mercredi 31 août 2016

Burkini, ils sont devenus fous

La polémique grotesque sur le Burkini, initiée par les maires du Sud-Est de la France, essentiellement Sarkozystes et relayée par Manuel Valls, donne à la précampagne présidentielle une odeur putride d’égouts. Ce mélange usé de racisme, d’islamophobie, de chasse à la femme arabe sur les plages de France, montre l’état de déchéance morale qu’a atteint la politique en cette rentrée 2016.

                                                
La polémique grotesque sur le Burkini, initiée par les maires du Sud-Est de la France, essentiellement Sarkozystes et relayée par Manuel Valls, donne à la précampagne présidentielle une odeur putride d’égouts. Ce mélange usé de racisme, d’islamophobie, de chasse à la femme arabe sur les plages de France, montre l’état de déchéance morale qu’a atteint la politique en cette rentrée 2016.
Honte à vous, politiciens de caniveaux dont les pères mesuraient déjà au millimètre les minijupes, chassaient les strings, parquaient les nudistes façon «Gendarme de Saint Tropez»… au nom des bonnes mœurs et de l’ordre moral. Aujourd’hui, vous êtes toujours hantés par cette vieille obsession du corps des femmes, qui motive vos ignominies. Inventant de toutes pièces une invasion de vos plages par des hordes de magrébines en « Burkini », vous prenez les mêmes arrêtés que vos père, pour « atteinte aux bonnes mœurs » et « trouble à l’ordre public»… raisons qui en disent long sur vos fantasmes. Vous n’avez de cesse de contrôler le corps des femmes.
Hier vous interdisiez l’avortement, aujourd’hui vous humiliez les femmes sur les plages en les obligeant à se déshabiller devant leurs enfants, sur injonction de vos policiers municipaux transformés en une police des mœurs. Vous qui prétendez être des défenseurs de la loi et de l’ordre vous n’hésitez pas à rejeter comme un chiffon de papier la décision du Conseil d’Etat, narguant ainsi l’autorité que vous voulez imposer à tous les autres.
Honte à vous, élus locaux et nationaux qui, par panique ou par conviction (?) reprenez les thèmes du Front national. Celui-ci peut même apparaître « apaisé », puisqu’il n’a même plus besoin de faire le sale boulot dont vous vous chargez. Il engrange dans le silence les voix que vous rabattez pour son compte. L’original se nourrit de vos lamentables copies. 
Honte à vous, Messieurs Sarkozy et Valls, qui instrumentalisez cette vague nauséabonde pour vous livre à une surenchère malsaine autour de l’identité. Avec l’ide des médias, cet ogre jamais repu, vous voulez persuader une opinion en quête de sens que les élections de 2017 se joueront sur ce terrain. On peut vous comprendre tant le programme de dévastation sociale de la droite est peu « vendeur » et que ce quinquennat est marqué du saut de la trahison de son électorat, comme l’a démontré la loi Travail. Car là est la seule vérité de ce pseudo débat de société : Il s’agit, par tous les moyens, de polariser l’attention de l’opinion sur ces questions, qui n’intéressent que des médias voraces, tout en détournant le regard de la question sociale. Mais il s’agit aussi de faire croire que, face au terrorisme, vous auriez des solutions magiques passant par la mise au ban des musulmans, tous confondus, considérés comme les fourriers des théo-fascistes de Daech.
Vous tentez le coup double, en faisant oublier vos erreurs stratégiques (abandon de la police de proximité, suppression des Renseignements Généraux, guerres en Lybie ou ailleurs … ) et en manipulant la laïcité comme valeur et principe politique de la République. Faut-il rappeler une nouvelle fois ici que la laïcité a pour fonction de permettre aux croyants de vivre sereinement leur foi, dans le cadre de l’espace public et privé, tout en organisant la séparation des cultes et de l’Etat. En vous attaquant frontalement aux fidèles d’une religion, vous êtes en train de faire exactement le contraire et vous rompez le compromis de 1905 passé avec l’Eglise. Les plus droitiers des ex UMP ne s’en cachent d’ailleurs plus : Il s’agit pour eux d’empêcher que l’Islam s’affirme face à la religion catholique, apostolique et romaine de la France, « fille ainée de l’Eglise ». Les Wauquiez et consorts se sont mis en mode « guerre de civilisations », brandissant des références mythiques que même les évêques de France récusent. J’entends tous les jours des diatribes contre l’islam sans que ceux qui les prononcent la bave aux lèvres aient lu le moindre verset coranique. L’ignorance fait le lit de la violence.
Oui, je dis halte aux fous, car ce jeu dangereux mine chaque jour un peu plus la France et ses fondements démocratiques, une France où paroles et actes racistes se libèrent, comme au bon vieux temps de la délation et de la folie antisémite qui battait sons pleins dans une certaine presse.
Vous êtes en train de créer les conditions d’une guerre civile de basse intensité qui peut, du jour au lendemain, prendre des formes de violence extrême où l’esprit de vengeance l’emportera sur tout autre considération.
Les mots ne sont pas innocents.  Ils peuvent tuer. Au nom de la religion, ils ont déjà tué en France, de la Saint Barthélémy à Saint- Etienne du Rouvray. Ceux qu’emploient les politiciens racistes face aux arabes et aux musulmans, ressemblent comme deux gouttes d’eau à ceux utilisés par les Ligues d’extrême droite de l’entre-deux-guerres contre les juifs. Ces derniers,  en tout cas pour ce qui concerne les juifs orthodoxes, sont d’ailleurs autant concernés par la tenue des plages que les fidèles musulmans.
Oui, halte aux fous : nous en avons assez de voir la religion s’emparer des esprits, devenir la thématique prioritaire du débat public dans une France où l’immense majorité ne croit ni en Jésus, ni en Mahomet, ni en Moïse, ni en Bouddha, est athée ou vit sa religion en privé.
Que ceux qui veulent porter un voile, une kippa ou une croix, le fassent dans l’espace public. La loi de 1905 - qui n’est pas une loi antireligieuse - les y autorise. Le Burkini ne me gène pas, même si je pense pas qu’il n’est pas un instrument de la libération des femmes.
Ceux qui gangrènent le climat politique sont ces démagogues qui exploitent le désarroi et la colère nés des attentats, en se prenant pour les héritiers de Charles Martel et en utilisant Marianne à tort et à travers.
Le consensus libéralo autoritaire du néoconservatisme, façon Valls et Sarkozy - les deux faces d’une même médaille - est en train de créer un agenda de la peur. Ici on ne chasse plus le Burkini, mais le foulard, sur la plage, là on expulse les musulmans de son restaurant. Demain on verra fleurir les pancartes « interdit aux chiens et aux musulmans ».  
Celles et ceux qui défendent le cosmopolitisme comme vision du monde, qui refusent l’hégémonie culturelle d’un nationalisme français réduit à l’ethnicisme gaulois, doivent défendre le droit de chacune et de chacun à se vêtir comme bon lui semble, à manger hallal ou casher, à vivre et à être enterré là où il le désire.  
Les terroristes sont en train de gagner la bataille contre l’Etat de droit. Ils ont déjà remporté une première victoire avec la surveillance de masse qui s’ingère dans nos vies privées. Ils sont en train d’en remporter une seconde en transformant en ennemi la population d’origine musulmane et en laissant s’installer un totalitarisme «  soft » établissant un code pénal de notre mode de vie.
Il est temps que ce vent de folie islamophobe et raciste cesse, avant qu’il ne soit trop tard.
                              Le blog de Noël Mamère                                                                        
 

lundi 22 août 2016

Londres prêt à sanctionner les conseiller fiscaux


Evasion fiscale: Londres prêt à sanctionner les conseillers

21 août 2016 | Par martine orange

Décidé à lutter contre la fraude, le gouvernement de Theresa May veut adopter de nouvelles lois permettant de sanctionner

 Les grands cabinets d’audit, les avocats et autres

 pour leurs conseils d’évasion.

Jusqu’alors, ceux-ci avaient toujours su éviter toute poursuite.

L’initiative porte un coup à l’industrie de l’évasion fiscale.

C’est un des rares engagements de Theresa May, lorsqu’elle a pris le poste de premier ministre dans la période confuse de l’après-Brexit. Son gouvernement, a-t-elle alors assuré, allait lutter contre l’évasion fiscale, rappelant que l’impôt est le prix à payer pour la société évoluée que les Britanniques veulent.

Trois semaines plus tard à peine, les paroles commencent à se transformer en actes. Le gouvernement a en projet de lancer une campagne contre l’évasion fiscale en sanctionnant non seulement tous les fraudeurs fiscaux mais aussi tous les conseillers, avocats et autres auditeurs qui auraient aidé à monter des schémas de fraude et d’évasion. À l’avenir, ceux-ci pourraient se voir infliger des amendes correspondant à 100 % des sommes qui ont échappé au fisc grâce à leur montage.

C’est en tout cas le sens du texte que le gouvernement a en préparation. Une vaste consultation sur le sujet a été lancée en milieu de semaine et devrait aboutir d’ici à la fin de l’année. « Les personnes qui élaborent les schémas d’évasion fiscale privent le pays de revenus fiscaux essentiels. Le gouvernement est déterminé à s’assurer qu’ils paient », a expliqué Jane Ellison, secrétaire au Trésor, en lançant la consultation. « Le renforcement des sanctions fera réfléchir les conseillers à deux fois et, en retour, diminuera le nombre de montages frauduleux », a-t-elle poursuivi.

La nouvelle a été saluée par nombre d’organisations qui militent depuis des années pour un changement international dans la lutte contre l’évasion fiscale. Pour tous, s’attaquer aux conseillers qui mettent en place les schémas de fraude fiscale et facilitent leur mise en œuvre est une nécessité. Les gouvernements, selon eux, auraient dû s’en préoccuper bien plus tôt.

« Le danger ne vient pas d’individus ou de sociétés individuelles qui mettent en place unilatéralement des mécanismes d’évasion fiscale. Le vrai danger provient de montages qui sont largement répandus », dit un des responsables de l’ONG Tax Justice Network, applaudissant la décision gouvernementale. « Il existe un système global pourri qui s’appuie sur des professionnels prêts à tester les limites de la légalité pour aider leurs clients à réduire leur impôt », explique de son côté un conseiller économique de l’organisation caritative Christian Aid au Financial Times.

Depuis plusieurs années, la fraude fiscale fait l’objet d’un grand débat public en Grande-Bretagne. Sous la pression de son opinion publique, le gouvernement britannique a dû engager le combat contre les fraudeurs. Il a lui-même donné quelques noms de grands groupes internationaux passés maîtres dans l’art d’éluder l’impôt. Google, Apple, Starbucks y figurent en bonne place. À la suite d’une campagne de boycott lancée par des consommateurs, la chaîne vendeuse de café a été obligée de s’engager à payer des impôts au Royaume-Uni. Plusieurs autres grands groupes ont entrepris, à sa suite, des négociations avec le fisc britannique afin de régulariser leur situation. Mais ces régularisations restent souvent a minima : les grands groupes, qui ne payaient rien, acceptent de payer quelques dizaines de millions de livres d’impôt, au lieu des centaines qu’ils devraient normalement verser. Surtout, ces quelques cas emblématiques ne règlent pas un mal bien plus profond. Selon des estimations du gouvernement britannique, la fraude fiscale se chiffre en milliards de manque à gagner pour l’État chaque année. L’opinion publique britannique supporte de moins en moins cette situation, alors que dans le même temps tous les services publics, à commencer par la santé, souffrent d’années de rigueur et de coupes budgétaires.

Que ce soient HSBC, LuxLeaks, Panama Papers ou UBS, les derniers scandales ont aussi mis en exergue l’ampleur des enjeux : la fraude et l’évasion fiscale sont devenues une industrie mondiale. L’oligopole mondial de l’audit, formé par les quatre grands cabinets Ernst & Young, PwC, KPMG et Deloitte, est au cœur de ce système, accompagné par des escouades d’avocats, de conseillers juridiques, de notaires partout dans le monde. Les mécanismes qui tournent à toute puissance depuis plus d’une dizaine d’années sont désormais parfaitement huilés. Entre le sandwich hollandais, la holding personnelle luxembourgeoise, le trust à Guernesey, pour finir dans une société offshore à Tortola ou aux Bermudes, tout est balisé.

Comme l’a prouvé le scandale LuxLeaks, les montages sont quasiment normés : PwC proposait des copier-coller à ses clients. Le cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca, au cœur du scandale des Panama Papers, avait industrialisé la création de sociétés offshore ; en quelques jours à peine, il pouvait créer pour ses clients une société au Panama ou aux îles Caïmans, en écrire les statuts, la faire enregistrer et ouvrir un compte bancaire. Cela n’empêche pas à tous ces conseillers de faire payer très chèrement leurs services : jusqu’à 20 % des sommes qui auraient dû être versées au fisc, dit-on.

Bien qu’ils aient été mêlés à tous les scandales récents de fraude fiscale, les quatre groupes d’audit comme les grands cabinets d’avocats et de conseil n’ont jamais été ennuyés ni par les services fiscaux ni par la justice. En un mot, les conseilleurs n’ont jamais été les payeurs. Tous ont été pris par surprise en découvrant les intentions du gouvernement britannique, conservateur de surcroît. Dans un premier temps, certains ont essayé de faire bonne figure. « Les temps ont changé et les débats autour de l’impôt aussi. Ce qui était vu comme un comportement acceptable ne l’est plus », a ainsi commenté un porte-parole du cabinet KPMG. Un texte permettant de sanctionner ceux qui allaient trop loin pourrait finalement ne pas être une mauvaise chose, « si cela permettait de dissuader les cow-boys qui tournent autour de ce secteur », expliqua ainsi un responsable du cabinet d’avocats DLA Piper.

Mais après quelques heures de réflexion, la contre-attaque a commencé. Les termes employés dans l’avant-projet leur paraissent « trop flous ». L’ensemble de la profession, même en donnant des conseils prudents et légaux, pourrait « se retrouver menacée ». « Le gouvernement doit agir avec prudence dans sa volonté de nettoyer les schémas de fraude. Cela ne doit pas dissuader les contribuables de rechercher des avis honnêtes et impartiaux, respectueux de la loi. Les définitions vont être décisives », a prévenu de son côté un responsable d’un cabinet de conseillers. Bref, la bataille a commencé et elle risque d’être livrée pied à pied.

L’avenir dira ce qu’il advient de ce texte, et de la volonté du gouvernement britannique de s’attaquer vraiment à la fraude fiscale. Quelle que soit l’issue, cette décision a au moins le mérite de lancer le débat sur un terrain où les gouvernements n’ont jamais voulu aller.

Cette volonté affichée tranche avec le silence assourdissant qui entoure ces sujets en France. Tout est mis en œuvre pour que l’évasion et la fraude fiscales, qui coûtent quand même plusieurs dizaines de milliards d’euros au budget chaque année, ne deviennent pas un sujet débattu au Parlement ou ailleurs. Alors que le gouvernement britannique n’hésite pas à livrer des noms de mauvais payeurs, le gouvernement français, au nom du secret fiscal, fait tout au contraire pour les cacher. Les listes HSBC ont été mises sous le boisseau pendant des années. Et l’État a institué de très discrètes cellules de dégrisement pour les contribuables repentis.

En 2013, un amendement avait bien été déposé par quelques députés frondeurs dans le cadre de la loi de finances afin de pouvoir sanctionner aussi les conseillers qui facilitaient l’évasion fiscale. Il a été prestement enterré.

vendredi 29 juillet 2016

Question posée par la journaliste saoudienne, Nadine Al-Budair :

Pour Abdelkader Sadouni, l’imam préféré de Christian Estrosi,
C’est « la laïcité française [qui] est responsable des attentats »
C’est au quotidien italien de centre droit Il Giornale, que Abdelkader Sadouni, imam de Nice choyé par le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, est allé livrer cette odieuse explication dans une interview publiée le 19 juillet, soit dès le lendemain de la fin du deuil national dans lequel l’attentat de Nice, avec ses 84 morts, avait plongé la France. Le propos de l’imam Sadouni, qui prêche à Nice à la mosquée Attaqwa, dans le quartier des Moulins, et dirige la librairie islamique de la rue de Suisse, est étayé par un argumentaire dont vous livrons des extraits :
« La laïcité serait un principe équitable si elle garantissait la liberté de culte à tous. Ce n’est pas ce qui se passe. Aujourd’hui, la laïcité est un extrémisme qui tente d’éradiquer toutes les religions. […] Si la laïcité continue à être appliquée ainsi, alors le désir de rejoindre les musulmans qui luttent en Syrie restera fort chez de nombreux jeunes. »
« Le problème de la communauté musulmane est qu’elle n’a pas sa place dans la société française. La France est un pays laïc, qui est opposé à la promotion de la religion et de sa manifestation. Ce faisant, l’islam est mis dans le coin, discriminé, et les musulmans sont attaqués parce qu’ils veulent pratiquer leur foi. Le problème ne vient pas de la communauté musulmane, mais du fait qu’il y a un manque de volonté de lui donner plus d’espace dans la société. »

En fait, pour l’imam Sadouni, la laïcité est condamnable… parce qu’elle fait obstacle à l’islamisation de la France ! Autres citations, extraites du même entretien à Il Giornale :
« Au cours des dernières années, nous avons assisté au départ pour la Syrie de nombreux jeunes musulmans de Nice, qui emmènent souvent avec eux leurs femmes et leurs enfants… La discrimination des musulmans en France, les attaques islamophobes et l’interdiction de l’usage des symboles religieux dans l’espace public sont les raisons qui poussent ces jeunes gens, qui ne se sentent pas partie de la communauté nationale, à partir pour rejoindre ceux qu’ils croient être leur prochain. »« Je pense que la situation des musulmans en France est le premier facteur qui pousse de nombreux jeunes hommes à se battre. Tant que les mosquées seront si peu nombreuses, tant que leur construction entraînera des manifestations, tant que les musulmans seront discriminés, alors ces réactions existeront. Ce sont des réactions certainement mauvaises mais elles sont réelles, et il faut éradiquer le phénomène qui les génère. »
En août 2015, l’imam Sadouni, questionné par Nice Matin sur ses rapports avec la municipalité, alors que la ville de Nice était dirigée par Christian Estrosi , avait eu cette réponse : « Nous avons la chance d’avoir une oreille attentive. » Ce que Christian Estrosi avait plus que confirmé sur l’antenne de RTL : « Je le soutiens de toutes mes forces parce que c’est quelqu’un qui est un relais social » ! Moyennant quoi l’imam Sadouni avait fait campagne lors des élections régionales pour l’élection d’Estrosi !
           Question posée par la journaliste saoudienne :       « Comment réagiraient les musulmans si des terroristes chrétiens se faisaient sauter au milieu d’eux ? »
une traduction de son article par l’institut de recherche médiatique du Moyen-Orient (MEMRI)
Par Nadine Al-Budair – 29 février 2016

Dans un article qui a de fortes chances d’être considéré provocant dans son pays, une journaliste saoudienne demande au monde musulman de voir la réalité en face si les rôles Chrétien-Musulman étaient inversés.   
La journaliste libérale Nadine Al-Budair, qui vit au Qatar, a publié un article dans le quotidien kowëitien Al-Rai dans lequel elle demande comment les Musulmans auraient réagi si des Chrétiens s’étaient fait sauter au milieu d’eux ou avaient tenté de les forcer à épouser leur foi.
Elle a présenté cette question hypothétique tout en demandant au monde musulman de se regarder dans la glace et d’engager des réformes, au lieu de condamner les attitudes occidentales envers lui.

« Imaginez un jeune d’un pays de l’Ouest venant ici se faire sauter au milieu d’une de nos places publiques au nom de la Croix. Imaginez que deux gratte-ciels se soient effondrés dans une capitale arabe et qu’un groupe extrémiste chrétien, en vertu de quelque comportement plus que millénaire, ait pris la responsabilité de cet acte, tout en faisant connaître sa détermination de raviver les enseignements ou quelques règles de la Christianité, selon son interprétation, afin de vivre comme au temps de Jésus et de ses disciples et de mettre en application certains édits d’un érudit chrétien »
« Imaginez entendre les voix de moines et prêtres depuis leurs églises et salles de prière ici et là dans le monde arabe, criant dans des haut-parleurs et assénant les Musulmans d’accusations, les traitant d’infidèles et chantant « Dieu, éliminez les Musulmans et qu’ils soient tous vaincus. »
« Imaginez qu’ayant accordé à des groupes étrangers un nombre infini de visas, de cartes d’identité, de citoyennetés, d’emplois, de bienfaits d’une éducation gratuite, d’une assurance-maladie moderne et gratuite, de sécurité sociale, etc… etc… et que plus tard un membre de l’un de ces groupes sorte du lot, plein de haine et de désir de sang, et qu’il tue nos fils dans nos rues, dans nos maisons, dans les bureaux de nos journaux, dans nos mosquées et dans nos écoles  ».
« Imaginez un Français ou un Allemand à Paris ou à Berlin emmenant son voisin musulman, quelque part, pour l’assassiner et mettre sa tête dans un congélateur, d’un sang froid bien calculé… comme un terroriste l’a fait avec la tête d’un Américain à Riyad il y a quelques années ».    Elle faisait allusion à l’ingénieur américain Paul Marshall Johnson, qui fut enlevé et décapité par des agents d’Al-Qaeda en Arabie Saoudite en 2004. Sa tête fut retrouvée dans un congélateur dans un appartement de Riyad environ un mois plus tard.
« Imaginez que nous visitions leurs pays comme touristes et qu’ils nous tirent dessus, fassent exploser des voitures près de nous et fassent connaître leur opposition à notre présence en chantant « Chassez les Musulmans de notre pays et de notre culture. »
« Ces images sont loin de la pensée du terroriste arabe ou musulman parce qu’il a la certitude, ou avait la certitude, que l’Ouest est humanitaire et qu’un citoyen occidental refuserait de répondre de cette manière aux crimes barbares des terroristes musulmans. Malgré les actes de terrorisme d’Al-Qaeda et d’ISIS (ou État islamique), nous, les musulmans, vivons sur les terres occidentales depuis des années sans peur ni inquiétude. Des millions de touristes musulmans, d’immigrants, d’étudiants et de demandeurs d’emplois vont dans les pays de l’Ouest, dont les portes leur sont ouvertes et les rues sans danger ».
« Cependant, pendant combien de temps encore cela durera-t-il ? La colère des Occidentaux envers les musulmans est évidente et ils font d’effrayantes déclarations ».
« C’est étrange que nous, les musulmans, croyons avoir le droit de condamner de telles déclarations plutôt que d’examiner les implications de certains de nos curriculums extrémistes, de notre formation et de nos régimes, et d’en avoir honte… C’est étrange pour nous de condamner l’Ouest au lieu d’examiner ce qui arrive chez nous : les façons extrémistes dont nous interprétons la charia et nos attitudes réactionnaires à l’encontre les uns des autres et du monde. C’est étrange que nous condamnions le reste du monde au lieu de lui présenter des excuses ».
« Comment réagiriez-vous si un Européen faisait exploser un théâtre ou café fréquenté par votre fils dans votre ville ? Que feriez-vous si vous entendiez des malédictions contre votre religion et votre foi tous les dimanches, comme ils en entendent de certains de nos imans le vendredi et d’autres jours ? »
« Imaginez vous trouver à Amsterdam, Londres ou New York, sachant que les étudiants y apprennent comme partie de leurs cours que vous êtes un infidèle et que de vous tuer est le jihad qui conduit aux vierges du paradis ; prolongeriez-vous votre séjour jusqu’à la fin de l’été ou partiriez-vous ? Vous feriez-vous exploser comme le font les terroristes musulmans, ou vous contenteriez-vous de retenir votre rage et de demander d’interdire l’accès des Chrétiens aux pays arabes ; que feriez-vous ? »
« Imaginez la guerre qui aurait éclaté si les Occidentaux avaient fait valoir leurs valeurs face aux crimes sanguinaires commis par des étrangers, et si l’Ouest ou un mouvement chrétien anti-radical s’était élevé dans nos villes arabes ? »
« Après toutes ces farces, un analyste arabe lance un message pathétique, récitant les mêmes mots à ses amis comme il les a répétés des millions de fois : « Ces Musulmans qui commettent des crimes ne représentent pas l’Islam, mais seulement eux-mêmes. » ».
« C’est tout ce que nous savons faire, nous absoudre de toute culpabilité ».

Face à la barbarie terroriste, tenir et agir


On ne s'habitue jamais à l'horreur.
Malgré la répétition des attaques, malgré le nombre de victimes,
 la barbarie terroriste nous surprend à chaque fois.
Elle nous afflige et nous terrifie. Elle nous divise aussi.
 C'est d'ailleurs l'objectif que poursuivent les assassins de Daech.
 Massacrer pour faire peur d'abord en s'attaquant à tous les
symboles possibles : hier la presse, les juifs, la police, la fête
 nationale et désormais l'Eglise.
Matthieu Croissandeau
Jeter le poison de la discorde dans la population ensuite : religieux contre laïques, musulmans contre chrétiens, banlieues contre centre-ville, gauche contre droite, peuple contre élites… Faire vaciller nos institutions enfin pour faire plonger le pays dans le chaos ou la guerre civile. La France n'a pas le goût de l'union sacrée ni celui des grandes coalitions politiques. Elle ferait pourtant bien d'y réfléchir plutôt que de réclamer la démission de tel ou tel, de céder à la polémique et à l'invective. Il n'y a guère que les populistes pour faire semblant de croire qu'un limogeage soulagerait un tant soit peu la douleur et le chagrin des familles. Et il n'y a que les idiots – ce sont souvent les mêmes – pour penser qu'une telle décision améliorerait l'efficacité de la lutte antiterroriste.
Plutôt que de chercher des victimes expiatoires donc, occupons-nous des vraies victimes et de leurs familles, celles de Paris, de Villejuif, de Nice, de Magnanville et de Saint-Etienne-du-Rouvray aujourd'hui

"Les arguties juridiques" dénoncées par Nicolas Sarkozy après l’assassinat du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray ne sont rien moins que des règles d’ordre constitutionnel.

 A ce titre, les mots choisis par le président des Républicains sont à la fois dangereux et indécents. On ne les retrouve pas dans son interview au Monde et c’est heureux. Les propositions avancées dans cet entretien précisent les intentions d’un ancien chef de l’Etat qui aspire à le redevenir. Ce qui est logique et normal dans un débat démocratique digne de ce nom, même si le projet qu’elles dessinent attentent, en bloc et en détails, à ce qui en constitue le fondement.
Les institutions de la Cinquième République ne sont pas un bloc intangible. Elles peuvent être modifiées. Elles l’ont été à de nombreuses reprises. François Hollande avait d’ailleurs souhaité qu’elles le soient à nouveau au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 sur l’état d’urgence et la déchéance de nationalité. Ce n’est pas parce qu’il a échoué dans cette tentative sous les tirs croisés d’une partie de la gauche et d’une fraction de la droite que toute tentative de révision doit être exclue par principe, dans un avenir proche.
De ce point de vue, Laurent Wauquiez est plus explicite et plus franc que Nicolas Sarkozy quand il suggère aujourd’hui, dans Le Figaro, d’«adapter» notre loi fondamentale aux exigences de la lutte anti-terroriste telle qu’il la conçoit. Sur la présomption d’innocence, via le sort réservé aux fichés S, la droite ne pourra pas avancer demain, si elle revient au pouvoir, qu’en modifiant le préambule de la Constitution qui se réfère explicitement à la déclaration des droits de l’homme de 1789. Rien ne le lui interdit à condition, bien sûr que cette révolution juridique soit validée par le peuple français, selon les procédures qui sont celles de notre démocratie. En l’occurrence, on imagine mal que tout cela ne passe pas par un référendum, en bonne et due forme.
Le jeu de l’émotion dans un calcul politique

Nous avons bien des préjugés à vaincre,
Avant de concevoir seulement que la source de toutes les mauvaises

lois, que l’écueil de l’ordre public,
C’est l’intérêt personnel, c’est l’ambition et
la cupidité de ceux qui gouvernent.”... 
Robespierre


Là est la vraie limite de cette stratégie du «toujours plus» qui sert de boussole à la droite depuis quelques semaines. Dans un premier temps, au lendemain de l’attentat de Nice, elle n’a eu pour seul objectif que de casser les réflexes d’unité et de rassemblement qui s’étaient manifestés dans la rue en janvier 2015, après Charlie et l’Hypercacher, puis, en novembre, au congrès de Versailles, après la réplique du Bataclan. Pour parvenir à ses fins, elle a utilisé toutes les armes de la polémique, fussent-elles les plus basses, face à un pouvoir d’autant plus faible qu’il ne dispose plus de bases politique suffisantes pour lui assurer une crédibilité minimale, au sein d’une opinion taraudée par la peur.
Christian Estrosi et, sur un mode mineur, Éric Ciotti, ont été les artisans de cette politique insensée, dictée par le court-terme, qui vise à rendre tout gouvernement, par nature, non pas responsable mais coupable de la moindre action terroriste sur le sol national. Sans doute fallait-il des hommes de sac et de cordes pour en arriver là. Mais comment ne pas voir qu’on ne peut à la fois admettre que le pays est «en guerre» pour longtemps tout en s’en prenant par principe et à la moindre occasion à l’action de ceux qui sont chargés de la mener?
Sur de telles bases, on souhaite du plaisir à quiconque prétend aux plus hautes fonctions de l’Etat alors que chacun sait bien que face au terrorisme le risque zéro, hélas, n’existe pas. Personne n’a jamais contesté qu’on puisse faire mieux dans ce combat-là. Mais ce n’est pas faire preuve d’on ne sait quel «fatalisme» que de dire aux Français qu’il ne sera pas gagné de sitôt. Le profil du tueur de Nice montre en tous cas combien il est illusoire de tout prévoir et de tout surveiller. Si la droite s’est saisie de ce drame pour faire le procès du gouvernement, c’est d’abord par calcul. Derrière l’émotion du moment, il y avait une intention déclinée de sang-froid.
On remarquera au passage que les leaders les plus «modérés» de la droite n’ont pas su résister à cette stratégie de délégitimassions systématique, dictée par des enjeux liés à la future primaire de l’opposition. Alain Juppé a ainsi montré sa faible capacité de résistance aux ultras de son camp. Le maire de Bordeaux est peut-être «droit dans ses bottes» mais celles-ci sont en caoutchouc. S’il devient un jour Président, ce n’est pas ainsi chaussé qu’il parviendra à ne pas être, à son tour, un de ces «petits bouchons» ballotés par les frondeurs de tous poils.
Le chef des «Républicains» s'attaque aux traditions ... républicaines
Pour sortir de ce piège qu’elle a elle-même creusée, il fallait donc que la droite, par la voix de ceux qui, dans ses rangs, conservent un sens minimum de l’Etat, sache trouver autre chose que des coups de dagues destinés à faire tomber, un jour le ministre de l’Intérieur, un autre le Premier ministre, et à interrompre de facto le mandat du Président, neuf mois avant son terme. Nicolas Sarkozy s’y emploie à sa façon. A chaque attentat, depuis un an et demi, il procède de la sorte.


En 2006, Nicolas Sarkozy qualifiait de "propos incompétents" la proposition d'encadrement militaire des mineurs délinquants. Il a changé d'avis... Ségolène Royal prend cet "hommage positivement". Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

Nicolas Sarkozy a visiblement évolué sur la question de l'encadrement militaire des mineurs délinquants. "Le gouvernement va reprendre cette proposition" (du rapport du député UMP Eric Ciotti) qui doit "permettre que les auteurs de délits puissent accomplir, pendant quelques mois, un service citoyen dans le cadre d'un établissement d'insertion de la défense", a déclaré ce 13 septembre le chef de l'Etat en visite dans le nouveau centre pénitentiaire de Réau (Seine-et-Marne).

Prônée depuis 2006 par Ségolène Royal, cette mesure s'était à l'époque attirée l'ironie du président de l'UMP, candidat à la présidentielle, un certain Nicolas Sarkozy.                      "Je suis parfois un peu étonné des propositions qu'elle fait. Si l'avenir des jeunes c'est d'être pris en mains par l'armée, pourquoi pas. Mais je ne le pense pas", avait-il estimé.     Et d'ajouter: "Si on pense que la solution aux problèmes c'est de tenir des propos aussi incompétents, c'est son choix."

l'ancienne candidate s'est félicitée de "cette reconnaissance de solutions efficaces et justes", "un hommage qu'elle prend positivement". Ségolène Royal souhaite que dès 2012 5000 jeunes soient concernés par cette mesure. "Les Français sont fatigués des effets d'annonce, ils veulent des actes. Ce qui est important, c'est que les idées fassent leur chemin", a botté en touche Ségolène Royal, tout en regrettant que le projet du PS ne soit pas allé aussi loin.



Dans l’arsenal Sarkozyste, figurent désormais des mesures qui visent à créer, sur le plan juridique et pratique, ce qui ressemble trait pour trait à un Guantanamo à la française. Ce faisant, il répond aux injonctions d’une partie de la droite qui n’hésite plus à parler de la nécessaire «Israélisation» de nos politiques anti-terroristes, sans d’ailleurs voir que ni les Etats-Unis, ni même Israël, n’ont su dresser les barrages qui les mettent à l’abri du moindre attentat. Ces politiques ne sont pas en soi illégitimes. On peut les défendre dans le cadre d’un débat politique démocratique. De même qu’on peut les combattre en notant qu’elles remettent en cause ce qui constitue le cœur de nos traditions judiciaires et, au-delà, de nos traditions républicaines.  Après le meurtre de 84 personnes le 14 juillet à Nice, puis l'égorgement d'un prêtre dans une église normande mardi, Nicolas Sarkozy n'a pas tardé à lâcher ses coups contre le gouvernement, en réclamant toujours plus de mesures sécuritaires. Mais le patron du parti Les Républicains (LR) ne craint pas de contredire son bilan en la matière. Au point de parfois prôner des dispositifs qu'il a lui-même supprimés lorsqu'il était au pouvoir…
Si Nicolas Sarkozy compte supprimer 300.000 postes de fonctionnaires en cas de retour à l'Elysée, il est convaincu qu'il ne faut pas toucher aux effectifs régaliens. "Il faudra exonérer toutes les forces de sécurité – policière, militaire et judiciaire – de tout effort d’économies, augmenter les moyens de l'armée et embaucher des analystes pour le renseignement", plaide-t-il dans une interview au mercredi 27 juillet. Mais ce que l'ex-chef de l'Etat se garde bien de préciser, c'est qu'il n'en allait pas du tout ainsi pendant son quinquennat. La police et la gendarmerie ont ainsi perdu plus de 9.000 postes entre 2007 et 2011, indiquait un en 2013. Une saignée qui s'explique notamment par le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, une mesure-phare du mandat Sarkozy. Côté Défense, la purge a été encore plus rude. La loi de programmation militaire adoptée pour la période 2008-2014 prévoyait la suppression de pas moins de 55.000 postes. Un mouvement poursuivi sous le quinquennat Hollande, avant d'être interrompu sous la pression des attentats de l'an dernier. Dans une interview au en juin, Nicolas Sarkozy réclamait "la création en urgence d'un véritable service de renseignement des prisons". Car pour lui, "il faut du renseignement humain, comme d'ailleurs dans les lieux de culte extrémistes et au sein des groupes radicalisés". Problème : c'est le président Sarkozy qui a éliminé un maillon essentiel de ce fameux "renseignement humain" , bien implantés sur l'ensemble du territoire, pour fondre leurs effectifs dans la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). La conséquence : de moins bonnes remontées d'informations, notamment sur les cités sensibles qui allaient nourrir les filières islamistes.
"Comment des individus fichés, dont l'un est sous contrôle judiciaire pour avoir essayé d’aller faire le djihad en Syrie, ont été laissés libres de commettre un tel attentat ?" s'insurge Nicolas Sarkozy dans Le Monde à propos des deux terroristes de Saint-Etienne-du-Rouvray. , le premier assaillant identifié, Adel Kermiche, a été mis en examen et incarcéré après avoir tenté deux fois de se rendre en Syrie, mais bénéficiait d'une mesure de liberté conditionnelle - c'est d'ailleurs pendant ses horaires de permission de sortie qu'il a commis l'attentat. Or, c'est la loi Dati de 2009 . Afin de ne pas aggraver la surpopulation carcérale, ce texte prévoit notamment que les personnes mises en examen peuvent être assignées à résidence sous bracelet électronique au lieu d'être incarcérées - ce qui était précisément le cas d'Adel Kermiche. Nicolas Sarkozy, qui la "politique de désarmement pénal" qui prévaudrait sous le quinquennat Hollande, n'a donc pas fait montre de la sévérité qu'il prône aujourd'hui à longueur d'interviews.
comme le confie à Marianne un député LR bon connaisseur de ce dossier, "Sarkozy est pris à son propre piège".

En janvier 2015, il n’avait rien trouvé mieux que de proposer une révision… du régime d’heures supplémentaires des policiers. En novembre 2015, il avait expliqué, au grand dam d’Alain Juppé, que «solidarité» ne signifiait pas «unité» avant de suggérer, face à un Président attentif, l’armement permanent des forces de sécurité ainsi que la déchéance de nationalité. Cette fois-ci, il s’engage sur un terrain qu’il avait jusque-là évité, en dépit des pressions de certains de ses proches, tel Laurent Wauquiez. Il n’est pas anodin que les révisions constitutionnelles, que ces projets impliquent renvoient à la déclaration des droits de l’homme de 1789. Si Nicolas Sarkozy préfère, pour une fois, ne pas aller jusqu’au bout de son raisonnement et que Laurent Wauquiez choisit d’euphémiser son propos en ne parlant que d’«adaptation» de la Constitution, n’est-ce pas aussi parce qu’ils mesurent l’ampleur du saut qu’ils proposent? «Le discours de la gauche ne correspond plus à la réalité», vient de dire le président des Républicains dans son interview au Monde. La question est maintenant de savoir si le nom de son parti est lui aussi conforme à cette réalité. Elle sera, quoiqu’il arrive, au centre de la campagne de la prochaine présidentielle et, après tout, au point où on en est, c’est très bien ainsi.

mercredi 27 juillet 2016

Saint-Étienne-du-Rouvray, Nice : la surenchère autoritaire de Sarkozy est inacceptable




Depuis l'attentat de Nice, et après l'assassinat d'un prêtre dans une église de Saint-Étienne-du-Rouvray, la droite ne retient plus ses coups contre le gouvernement. Nombre de ténors de "Les Républicains" exigent même la mise ne place de mesure d'exception pour lutter contre le terrorisme. Des propos qui fracturent un peu plus la communauté nationale, déplore l'historien Jean Garrigues

Il faut espérer que les attentats les meurtres qui se sont succédés cette année en France ne sont pas le résultat de la politique de stigmatisation des populations étrangères ou des critiques répétées par la classe dirigeante de notre pays, envers la population musulmane.
Un réflexe communautariste risque de détruire
tous les progrès d'intégration qu'a connu
notre pays laïque, fraternel et égalitaire.
La plus grande réussite de certains de nos dirigeants depuis quelques années est sans contexte la banalisation du racisme, de la xénophobie et de l'antisémitisme, que la France avait déjà connu sous l'Etat Français.


Au fond de chaque homme civilisé se tapit un petit homme de l’âge de pierre, prêt au vol et au viol, et qui réclame à grands cris un œil pour un œil. Mais il vaudrait mieux que ce ne fût pas ce petit personnage habillé de peaux de bêtes qui inspirât la loi de notre pays.

Arthur Koestler et Albert Camus



"La droite la plus bête du monde". Cette formule de Guy Mollet reviendrait-elle au goût du jour ? On serait tenté de le croire au vu des rodomontades et autres déclarations martiales proférées dans l’urgence par plusieurs ténors des Républicains, à commencer par leur chef de parti, au lendemain des attentats terroristes de Nice puis de Saint-Étienne-du Rouvray.



Alors même que 67% des Français déclarent dans un récent sondage être favorables à un "gouvernement d’union nationale", voilà que les matamores de la droite dite républicaine se lancent dans une compétition de critiques au vitriol contre le trio Hollande-Valls-Cazeneuve et de surenchères de propositions répressives, dont une bonne partie est incompatible avec les règles de notre droit.



Faisant fi du respect exigé par le moment du deuil et de l’indispensable unité que réclame la lutte contre Daesh et ses émissaires sanglants, ils saturent l’espace public de polémiques et de petites phrases assassines, qui n’ont d’autre résultat que de fracturer un peu plus la communauté nationale, et surtout de brouiller les cartes de notre citoyenneté républicaine.



Sarkozy semble à côté de l’histoire



À cet égard, Nicolas Sarkozy nous semble à côté de l’histoire lorsqu’il estime qu’en "assassinant un prêtre catholique et en blessant gravement des fidèles dans une église, c’est l’âme de la France qui est touchée"



Il n’est pas question de nier ici l’horreur de ce crime, pas plus que la place majeure du christianisme dans l’histoire millénaire de notre pays, bien au contraire. Mais un vrai républicain (surtout lorsqu’il se revendique comme le dépositaire de la marque) devrait se souvenir que ce qui fait aujourd’hui l’identité de notre communauté française aujourd’hui, depuis 1792 ou au moins depuis 1870, ce n’est pas l’Église catholique, c’est la République.



En décembre 2007, dans son discours dit du Latran, Nicolas Sarkozy avait déjà pris ses distances avec cette lecture républicaine de notre identité collective en affirmant que "l’instituteur ne pourrait jamais remplacer le curé ou le pasteur dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal".



À l’époque déjà, cette formule avait été ressentie comme une provocation par tous ceux qui sont attachés à la tradition laïque de notre pays, aux "hussards noirs de la République" exaltés par Charles Péguy. Les pères fondateurs de notre démocratie républicaine, Jules Ferry, Léon Gambetta, Georges Clemenceau, se retournaient dans leurs tombes.



Ce n’est pas une guerre de religion qui se mène



Aujourd’hui, dans le contexte de l’offensive terroriste menée par Daesh contre l’Europe occidentale, une telle déclaration est encore plus déplacée, voire explosive. Elle tend en effet à accréditer l’idée que c’est une guerre de religion qui se mène, alors que c’est une guerre de valeurs et de civilisation entre d’un côté un islamo-totalitarisme et de l’autre côté un système démocratique incarné (entre autres) par la République française.



Aux yeux d’un historien, la formule de Nicolas Sarkozy est donc inacceptable à double titre. D’une part, parce qu’en soulignant une fois de plus les racines chrétiennes de la France, il accroît de facto la tension entre les différentes communautés spirituelles qui composent notre République, opposant chrétiens et non-chrétiens, et prenant le risque de stigmatiser les musulmans de France. Le choc des intégrismes serait dévastateur !



D’autre part, parce qu’il s’écarte de ce "vivre ensemble" républicain qui est le véritable ciment de notre communauté nationale. On ne peut pas à la fois diriger un parti intitulé "Les Républicains" et prendre ses distances vis-à-vis du socle républicain de notre identité collective. Ce n’est pas cohérent !



Le plus grave, c’est que les conséquences des polémiques soulevées par Nicolas Sarkozy, Eric Ciotti, Christian Estrosi ou Laurent Wauquiez, à savoir la surenchère autoritaire, la fracturation communautaire et la désunion nationale, sont précisément les objectifs, voire "les buts de guerre" poursuivis par l’islamo-fascisme.



2017, moteur de surenchères belliqueuses



Cela ne veut pas dire qu’il faut anesthésier le débat public au nom de la discipline républicaine, bien évidemment.



De 1914 à 1917, Georges Clemenceau ne ménagea pas ses critiques à l’encontre des gouvernements d’union sacrée, les jugeant incapables de mener le pays à la victoire. On peut d’ailleurs estimer que ses critiques furent souvent injustes, et qu’elles visaient aussi à le ramener au pouvoir. Mais force est de constater que les attaques du "Tigre" se situaient toujours dans le strict périmètre des valeurs républicaines, dont il était l’un des plus farouches défenseurs.



On aimerait que cet exemple soit médité par les chefs des Républicains, et que l’obsession présidentielle de 2017 ne soit pas le seul moteur de leurs surenchères belliqueuses. Certains, à l’image du président du Sénat Gérard Larcher, donnent le spectacle réconfortant d’une opposition républicaine et responsable. C’est le comportement d’un homme d’État, et non d’un candidat en campagne.



Il faut que chacun s’imprègne de ce modèle, car c’est ce qu’attendent les Français.