dimanche 24 juillet 2016

Attentat de Nice: la «vérité» toute personnelle de Christian Estrosi

« A quelques-uns l’arrogance tient lieu de grandeur ;

l’inhumanité de fermeté ;

et la fourberie, d’esprit. »

de Jean de La Bruyère


Depuis l’attentat du 14-Juillet, Christian Estrosi pilonne le gouvernement pour mieux masquer ses propres responsabilités. Au nom des Niçois, l’ancien maire exige la « vérité », mais n’en offre qu’une version partielle. Le résultat de son tintamarre médiatique est stupéfiant : on ne voit que lui et on ne parle que des autres.

Il le dit et le répète. Sans rire. Sans sourciller. Sans jamais mesurer à quel point l’assertion peut paraître grotesque. Christian Estrosi se sent « porteur d’une exigence de vérité ». Au nom des proches des victimes de l’attentat du 14-Juillet, mais aussi, plus largement, au nom de tous les Niçois. Lui, le « fils de Nice », ne souffre pas que l’on s’en prenne à sa ville et à ses habitants. Mais c’est en réalité sa propre personne qu’il ne veut surtout pas voir attaquée. Ainsi allume-t-il chaque jour de nouveaux contre-feux pour mieux se faire oublier. Partout, dans la presse, à la télévision, à la radio, sur les réseaux sociaux, il s’exclame, dénonce, accuse. Et se drape dans le costume de « l’élu local révolté » face aux « mensonges » de l’État.
L’ancien maire, devenu premier adjoint en juin dernier, est monté au créneau quelques heures seulement après le drame, accusant la préfecture des Alpes-Maritimes d’avoir menti sur le nombre de policiers nationaux présents ce soir-là. Les choses se sont ensuite enchaînées avec une rapidité exemplaire en matière de communication politique. Très vite, ont filtré dans la presse toute une série de documents, dont une lettre du président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), datée du 13 juillet, réclamant à François Hollande « un grand plan d’urgence pour protéger les policiers et leur donner les moyens d'agir ». Mais ce sont évidemment les photos publiées par Libération le jeudi 21 juillet qui ont précipité les événements. Avec ces images issues de la vidéosurveillance de la ville, l’ancien maire tenait enfin la preuve du « mensonge d’État ». Oui, la préfecture des Alpes-Maritimes a failli en concentrant ses forces au mauvais endroit. Oui, l’entrée de la zone piétonne de la promenade des Anglais n’était “protégée” que par des agents municipaux en charge de la fluidification du trafic. Oui, le dispositif prévu pour les festivités du 14-Juillet était trop léger au regard du « risque d’un véhicule fou » dont le préfet lui-même a pourtant reconnu qu’il « avait été pris en compte ». Christian Estrosi avait donc raison. Est-ce à dire qu’il n’avait aucun tort ? Certainement pas.
Quoi qu’il en dise, le premier adjoint en charge de la sécurité (mais aussi des transports, des finances, de la voirie, des ressources humaines…) de Nice a sa part de responsabilité dans les événements. D’abord, parce que le dispositif prévu ce soir-là avait été élaboré avec la mairie et qu’il aurait dû être présent lors des réunions préparatoires en préfecture, ce qui n’était pas le cas. C’est la limite du cumul des fonctions. Lorsqu’on est président de région, président de métropole, suppléant de celle qui lui a succédé à l’Assemblée et premier adjoint délégué à quasi tous les sujets de son successeur à la mairie, on ne peut évidemment pas être partout.
Ensuite, parce que les conditions dans lesquelles l’attentat a été orchestré mettent à mal la politique sécuritaire dispendieuse défendue par ses soins depuis de nombreuses années. Malgré la présence de 1 257 caméras de vidéosurveillance, réparties dans toute la ville, et l’existence d’un arrêté interdisant la circulation sur l'ensemble de la commune des véhicules dont le poids total est égal ou supérieur à 3,5 tonnes, il est aujourd’hui avéré que le camion de 19 tonnes qui a foncé dans la foule a effectué trois jours durant plusieurs allers-retours de repérage sur la promenade des Anglais, y compris quelques heures avant de passer à l’acte. Et ce, sans jamais être inquiété.
Quand on l’interroge sur le sujet, Estrosi botte en touche. « Si tous ceux qui passent deux fois sur la promenade étaient des criminels… On ne peut pas supposer le pire à chaque fois, a-t-il affirmé à Nice-Matin. Et si, comme nous l’avions demandé, le gouvernement nous avait autorisés à utiliser le système de reconnaissance faciale, peut-être les choses auraient été différentes. » Idem pour les plots en béton qui auraient pu être installés le soir du 14-Juillet, comme l’a rappelé son ancien premier adjoint, Benoit Kandel, passé à l’opposition divers droite. Idem pour le fait que ni lui ni son chef de la police municipale, ni l’adjoint de ce dernier, n’étaient présents sur la Prom’ pour superviser le dispositif.
On aura beau chercher, rien n’est jamais de la faute de Christian Estrosi. Sa politique ultra-sécuritaire a montré ses limites, mais il ne la remettra pas en question. C’est là où réside sa force : expliquer avec une sincérité déconcertante que ses paradoxes n’en sont pas. Il l’avait déjà fait lors des régionales de 2015 en se déguisant en « résistant » pour draguer les électeurs de gauche, face à la frontiste Marion Maréchal-Le Pen. « Je n’aime pas cette notion de droite et de gauche, affirmait-il à l’époque à Mediapart. Je me sens si différent des commentaires qui sont faits sur moi… Dans ma ville, tout le monde sait que je suis plus socialiste que les socialistes et plus écolo que les Verts. »                                                                              Les ficelles de la stratégie adoptée par l’ancien édile depuis dix jours sont aussi énormes que celles qu’il avait utilisées pour sa campagne. Et pourtant, elles parviennent à créer un embrouillamini aux relents complotistes. Lorsqu’il accuse le gouvernement de vouloir « détruire des preuves » en brandissant la réquisition demandant l’effacement des images de l’attentat, sans préciser que ces dernières ont déjà été versées au dossier d’instruction, il crée de la confusion. Lorsqu’il explique sérieusement que l’État est sans doute « jaloux » des réussites de sa ville et que c’est pour cette raison qu’il essaie de le « déstabiliser, en donnant par exemple l’autorisation d’ouverture » à la mosquée En-Nour, il crée aussi de la confusion.
Lorsqu’il souligne dans la presse à quel point il regrette que Manuel Valls se soit fait huer lors de l’hommage aux victimes, sans reconnaître que c’est en réalité l’ensemble des responsables politiques, lui compris, qui étaient visés ce jour-là, il crée toujours de la confusion. Lorsqu’il communique sur une main courante de « Sa police municipale » indiquant que l’un des complices du tueur était sous le coup d'une mesure de reconduite à la frontière, qui n’a jamais été effective, il crée encore de la confusion. Le président de la région PACA distille dans la presse les éléments matériels et langagiers qui appuient sa version des faits. Le résultat de son tintamarre médiatique est stupéfiant : on ne voit que lui et on ne parle que des autres. Pourtant, Christian Estrosi le jure : jamais il n’a voulu sombrer dans la polémique politicienne. « La polémique est détestable et ce qui nourrit la polémique ; c’est le mensonge, a-t-il encore expliqué samedi sur RTL Si l’État cesse de mentir, il n’y aura plus de polémique. Et moi je ne cherche pas la polémique, je ne cherche que la vérité. » Comment, dans ce cas, qualifier chacun des propos qu’il tient depuis dix jours ?  Que penser de ses comparaisons de cours de récréation avec le premier ministre, quand il précise qu’il a « exercé des fonctions gouvernementales plus longtemps que lui » ? Comment réceptionner ses plaintes dans Paris Match   où il se lamente d’avoir été « traité comme un subalterne, un moins que rien » par le gouvernement ?   

« Il a été décidé qu’on reparlerait, dès les petites classes, d’éducation civique,

d’honnêteté, de courage, de refus du racisme et d’amour de la République.

Il est dommage que l’école ne soit fréquentée que par les enfants. »

André Frossard




Estrosi dit parler « au nom des Niçois », mais c’est surtout son ego que l’on entend. Il dit vouloir « défendre ses policiers municipaux », mais c’est lui et lui seul qu’il protège. Il martèle que « chacun doit prendre ses responsabilités », mais ne cesse de fuir les siennes.                                         

vendredi 22 juillet 2016

Attentat de Nice : l'indécence de la droite

Une organisation terroriste internationale a fait de la France sa cible prioritaire, et voilà que des politiciens choisissent de souffler sur les braises? Ceux qui reprochent aux autres d’avoir la main qui tremble ont hélas l’esprit qui s’égare.

Au fond de chaque homme civilisé se tapit un petit homme de l’âge de pierre, prêt au vol et au viol,
et qui réclame à grands cris un œil pour un œil.
Mais il vaudrait mieux que ce ne fût pas ce petit personnage habillé de peaux de bêtes qui inspirât la loi de notre pays.
Arthur Koestler et Albert Camus

Comme si cela ne suffisait pas… Il a donc fallu qu’à la tragédie et à l’effroi se mêlent la polémique et l’indécence. La cohésion nationale s’est effondrée cette fois-ci quelques heures à peine après le massacre deNice, sous les coups de boutoir d’une opposition sans vergogne et surchauffée, dans une surenchère qui en dit long sur la tonalité de la prochaine campagne présidentielle.
Où sont les hommes d’Etat à droite quand celui qui est censé être le premier d’entre eux déclare, au lendemain matin de l’attentat, que celui-ci aurait pu être évité?
Pourquoi Alain Juppé a dérapé… A la baisse dans les sondages, l’ex-Premier ministre a haussé le ton contre le gouvernement, de manière inhabituelle. Afin de ne pas laisser le champ libre à Sarkozy sur le terrain sécuritaire. Sur qu’elles bases, sur quels éléments a-t-il bien pu s’appuyer avant de prononcer une phrase aussi lourde de conséquences, alors même que l’enquête n’avait pas commencé?     Qui ose encore parler de responsabilité quand un ancien barde présidentiel, « Henri Guaino », visiblement plus familier des discours enfiévrés que du maniement du lance-roquettes, ose suggérer que l’armée recoure à des armes de guerre en pleine foule un soir de 14-Juillet? "On doit pouvoir stopper un camion qui ne répond pas aux sommations. (...) Il suffit de mettre à l'entrée de la promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquettes et il arrêtera le camion"  Où sont la franchise et l’honnêteté quand un ancien président de la République refuse de reconnaître que la baisse des effectifs de police qu’il dénonce n’a jamais été aussi importante que lorsqu’il occupait l’Elysée? Et que les solutions qu’il préconise aujourd’hui sont pour certaines déjà mises en œuvre, pour les autres inapplicables ou carrément hors sujet? Où sont passées enfin l’éthique et la gravité, au sens latin du terme, quand un porte-parole du premier parti d’opposition ose s’exclamer que la France se divise désormais entre ceux qui sommeillent et ceux qui agissent?  Il faut avoir l’esprit sacrément tordu ou stupidement revanchard pour laisser croire que le gouvernement, paralysé par son prétendu angélisme ou je ne sais quelle sinistre impuissance, s’accommoderait de ces tragédies à répétition qui frappent depuis deux ans les Français.
Faut-il rappeler à tous ces matamores en costumes sombres et aux sourcils froncés le nombre de morts, le nombre de blessés, le nombre de traumatisés? Tous les coups ne sont pas permis en politique, pas même quand se joue une primaire avec une élection présidentielle à la clé. Et ceux qui reprochent aux autres d’avoir la main qui tremble ont hélas l’esprit qui s’égare.

  Alain Juppé estime que "si tous les moyens avaient été pris", l’attentat de Nice "n’aurait pas eu lieu", Nicolas Sarkozy que "tout ce qui aurait dû être fait depuis dix-huit mois ne l’a pas été", quand Marine Le Pen pointe des "carences gravissimes de l’Etat". Face au terrorisme, le maximum a-t-il selon vous été mis en œuvre ? Ces déclarations qui ont immédiatement suivi l'attentat sont nauséabondes et relèvent d'une attitude politicienne qui ne grandit pas la classe politique dans son ensemble. Des familles de victimes sont encore dans l'attente d'informations et les cadavres sont encore chauds.

Ce qui a été mis en place par le gouvernement pour faire face au terrorisme est sans précédent en termes de moyens humains et financiers. En tout, trois lois sur le terrorisme et une sur le renseignement. Alors oui, nous pouvons toujours faire mieux, et les moyens actuels doivent continuer à s'améliorer. C'est le sens des 40 propositions formulées par la commission d'enquête parlementaire sur les attentats. Nous sommes face à un terrorisme qui mute, les dispositifs ne doivent pas être figés dans le temps.

Une organisation terroriste internationale, sans doute la plus folle et la plus meurtrière qu’on ait jamais connue, a choisi de faire de la France sa cible prioritaire. Nos militaires l’affrontent chaque jour sur tous les terrains que ces fous de Dieu ont choisi d’opprimer. Nos policiers la combattent chaque jour sur notre sol, dans des conditions très souvent compliquées. Nos concitoyens font corps, comme ils le peuvent et malgré la peur, pour continuer à vivre ensemble et ne pas offrir aux terroristes de Daech le chaos qu’ils souhaitent précisément provoquer. Et voilà que des politiciens, avant tout préoccupés par leurs courbes sondagières, choisissent de souffler sur les braises? Les électeurs ont la mémoire courte, c’est vrai. Mais on espère qu’ils n’oublieront pas qu’en ces circonstances épouvantables certains en ont profité pour tenter de se refaire une santé en racontant n’importe quoi.

L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin revient sur l'escalade politique de ces derniers jours, et s'alarme des interpellations par médias interposés, face au monde entier. En appelant à la "responsabilité" de tous, hommes politiques inclus. Etait-ce le signe de votre réprobation alors que les ténors de la droite se lançaient dans une surenchère sécuritaire ? Ce nouveau drame impose un temps de recueillement, un temps de silence. Tous devraient l'observer pour que chacun puisse mesurer la profondeur de la tragédie… La colère des uns, l'indignation des autres et le jeu politique des troisièmes ont conduit à de nombreuses déclarations qui me paraissaient anticipées. Après ce temps "sacré", il est normal que, face à la répétition de ces drames, nous ayons un débat sur l'action publique. "Mais ce débat doit être à la hauteur de la situation. Sinon, l'exploitation partisane de tels événements ajoute le ridicule à la douleur."
Nous avons bien des préjugés à vaincre,
 Avant de concevoir seulement que la source de toutes les mauvaises lois, que l’écueil de l’ordre public,
C’est l’intérêt personnel, c’est l’ambition et
la cupidité de ceux qui gouvernent.”... 
Robespierre
 Prétendre qu’on pourrait surveiller, ficher, interner, expulser tout le monde ou presque, au mépris des principes qui fondent notre démocratie et des règles de droit qui régissent notre société, est à la fois une folie et un mensonge. La lutte contre la menace terroriste sera longue. Elle nécessite qu’on s’y adapte en permanence, qu’on y accorde encore davantage de moyens à l’évidence et même qu’on revoie une fois encore notre arsenal législatif, si besoin est.

Matthieu Croissandeau


 

 

 



jeudi 23 juin 2016

On serre la main de ce Premier ministre !


 PHILIPPE BILGER

Un gardien de la paix en béquilles a refusé de serrer la main du Premier ministre qui était présent, avec le président de la République, pour la cérémonie d'hommage au couple de policiers assassiné à Magnanville par un tueur se revendiquant de l'Etat islamique.
Le chef de l'Etat, passant les troupes en revue, a poursuivi son chemin sans réaction devant le refus qui lui était manifesté.
Le Premier ministre s'est en revanche arrêté devant lui pour s'expliquer mais nous ne savons rien de leur échange, sinon que le policier lui a fait part de son "respect". Manuel Valls est reparti en lui tapant sur l'épaule. Le fonctionnaire, étonnamment rétif malgré son appréciation favorable, a pourtant assumé son geste et confié à des journalistes avoir voulu protester contre "le manque de moyens".  Cet épisode a suscité un émoi considérable et je suis persuadé qu'une majorité approuve cette abstention. Pour ma part je blâme cette attitude sans surestimer sa gravité dans un contexte où cette impolitesse peut apparaître comme dérisoire.
Tout n'est pas permis, on ne doit pas tout tolérer de soi, et, comme le disait le père d'Albert Camus, un homme ça s'empêche !
Ce gardien de la paix - je n'oublie pas son état et ses béquilles - fait partie d'un corps fondamental pour la République et il est exclu que cette dernière puisse être respectée dans sa forme et ses principes superficiels si tel ou tel, en plus dans le cadre d'un hommage qui impose consensus, dignité et décence, s'autorise, au nom d'une dénonciation qui n'a pas à être exprimée de cette manière et en ces instants, une grossièreté aussi délibérée.
Je devine déjà la masse de ceux qui jugeront inepte ma désapprobation en noyant le refus de serrer la main du Premier ministre dans une opposition légitime, une acceptable revendication professionnelle et ne feront pas grief à ce gardien de la paix en béquilles d'avoir affiché une telle hostilité.
C'est tout de même le signe d'une démocratie en perdition et la marque d'un pays que les tragédies et l'incurie du pouvoir privent des repères les plus élémentaires.
Même si ce gardien de la paix a sans doute mille excuses à faire valoir et que le chagrin collectif et la colère de l'institution policière étant à leur comble, des gestes plus que déplacés pourraient être compris, je reste cependant sur ma position.
Je ne peux pas admettre que ce fonctionnaire ait pris le parti d'assombrir un tableau déjà lourd. Qu'il ait ajouté cette hostilité et cette transgression de la normalité à laquelle plus que tout autre il se devait d'adhérer, au nombre considérable d'offenses, de violences et d'insultes subies par la police, aux avanies honteuses infligées à des ministres comme par exemple à Montreuil à Emmanuel Macron, à l'infinité des scandales, des humiliations et des concessions que notre société s'octroie ou subit, au délitement quotidien d'un savoir-vivre collectif et singulier qui fait prendre l'eau à nos espérances.
Un gardien de la paix, même dans la douleur et la protestation, doit se rappeler que sa fonction porte ce si beau nom.
Accepter cela de ce gardien de la paix au prétexte qu'il aurait tous les droits à cause d'un manque de moyens et d'un amateurisme dominant en matière de sécurité serait paradoxalement de la condescendance et presque du mépris à son encontre. Comme s'il ne méritait pas la contradiction qui doit pourtant lui être signifiée.
J'ajoute que je n'aurais pas approuvé cette indélicatesse à l'égard de quiconque mais que je l'aurais au moins intellectuellement et politiquement mieux comprise à l'égard de tel ou telle ministre ayant directement mis la main et l'esprit dans la construction, si je puis dire, de l'impuissance gouvernementale.
Mais s'en prendre ainsi à ce Premier ministre, quoi qu'on puisse lui reprocher par ailleurs, est absurde sur ce plan. Il tente depuis des années de faire comprendre aux socialistes qu'on a le devoir d'être rigoureux quand la criminalité l'impose et que la naïveté ne doit plus être leur fort. A l'évidence il n'a pas encore gagné !
Cette admonestation émane d'un ami de la police qui l'a toujours défendue dans les circonstances nombreuses et souvent dramatiques où elle le méritait. J'ai la faiblesse de penser que mon soutien habituel peut donner du prix à ma réserve et je relève avec bonheur qu'il sera seulement rappelé à l'ordre par sa hiérarchie.
La police est un corps que je respecte trop pour ne pas la reprendre quand qui que ce soit, ayant à l'honorer, dévie de la République exemplaire au quotidien.
 La République concrète, la vraie, celle qui attend et espère un Etat digne de ce nom, exemplaire, protecteur et efficace, elle en a plus qu'assez !
Elle ne comprend plus rien, elle est perdue.
Elle est stupéfiée par le fait qu'on demande aux fauteurs de troubles de veiller à la paix et à l'harmonie.
Elle est surprise que l'état d'urgence non seulement ne crée pas une urgence pour l'action de l'Etat mais laisse prospérer transgressions, rassemblements, défilés et leur périphérie douteuse dont le comportement, à hauteur de la latitude scandaleuse qu'on lui laisse, atteint un comble chaque jour dépassé. Véhicules et autobus incendiés, supérette dévastée, hôpital Necker dégradé dans des conditions qui révèlent cynisme et indifférence et qu'on aurait tort de banaliser, d'excuser.
Elle est perplexe quand elle entend le président de la République se réveiller pour menacer d'interdire les manifestations à Paris "si la sécurité des biens et des personnes n'est pas assurée" alors que depuis plus de deux mois la quotidienneté de certains de nos concitoyens est bouleversée sur ce double plan.
Elle est indignée quand mille casseurs s'ébattent en terrain conquis et qu'elle entend les mêmes phrases creuses, les mêmes engagements parce qu'elle sait qu'ils seront lettre morte.
Elle est amère quand, sans méconnaître la bonne volonté de ces gouvernants, elle doit s'avouer qu'ils ne sont pas à la hauteur et qu'alors les tragédies criminelles offensent deux fois : elles tuent comme à Magnanville et elles désespèrent parce qu'aucun avenir de fermeté et de cohérence ne leur succédera.
Au milieu de ce gâchis, sans qu'il soit même nécessaire de pointer la décomposition de la gauche, les projets confortables de la droite, la montée tranquille du FN qui a le gouvernement pour meilleur agent électoral, la seule obsession de l'extrême gauche de battre François Hollande, Emmanuel Macron paraît-il en déclin mais cependant plébiscité pour son atypisme rassurant, il y a l'Euro 2016 et deux victoires françaises arrachées de haute lutte.
Je n'ose tout de même pas penser, alors que c'est pire qu'avant et que rien de secourable n'apparaît à l'horizon avant 2017, que François Hollande compte sur cette compétition sportive pour redonner le moral à la France et s'en trouver gratifié.

La République est bonne fille, il est vrai, mais pas à ce point-là.

vendredi 17 juin 2016

Vive la République, vive la Révolution, vive Robespierre

Au dernier Conseil de Paris, mon vœu demandant que soit donné à une rue dans Paris le nom de Robespierre         a été rejeté, non sans lâcheté et inculture de la part de la majorité de l’assemblée. La demande a soulevé un flot de réponses outragées voire insultantes de personnalités du monde médiatique ou intellectuel.

 Par cette note, j'essaie d'apporter quelques réponses argumentées ...Cette démarche, qui avait déjà été formulée par mon camarade Alexis Corbière sous l’ancienne mandature, mais aussi par George Sarre et d'autres, et avait même été votée à la Libération par le Conseil de Paris avant d'être annulée par un autre vote de la droite à l’époque, était soutenue par une trentaine d'historiens.  
Ceux-ci jugeaient incompréhensible l'oubli par la Ville de Paris d'un personnage clé de notre Histoire et de la Grande Révolution qui a vu naître la République. Pourtant, le vœu a été rejeté, non sans lâcheté et inculture de la part de la majorité de l’assemblée, à l’exception du groupe communiste et de quelques élu-e-s socialistes.
La demande a soulevé un flot de réponses outragées voire insultantes de personnalités du monde médiatique ou intellectuel, autant de gens « raisonnables », qui se sont hâtés d'expliquer qu'en demandant d'honorer Maximilien Robespierre, j'adulais un coupeur de têtes et un dictateur sanguinaire.
Pourquoi donc cette demande d'une reconnaissance de Robespierre, appuyée pourtant de manière raisonnée et argumentée par de nombreux scientifiques, a-t-elle provoqué une telle levée de boucliers ? A travers lui, c'est toujours la Grande Révolution qui est attaquée. Une raison de plus pour ne rien lâcher dans ce combat d'idées !
Par cette note, j'essaie d'apporter quelques réponses argumentées, et de décrire cette emprise de l'idéologie contre-révolutionnaire sur le débat public et politique. N'ayons pas peur, en célébrant Robespierre, de cliver : car c'est ainsi que l'on crée la conscience.






Qu'est-ce que la "Grande Terreur " ? Il s'agit d'une période de deux mois du 10 juin au 27 juillet 1794, qui a causé la mort de 1366 personnes. Il ne s'agit évidemment pas de défendre la peine de mort, que je combats radicalement (comme Robespierre, d'ailleurs). Mais ces morts sont bien moins nombreux que les violences, massacres, exécutions sommaires auxquels s'adonnaient les Rois de France, souvent pour défendre leur pouvoir personnel et leur ordre social inégalitaire et féodal. Et les exécutions sommaires, violences et mesures de Terreur vont continuer après la mort de Robespierre.                                       Le nombre d'exécutions a d'ailleurs fortement augmenté en juin 1794, quand Robespierre quitte le Comité de Salut Public. 
L'historien Albert Mathiez le décrit ainsi comme celui qui « a représenté dans la Terreur la mesure, l'indulgence, l'honnêteté ». Il faut aussi replacer ces événements dans le contexte d'une société en guerre extérieure (et Robespierre avait farouchement milité pour la paix, en fustigeant les “missionnaires armés”, à la différence de Danton) et en guerre civile, où la Révolution et la République étaient menacées, et où le retour des rois, qui était une menace réelle, concrète et immédiate, aurait sans nul doute provoqué des massacres de révolutionnaires d'une ampleur tout autre que la Terreur. Pour finir sur cet argument, rappelons que Thiers fut responsable lors de la Semaine Sanglante en 1871 de 10 à 20.000 exécutions sauvages de communard-e-s, et qu'il y a néanmoins une rue Thiers à Paris (dans le 16e arrondissement).
Dès le début de la IIIe République, « le consensus républicain sur la Révolution française, au début de la IIIe République, s'est fondé sur l'exclusion de Robespierre du Panthéon des grands hommes de la décennie 1789-1799 ». Et pour quelle raison ? Parce qu'il « préconisait un impôt progressif sur le revenu », dans un idéal d'Egalité sociale qui, de Thermidor jusqu'à aujourd'hui, effraie plus que tout ceux qui gouvernent. C'est sans doute la raison première des flots de boue sous lesquels ils essaient d'ensevelir Robespierre, pour nous le faire détester.
La Révolution française serait l’ancêtre des totalitarismes, le point de départ de toutes les dictatures. C’est une insulte faite à notre histoire : c’est oublier que la Révolution fut le point de départ de l’émancipation du peuple, du combat pour la liberté de toutes et tous, pour l’égalité politique comme l’égalité sociale, de la fraternité, de l’idéal d’une République, qui est encore inachevé, comme la décrit Jaurès. Robespierre fut au cœur de tous ces combats. C’est d’ailleurs lui qui formula le premier le triptyque Liberté - Egalité - Fraternité.      Il fut un précurseur de tous les idéaux d’émancipation, et une figure centrale du gouvernement révolutionnaire qui hérita d’une situation catastrophique, d’une guerre qu’il n’avait pas voulue, et la prit en main avec probité et avec pour seul guide de son action la sauvegarde de la République et de la souveraineté du peuple. Soit, en somme, l’inverse du “totalitarisme” dont il est injustement (et absurdement) accusé d’être l’ancêtre. 
Élu député à la Constituante (1789-1791), puis à la Convention (élue au suffrage universel masculin) en septembre 1792, Robespierre est ensuite membre du Comité de Salut Public, qui détient le pouvoir exécutif. Ce comité est réélu chaque mois, et rend compte chaque semaine de son action devant la Convention. Au sein du Comité, Robespierre est certes une figure importante, mais il ne détient jamais aucun pouvoir personnel… 
Il le faudra que soit reconnue l’action de ce grand homme d’Etat qui fit tant pour notre patrie républicaine et pour l’émancipation de notre peuple, qui fut souvent très seul à défendre le suffrage universel,  l’attribution de la citoyenneté française aux Juifs, l’abolition de la peine de mort, l’abolition de l’esclavage, l’égalité politique et sociale, qui lutta contre la guerre, pour l’implication du peuple dans la vie de la cité, etc.
“Personne n’aime les missionnaires armés”, argumentait-il contre la guerre, et cela devrait faire rougir nos va-t-en-guerre contemporains qui prétendent vouloir imposer aux peuples la liberté par les armes et déstabilisent des régions entières, faisant le terreau de Daech pour imposer après coup l’état d’urgence et son régime d’exception. .
Défendant l’impôt progressif, il disait : “En matière de contributions publiques, est-il un principe plus évidemment puisé dans la nature des choses et dans l’éternelle justice, que celui qui impose aux citoyens l’obligation de contribuer aux dépenses publiques, progressivement, selon l’étendue de leur fortune, c’est-à-dire selon les avantages qu’ils retirent de la société ?”... Quoi de plus actuel alors qu’on vient de voir démontré que le plafonnement de l’ISF défendu par Hollande a été 2 fois plus favorable aux plus riches que l’injuste “bouclier fiscal” de Sarkozy ?
Enfin, dans sa probité légendaire l’Incorruptible écrivait en janvier 1793 : “Nous avons bien des préjugés à vaincre, avant de concevoir seulement que la source de toutes les mauvaises lois, que l’écueil de l’ordre public, c’est l’intérêt personnel, c’est l’ambition et la cupidité de ceux qui gouvernent.”... 
Qui peut s’étonner que de telles paroles heurtent l’oligarchie qui nous gouverne ? Voilà sans doute, aussi, pourquoi elle met tant d’énergie à calomnier Robespierre !

jeudi 16 juin 2016

Nicolas Sarkozy « devrait prendre acte » que pour lui « c'est fini »....

L’ancien président du Conseil constitutionnel
tacle l’ex-chef de l’Etat dans une interview au Point.
Nicolas Sarkozy « devrait prendre acte » que pour lui « c'est fini ». Jean-Louis Debré, l'ancien président du Conseil constitutionnel, tient des propos très durs envers l'ex-chef de l'Etat dans une interview au Point parue ce jeudi.
« Nicolas Sarkozy nous joue l'éternel revenant qui s'accroche. Il devrait prendre acte que pour lui, aujourd'hui, c'est fini », déclare-t-il dans l'hebdomadaire . « Quant on veut être président de la République, on doit avoir le sens de l'Etat. Et Sarkozy ne l'a pas », poursuit l'ancien ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac, dont le contentieux avec Nicolas Sarkozy remonte à la campagne pour la présidentielle de 1995.
Pendant neuf ans, Jean-Louis Debré a tout vu, tout entendu, tout noté, explique Le Point. Dans son livre « Ce que je ne pouvais pas dire » (Robert Laffont), journal de sa présidence du Conseil constitutionnel dont l'hebdomadaire publie des extraits, son jugement est tout aussi radical :
« Rien ne m'étonne plus de Sarkozy. Il n'a aucun sens de l'Etat. C'est un chef de clan auquel il est interdit de résister, surtout au nom du droit ».

« Il a été décidé qu’on reparlerait, dès les petites classes, d’éducation civique,

d’honnêteté, de courage, de refus du racisme et d’amour de la République.

Il est dommage que l’école ne soit fréquentée que par les enfants. »

André Frossard

Evoquant la réforme de 2008 qui a modifié en profondeur la Constitution, Jean-Louis Debré affirme que « Sarkozy était prêt à tout casser, par caprice, parce qu'il avait envie de s'exprimer devant le Congrès ». Selon lui, « la Ve République a été brisée par cette réforme », car « les institutions ne fonctionnent plus ». « A droite, la crise est pathétique. Les candidats à la primaire proposent tous la même chose et ne cessent de se dénigrer entre eux », « en face, au PS, ils prennent un malin plaisir à se combattre ». Les suspectes dépenses du président Sarkozy, La multiplication par cinq du budget alloué à l'action politique du parti suscite des interrogations au sein même des Républicains.

« Au sommet de l'Etat, certains se croient tout permis », s'insurge par ailleurs Jean-Louis Debré : « J'ai vu des choses inouïes au Conseil constitutionnel. Par exemple, un ancien membre a pu racheter sa voiture officielle pour un euro symbolique en quittant son poste. Et il a continué à nous envoyer ses contraventions après son départ... »

Interrogé sur ses rapports avec François Hollande,  Jean-Louis Debré affirme que les contacts qu'il a eus avec lui « ont toujours été faciles ».