit à 500). Explications : "Le budget dont a hérité Nicolas Sarkozy, à l'instar d'une voiture mal réglée (...), grillait 3,2 points de PIB." Plutôt que de "soulever le capot pour régler la machine", l'Élysée a laissé filer. En ne freinant pas cette dérive, il a fait gonfler la dette de 370 milliards d'euros. Auxquels s'ajoutent 153 milliards, car "le nouveau président a aussi appuyé sur le champignon". Nicolas Sarkozy, l'homme qui voulait mettre l'État à la diète, a fait bondir la dette publique de la France de 20 points (dont seulement 5,5 imputables à la crise) !

    Le syndrome de Pénélope
    Où est la "véritable révolution économique" promise au pays ? Le président a certes ouvert un nombre impressionnant de chantiers qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait osé toucher. Il s'est attaqué au marché de l'emploi, à la représentativité syndicale, au regroupement de Pôle emploi et des Assedic, à la carte des tribunaux, à la formation professionnelle et même aux régimes spéciaux de retraite (tout juste écornés, cependant)... L'hyperprésident a été hyperactif. Mais alors, pourquoi la réussite n'est-elle pas au rendez-vous ? En exposant les raisons de la dérive économique et financière du pays durant le quinquennat, les deux auteurs n'ont pu s'empêcher d'évoquer la personnalité d'un président qu'ils qualifient de "caméléon". Pour eux, Nicolas Sarkozy "n'a jamais eu de véritable substrat idéologique en matière économique". Libéral, il a un temps prôné des subprimes à la française ; interventionniste, il vole au secours des entreprises en difficulté, croyant, chaque fois, renouveler le coup d'Alstom ; ami des P-DG (ah ! le Fouquet's), il flirte aussi avec la CGT.
    Sarkozy schizophrène, comme le prétendent les auteurs ? Quatre ans après, en tout cas, son "message est brouillé". Quand il arrive en 2007 à l'Élysée, Sarkozy est attiré par la Grande-Bretagne (surtout celle de Margaret Thatcher) et ignore l'Allemagne. En fin de mandat, c'est tout le contraire. Élu en promettant de baisser les prélèvements obligatoires de 4 points, il a fait preuve d'une redoutable créativité pour inventer des impôts : taxe sur le poisson, les huiles de moteur, la copie privée des disques durs, la téléphonie et Internet, les sodas, les assurances... 
    " Les Français ont conscience que nous ne pouvons accumuler toujours plus de dépenses, plus de déficits, plus de dette et plus d'impôts. "
    Nicolas Sarkozy, 30 mars 2007
    L'acte économique fondateur du quinquennat, cela n'a pas échappé aux auteurs, c'est, bien sûr, la loi Tepa de l'été 2007. L'esprit en est limpide : il faut laisser les riches s'enrichir, car toute la société en profitera. Voilà comment arrivent les exonérations massives des droits de succession et le fameux bouclier fiscal, manière déguisée de réformer l'ISF. Voilà comment arrive aussi, en vertu du "travailler plus pour gagner plus", l'exonération d'impôts et de charges sur les heures supplémentaires, manière de contester les 35 heures. À ces mesures coûteuses s'ajouteront la pérennisation, l'augmentation ou la création de niches fiscales (exonération des plus-values sur les cessions de titres des entreprises, crédit impôt-recherche, TVA réduite pour les restaurateurs...). Le plus déconcertant, c'est que, dans une volte-face rare, le président va détricoter une partie de la loi Tepa. "Même au pays de l'instabilité fiscale, on n'avait jamais vu une majorité défaire en fin de mandat ce qu'elle avait voté à son arrivée."

    Le paradoxe de Bercy
    Tout aussi troublant, à aucun moment la question d'une baisse des dépenses n'est posée. Elles ne cesseront donc de grimper (de 52,4 % du PIB à 57 %, niveau exceptionnel pour un grand pays industrialisé). Sarkozy a conforté son image de "dépensier" acquise lors de son passage au Budget en 1993. Ses tentatives pour dompter le mammouth étatique n'ont ni connu de grands résultats ni ouvert de grandes perspectives. Il est vrai que le président lui-même ne donne pas l'exemple. Si - et les auteurs le soulignent - le budget de l'Élysée n'a jamais été aussi transparent, cela n'empêche pas les dérapages : voyages multiples avec des cohortes d'accompagnants, augmentation des effectifs, factures de travaux, service d'ordre à l'américaine...
    Plus sérieusement, la mesure emblématique consistant à ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite n'a pas produit de miracles comptables (264 millions d'euros net d'économies en 2009). Il est vrai que "plus de 80 % des économies sont allées non dans la poche du contribuable..., mais dans celle des fonctionnaires". Le "1 sur 2" pécherait par son côté aveugle : "La démarche est purement quantitative." Une critique que l'on retrouve pour la Révision générale des politiques publiques, qui ne s'interroge pas, comme l'ont fait le Canada et la Suède, sur l'utilité de certains services. Le dévoiement de ces bonnes intentions est illustré aussi par la fusion des deux services-phares de Bercy, la Direction générale des impôts (elle encaisse) et la Direction générale de la comptabilité publique (elle calcule).

    Politique budgétaire
    On ne compte plus les ministres qui se sont cassé les dents sur le projet. Beaucoup en avaient rêvé, Sarkozy, lui, l'a fait. Chapeau, l'artiste ! Pourtant, nos compères duPoint et de Marianne (ils ont la dent dure) ne lui en reconnaissent qu'un mérite relatif. La fin des bastilles de Bercy, écrivent-ils, "aurait pu être érigée en symbole de la rupture promise avant la campagne". Au lieu de cela, le gouvernement est très "discret sur le sujet". La raison ? Les économies attendues ne sont pas au rendez-vous. Car "le choix a été fait d'aligner les salaires des personnels vers le haut", ce qui, pour certains, a engendré des gains de 30 à 40 % "sans bouger de leur siège". Si les effectifs ont baissé, la masse des rémunérations, elle, a augmenté.
    "Le président a toujours été plus pragmatique que dogmatique", résume un haut fonctionnaire chiraquien cité par Delattre et Lévy. Ils expliquent de la sorte les deux bonnes surprises du mandat, la réforme des universités et la réforme sur les retraites, cette dernière n'ayant jamais été promise par le candidat Sarkozy. Tout au contraire : "Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer", déclarait-il. Les auteurs duUn quinquennat à 500 milliards expliquent l'activisme du président à propos des retraites par le besoin de l'Élysée d'accomplir en fin de mandat "un acte politique marquant" qui permet de faire apparaître la gauche comme ringarde. La stratégie marche plutôt bien. Au point, d'ailleurs, que le président cherche à refaire le coup avec la "règle d'or" sur les équilibres budgétaires, laquelle n'était pas non plus au programme. L'homme qui pèse 500 milliards n'a peur de rien. Car l'épisode de la Cades en dit long sur la conversion toute récente du président de la République à la vertu budgétaire. En octobre 2010, la Cades, caisse où l'on a pris l'habitude de loger les déficits de la Sécurité sociale, a été autorisée à emprunter 130 milliards d'euros supplémentaires. Créée par Alain Juppé en 1996, elle devait disparaître en 2009 (en même temps que sa recette, la CRDS, acquittée par tous les Français). Lionel Jospin avait repoussé l'échéance à 2014, Jacques Chirac à 2018. Sarkozy crève le plafond en passant à 2025. Dans la crise internationale, le "candidat de la rupture" a certes fait preuve d'esprit de décision et d'initiative, souligné dans le livre. En revanche, pour ce qui est de la politique budgétaire, "il n'a fait que marcher dans les traces de ses prédécesseurs". Cela ne vaut pas condamnation, concluent Delattre et Lévy. Même si le mandat est un "fiasco" économique, "à quelques mois de la présidentielle tout laisse à penser que le président sortant sera davantage jugé sur sa stature d'homme d'État que sur son bilan"

    500 milliards envolés en cinq ans...

    Merci, Monsieur le président
    Parmi les grands gagnants du dispositif Tepa pour les heures supplémentaires figurent les professeurs des classes préparatoires. Ils peuvent défiscaliser 30 000 euros sur un revenu annuel de 80 000.
    De 2007 à 2011...
    - le nombre de chômeurs a augmenté de 600 000.
    - le déficit budgétaire est passé de 2,7 % du PIB à 5,7 %.
    - le déficit commercial est passé de 39,2 milliards d'euros à 75.
    - l'endettement personnel des Français a crû de 100 milliards d'euros.
    0% : C'est l'évolution du " revenu disponible des ménages " en 2011, autrement dit du pouvoir d'achat.
    " Les Français ont conscience que nous ne pouvons accumuler toujours plus de dépenses, plus de déficits, plus de dette et plus d'impôts. " Nicolas Sarkozy, 30 mars 2007
    " Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer, de même que les 35 heures continueront d'être la durée hebdomadaire légale du travail. Que ce soit un minimum me va bien. " Nicolas Sarkozy, 23 janvier 2007
    128 291 euros Coût d'un déplacement de deux heures et demie dans l'Ain par le président de la République en 2008.

    "La politique est l'art de se servir des hommes en leur faisant croire qu'on les sert."

    Voltaire 

    PATRICK BONAZZALe Point