vendredi 31 mars 2017

« Je n’ai jamais eu de prétentions salariales


Penelope Fillon face aux enquêteurs : 

« Le Journal du dimanche » révèle le système de défense développé par l’épouse du candidat à la présidentielle lors de sa première audition le 30 janvier, dans les locaux du Groupe d’intervention régional, à Versailles.         De quoi donner un bon aperçu du contenu de son argumentaire face aux enquêteurs.
Sur son emploi auprès de son mari, député de la Sarthe entre 1998 et 2002      – pour lequel elle était rémunérée 3 340 euros net par mois –,                       Penelope Fillon a détaillé sa fonction :
 « Je m’occupais du courrier arrivant à notre domicile, demandes d’administrés, problèmes personnels de gens en difficulté, Sollicitations diverses. »
Elle rédigeait aussi « des fiches et des mémos » pour son époux, concernant des manifestations locales. Elle explique aussi qu’elle le remplaçait parfois, « notamment dans les événements culturels qui l’intéressaient moins ». Ce travail,  elle l’effectuait « dans le manoir de Beaucé », dans la Sarthe, « sans jamais se rendre à l’Assemblée nationale ».
Sur son emploi auprès de Marc Joulaud (2002-2007), le suppléant sarthois de François Fillon quand ce dernier a été nommé ministre des affaires sociales en 2002, Mme Fillon légitime son poste devant les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières (OCLCIFF). Selon elle, « (…) l’influence de [s]on mari » restant « importante » dans la Sarthe, sa présence « pouvait lui apporter du poids dans l’exercice de son mandat ».
Sauf que les enquêteurs lui font remarquer qu’à cette époque, le couple Fillon vit à Paris. « Quelles missions effectuiez-vous pour le compte de M. Marc Joulaud la semaine à Paris ? », demandent-ils.                             Penelope Fillon répond :
« Par exemple, j’emmenais le courrier reçu au domicile du week-end pour le traiter à Paris »
Là encore, sans jamais se rendre à l’Assemblée nationale. Pour expliquer le secret entourant sa présence, Mme Fillon a expliqué que cela tenait à son « souhait de rester dans l’ombre », « pour des raisons de caractère ».
Selon les informations du Monde,le Parquet National Financier a délivré le  16  mars un réquisitoire supplétif pour "escroquerie aggravée, faux et usages de faux"aux juges d’instruction chargés de l'enquête sur les époux Fillon – Serge Tournaire, Aude Buresi et Stéphanie Tacheau –, ouverte pour « détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, complicité et recel de ces délits, trafic d’influence et manquement aux obligations déclaratives ».
Cette décision fait suite à une deuxième perquisition menée courant mars à l’Assemblée nationale une première avait été effectuée par les enquêteurs dans le cadre de l’enquête préliminaire – et à l’occasion de laquelle de nouveaux documents ont été saisis. Ces feuilles, signées par Penelope Fillon, comportaient différents calculs d’heures travaillées.
Au printemps 2012, Mme Fillon a déclaré sur une fiche de renseignement « 14 heures de travail mensuel à la Revue des deux mondes, dont elle était pourtant employée à temps plein ». Mais dans une autre fiche, découverte lors d’une deuxième perquisition dans le bureau de François Fillon, « les enquêteurs ont découvert un brouillon de cette fiche de renseignement dans lequel était inscrit cette fois “30 heures” ». A la revue, « je n’y suis jamais allée »

Entre le 1er juillet 2012 et le 30 novembre 2013, Penelope Fillon est une femme très occupée. Salariée de la Revue des deux mondes à temps plein pour 3 900 euros net mensuels, elle reprend des études de littérature anglaise via l’« Open University », et travaille également auprès de son époux, alors député de Paris. Lorsque les enquêteurs lui demandent :
« Comment faisiez-vous pour conjuguer sur la même période les emplois, tous les deux à plein temps ? »
L’intéressée répond :
« J’organisais mon temps de travail comme je le voulais, et il n’y avait pas vraiment de week-end ni de repos hebdomadaire. »
Concernant son salaire, elle assure ne pas avoir eu « de prétentions salariales » et n’avoir jamais abordé la question avec Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire du titre et ami de François Fillon. Lorsqu’elle a appris le montant de sa rémunération, elle a toutefois « pensé que c’était généreux », dit-elle.
Une note de lecture dans une revue, par un professeur, donc un type compétent, pas un amateur qui s’ennuie chez lui, c’est payé :
Pas 100.000 euros
Pas 10.000 euros
Pas 500 euros
Pas 100 euros

C’est payé 0 Euro.
Pierre Jourde
Elle explique aussi que son travail de conseillé littéraire consistait à délivrer des conseils « oraux uniquement dispensés à M. Ladreit de Lacharrière ». « Quatre ou cinq fois », précise-t-elle. Mais lorsque les enquêteurs lui demandent de décrire les locaux de La revue des deux mondes, rue de Lille dans le 7e arrondissement parisien, Mme Fillon en est incapable : « Je n’y suis jamais allée. »
« Vous avez effectué pendant vingt mois une mission de réflexion stratégique sur la Revue des deux mondes sans jamais y aller, ni rencontrer le directeur, ni les employés et auteurs de cette revue ? », insiste le policier, étonné par la réponse de Penelope Fillon.    « J’ai été déçue de ne pas être plus sollicitée ».

En novembre 2013, Mme Fillon démissionne de la revue après avoir rédigé, dit-elle, plusieurs notes de lecture qui n’ont jamais été publiées. Et quitte, au même moment, sa fonction d’assistante parlementaire auprès de son époux qui opte, lui, pour la présidentielle.


vendredi 24 mars 2017

« Pour avoir le droit de parler, il faut avoir les mains propres.


« A quelques-uns l’arrogance tient lieu de grandeur ;
l’inhumanité de fermeté ; et la fourberie, d’esprit. »
de Jean de La Bruyère
L'ancien Premier ministre a accusé le chef de l'Etat d'avoir manœuvré contre lui au moyen d'un "cabinet noir", sur la foi d'un livre (non encore paru), dont certains de ses auteurs ont dit n'avoir rien écrit de tel.
" L'excès du langage est un procédé coutumier
à celui qui veut faire diversion. "
F Mitterand
Au journaliste qui lui demandait de confirmer qu'il n'y avait pas de "cabinet noir" à l'Elysée, François Hollande a répondu : "il y a un cabinet, heureusement, qui travaille mais nous n'avons pas à nous mêler des affaires et, vous savez ma position, ça a toujours été l'indépendance de la justice, le respect de la présomption d'innocence et ne jamais interférer.
Je crois que c'est très différent de mes prédécesseurs."
"Je ne veux pas rentrer dans le débat électoral, je ne suis pas candidat, mais il y a une dignité, une responsabilité à respecter dans une campagne présidentielle et je pense que monsieur Fillon est au-delà maintenant ou en-deçà", a poursuivi le président de la République.
"Ce qui est clair, c'est que tout est clair ici et ce qui n'est pas clair, c'est ce que monsieur Fillon doit justifier auprès de la justice", a dit François Hollande à franceinfo.

mardi 21 mars 2017

Démission !


Démission !

“Nous avons bien des préjugés à vaincre,
Avant de concevoir seulement que la source de toutes les mauvaises lois,
que l’écueil de l’ordre public,
C’est l’intérêt personnel, c’est l’ambition et
la cupidité de ceux qui gouvernent.”...
Robespierre

Le ministre de l’intérieur Bruno Le Roux apprécie, lui aussi, les emplois familiaux.
Quand il était député, ses filles ont bénéficié de 24 contrats d’assistantes, signés à l’occasion de vacances scolaires, révèle ce lundi Quotidien. Elles avaient à peine 16 ans au départ. Relancé sur le fait que ses filles étaient au départ mineures, le ministre lâche :« Moi j’ai commencé à travailler en usine, j’avais 15 ans et demi ! »
En pleine « affaire Penelope », Bruno Le Roux ne lésinait pas sur les critiques à l'égard des épouses de députés salariées comme assistantes. « Ça ne devrait pas être autorisé », grondait le ministre de l’intérieur.
Il se gardait bien, ce jour-là, d’évoquer la vingtaine de contrats qu’il a lui-même accordés à ses deux filles lorsqu’il était député, à l’occasion de leurs vacances de lycéennes puis d’étudiantes, dès l’âge de 16 ans pour l’une, et même 15 ans pour l’autre.
Si tous les députés ont rempli une déclaration d’intérêts en 2014 révélant pour la première fois l’identité de leurs collaborateurs, Bruno Le Roux n’y a pas mentionné les « jobs » accordés à ses filles, sans doute parce qu’il s’agissait de CDD. Bien pratique pour ne pas éventer le secret.
Depuis « l’affaire Fillon », trois des principaux candidats à l’élection présidentielle (Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Benoît Hamon) ont promis l’interdiction des emplois familiaux à l’Assemblée comme au Sénat, sur le modèle du Parlement européen. Mais François Fillon, lui, s’y refuse toujours, se contentant d'envisager une « publication des liens de parenté entre les parlementaires et les collaborateurs, y compris en cas de recrutements croisés ».

lundi 20 mars 2017

Pourquoi je ne voterai pas Mélenchon

« Admettons que Mélenchon fasse 10-15 %. Et après ?
Comment, exclu du second tour, fera-t-il barrage
à la droite et à l’extrême droite ? »
DOMINIQUE VIDAL

En 2012, j’ai voté et appelé à voter pour Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle. Cinq ans plus tard, je n’en ferai pas de même pour le leader de la France insoumise (FI). Je partage évidemment une bonne partie de son programme. Mais, au fil des dernières semaines, mes divergences avec ses prises de position n’ont cessé de s’approfondir.

Le peuple qui vous admire ne connaît pas peut-être ce secret. Il croit que la noblesse est une grandeur réelle, et il considère presque les Grands comme étant d'une autre nature que les autres. Ne leur découvrez pas cette erreur, si vous voulez, mais n'abusez pas de cette élévation avec insolence, et surtout ne vous méconnaissez pas vous-même, en croyant que votre être a quelque chose de plus élevé que celui des autres.
Blaise Pascal

Pourquoi je ne voterai pas Mélenchon

La première, et de loin la plus importante, concerne le risque d’une victoire de Marine Le Pen.
Jouer les autruches face au péril lepéniste, c'est aussi minimiser les risques du jour d'après. Le Pen, élue présidente, n'aura pas si facilement une majorité ? Certes, encore que les « lepéno-compatibles » pullulent chez les Républicains, mais aussi parmi les souverainistes de droite (genre Dupont-Aignan ou Asselineau), voire de gauche ayant viré leur cuti... Mais le malentendu concerne surtout la nature du FN : la « dédiabolisation » relève de l'arnaque de sommet, elle n'a en rien changé la nature du FN.

Ma deuxième divergence : son refus obstiné de l’union. Mathématique et politique convergent pourtant indiscutablement : ni Mélenchon, ni Hamon n’ont la moindre chance d’arriver seuls au second tour de la présidentielle. s’ils s’opposent encore sur certaines questions, les programmes de Mélenchon et de Hamon comportent des points communs essentiels.

Ma troisième divergence : le sectarisme de la France insoumise. Celui-ci cible le PS, mais aussi le Parti communiste français.
Ils dénoncent contre toute raison le candidat issu de la primaire de gauche comme un pur « social-traître », qui plus est « solférinien »...
Pierre Laurent n'est guère mieux traité. Mélenchon l’a placé devant le fait accompli en présentant sa candidature sans jamais consulter ses partenaires de l’ex-Front de gauche.
Curieux contempteur de la Ve République qui, pour lui-même, en exploite à fond les travers ! Et pourtant le secrétaire national du PCF a arraché – de justesse et en s'y prenant à deux fois – le soutien de ses camarades à Mélenchon.

Ma quatrième divergence ne concerne pas telle ou telle dimension du programme insoumis, mais la tendance de Mélenchon à caresser dans le sens du poil l’électorat frontiste. Sur l’immigration, le candidat vient de déclarer : « Le premier devoir est de tarir le flux et nous devons avoir comme mot d'ordre : chacun doit pouvoir vivre dans son pays, et cela est valable en Corrèze comme au Zambèze » Aux travailleurs détachés, Mélenchon avait reproché de « voler le pain des Français ». Ces propos reflètent une évolution globale sur l’immigration depuis le beau discours du Prado, en 2012, au point que le Nouveau parti anticapitaliste dénonce le recours à la « rhétorique de l’extrême droite ».

Ma cinquième et dernière divergence porte sur la Syrie. Les thuriféraires de Jean-Luc Mélenchon se sont livrés à d’impressionnantes acrobaties verbales pour camoufler, sur ce point, les imprudences de leur « leader ». Il n’empêche : il suffit de regarder sur Internet deux émissions de télévision accessibles pour l’entendre affirmer en toutes lettres son soutien à l’intervention russe et même son refus de condamner les bombardements sur Alep.

Reste à dire un mot du « climat » politique entourant cette année le candidat. Dans quelle mesure il en porte la responsabilité, difficile de le dire. Sur Facebook, en tout cas, ses « trolls » se lâchent : récitant le bréviaire « mélenchoniste », ils agressent quiconque le critique, ne reculant pas devant le mensonge et l’insulte. Cette candidature pose un certain nombre de problèmes non résolus : comment passer à la VIe République en jouant la personnalisation à outrance et en flirtant dangereusement avec la « démocratie plébiscitaire » ? Comment croire à la maturation collective d’un projet de société en alimentant la pulsion politiquement ambiguë du « dégagisme » ? En tout cas, puisque cette candidature d’incarnation du peuple est « au-dessus des partis », il ne saurait être question du moindre arrangement avec les autres formations de gauche, traité avec mépris de « carabistouilles ». Qui m’aime me suive.  
La dynamique actuelle de division risque fort d’offrir au second tour de l’élection présidentielle le choix entre Le Pen et Fillon ou, plus probablement, Le Pen et Macron. Si tous les appels à l’unité sont restés vains, si nous ne pouvons plus rien empêcher, en tout état de cause, après les élections, il restera l’« urgence démocratique » de faire face au néofascisme, fruit d’un désespoir doublement alimenté par le néolibéralisme et l’absence d’une vraie alternative politique. C’est donc dès maintenant, si l’on veut vraiment éviter que le pire n’advienne, qu’il faut penser et expérimenter les formes d’un front commun démocratique.

Non, décidément, je ne voterai pas pour Mélenchon… sauf s’il se met d’accord avec Hamon et Jadot pour barrer la route à la droite et à l’extrême droite. Car il ne faut pas s’y tromper : la menace du néofascisme est une menace de guerre civile. Faute de quoi ces hommes politiques entreront tous dans l’histoire, mais côté poubelles !

dimanche 19 mars 2017

Je savais que vous seriez là !

Je savais que vous seriez là !
J.L. Mélanchon
le 18 mars 2017 à la République
Superbe discours qui montre la grandeur de notre France
Je savais qu’elle est inépuisable, la vague qui nous porte, génération après génération, de la Bastille à la République.
Écoutez ! Écoutez, vous tous, cette clameur qui monte de nos rangs. Ce son n’a pas de nom, comme le bruit du vent dans les feuilles, comme celui de la pluie sur le pavé.
Ce son n’a pas de nom mais il est un signal : celui de la force du peuple quand il surgit dans son Histoire !
Ce rugissement qui passe sur nos fils, c’est celui du lion de bronze au pied du monument dont l’auteur a voulu qu’il symbolise le suffrage universel, celui qui, bientôt, va parler et fixer notre destin.
Nos voix montent vers cette femme que voici : Marianne, la République, la République inachevée tant que le peuple n’est pas souverain dans son pays en tout et pour tout !
Regardez-la ! Elle porte fièrement le bonnet des affranchis, celui de la liberté retrouvée, celui de la servitude rompue.
À notre tour, nous épousons son insoumission, nous la faisons nôtre.
Nous avons marché, une fois de plus, de la Bastille à la République.
De la Bastille où commencent tous les élans de la liberté du peuple de France puisque c’est là que fut abattu, pour la première fois, le symbole de la monarchie et de la caste des privilégiés. Parce que c’est là-bas qu’a été brûlé le dernier trône des Rois.
Parce que c’est là-bas que s’est faite la première manifestation féministe pour arracher le droit de vote des femmes.
Et c’est là-bas qu’il y a cinq ans nous avons entrepris ce que nous poursuivons aujourd’hui avec constance et cohérence, avec confiance et patience, et jusqu’à la victoire !
Dans nos rangs, passent aussi les ombres des pauvres visages de l’humanité humiliée, les noyés de la Méditerranée, les suicidés au travail, les morts d’abandon dans la rue, tous ceux qui souffrent de ce monde écœurant où l’accumulation des uns se nourrit de la détresse sans fin des autres !
Ces autres, nous sommes leur revanche ! Nous sommes leurs sourires d’avant, nous sommes leur dignité intacte et l’espérance lumineuse des jours meilleurs !
Puissants de la Terre, puissants de la Terre, nous voici ! Nous sommes, une nouvelle fois, au rendez-vous de notre Histoire ! Le jour anniversaire du commencement de la glorieuse Commune de Paris qui inventa la République sociale !
Sur cette place, devant le monument édifié pour le centenaire de la révolution de 1789 qui a fait de nous un peuple un et indivisible, non du fait de nos ancêtres, de notre couleur de peau, ni même de notre parler, mais de l’horizon qui nous rassemble pour toujours : Liberté-Égalité-Fraternité !
Et nous ne voulons rien d’autre que cesse le mensonge et l’hypocrisie qui consiste à écrire la devise sur tous les frontons de France et, ensuite, agir exactement à son contraire !
La Révolution, c’est la France sublimée
[...]
Aujourd’hui pour toute la terre la France s’appelle révolution
Et désormais ce mot révolution sera le nom de la civilisation
jusqu’à ce qu’il soit remplacé par le mot harmonie.
Allez, parle Victor Hugo :
« Aujourd’hui, pour toute la Terre, la France s’appelle révolution. Et, désormais, ce mot – révolution – sera celui de la civilisation jusqu’à ce qu’il soit remplacé par le mot « harmonie » …
« Tous, tant que nous sommes, grands et petits, puissants et méconnus, illustres ou obscurs, dans toutes nos œuvres, bonnes ou mauvaises, quelles qu’elles soient – poèmes, drames, romans, histoire, philosophie –, à la tribune des assemblées comme devant les foules du théâtre, comme dans le recueillement des solitudes, oui pour tout, oui toujours, oui pour combattre les violences, les impostures, oui pour réhabiliter les lapidés et les accablés, oui pour conclure logiquement et marcher droit, oui pour consoler, oui pour secourir, oui pour relever, pour encourager, pour enseigner, oui pour panser en attendant qu’on guérisse, oui pour transformer la charité en fraternité, l’aumône en assistance, la fainéantise en travail, l’oisiveté en utilité, l’iniquité en justice, la populace en peuple, la canaille en nation, les nations en humanité, la guerre en amour, le préjugé en examen, les frontières en soudures, les limites en ouvertures, les ornières en rails, les sacristies en temples, l’instinct du mal en volonté de bien, la vie en droits, les rois en hommes. Oui pour ôter des religions l’enfer et des sociétés le bagne. Oui pour être frères du misérable, du serf, du fellah, du prolétaire, du déshérité, de l’exploité, du trahi, du vaincu, de l’enchaîné, du sacrifié, du forçat, de l’ignorant, du sauvage, de l’esclave, du nègre, du condamné et du damné, oui nous sommes tes fils, République ! »



vendredi 17 mars 2017

«L’esprit de la corruption »

Eva Joly et Éric de Montgolfier livrent un réquisitoire contre « l’esprit de la corruption » qui gangrène la France.
Comment qualifieriez-vous la situation qui est la nôtre, avec un ancien président de la République (Jacques Chirac) condamné, son successeur (Nicolas Sarkozy) deux fois mis en examen, une trentaine de ses proches mis en examen et deux de ses anciens ministres (Claude Guéant et Christine Lagarde) condamnés, le leader du parti majoritaire (Jean-Christophe Cambadélis) condamné, l’ex-ministre du budget condamné pour fraude fiscale (Jérôme Cahuzac), le candidat de droite à la présidentielle (François Fillon) dans les filets de la justice, cinq enquêtes pénales contre le Front national… ?

"Le fait d'employer son mari, sa femme ou ses enfants comme assistant parlementaire constitue le délit de prise illégale d'intérêt. Cela aurait dû être proscrit depuis longtemps sur le plan moral.     On élit un parlementaire et non sa famille.                               Nous ne sommes plus au temps des rois et de leurs dauphins."

Eric de Montgolfier


Pendant des décennies, il y a eu des classements sans suite opportuns, des nominations de procureurs et de juges très proches des politiques…
Eva Joly et Éric de Montgolfier mettent notamment en cause un déficit de tradition démocratique de la classe politique et des institutions face à la délinquance en col blanc. C’est le jeu qu’on connaît tous : je te tiens, tu me tiens par la barbichette. On est dans une situation où, quand un candidat a des problèmes de probité, des problèmes avec l’argent, on n’y touche pas. C’est encore plus sacré que le sexe dans notre pays !
Les autres candidats sont gênés. Cela ne veut pas dire qu’ils sont malhonnêtes, cela veut dire que parler d’un problème qui touche une très large partie de la classe politique reviendrait à briser un pacte, j’allais dire un pacte qui est presque mafieux. On est au sein de la complaisance dans la classe politique : on ne parle pas de cela, parce qu’on ne sait jamais ce qui pourrait nous arriver. Et c’est dommage, parce que la justice n’est pas au cœur du débat.
Ils ne sont pas tendres non plus contre certains aspects de leur corps d’origine : la magistrature. 
Fin du « verrou de Bercy » dans la lutte contre la fraude fiscale, renforcement des moyens pour la justice et la police anticorruption, sévérité accrue dans les peines contre les fraudeurs… Il faut revenir à la séparation des pouvoirs de Montesquieu. Ou alors, on laisse aux magistrats de ce pays le soin de fixer eux-mêmes leur budget et de dépenser comme ils le veulent l’argent public. Or, nul n’y songera jamais. Alors pourquoi l’accepter des députés ?
Pourquoi supporter un discours qui est manifestement hostile à la démocratie ? Nul ne peut être son propre juge.
Il faut retirer l’immunité du chef de l’État. Je rappelle qu’elle n’a été créée que pour protéger Jacques Chirac. Le statut pénal du chef de l’État se voulait protecteur de la fonction et il n’a en fait servi qu’à protéger la fraude. Il a été protecteur de la corruption. 
Pour les politiques, cela permet tout simplement de se garantir contre d’éventuels retours de bâton. Ils n’ont pas très envie de contre-pouvoirs qui puissent les déshabiller sur la place publique et montrer ce qu’ils font.
Il y a beaucoup de choses à changer dans ce pays : les électeurs, les élus et un certain nombre de vos confrères et de mes collègues. Il faut trouver des mesures symboliques.        Le ministre de la justice souligne ainsi que M. Fillon « a voté systématiquement contre tous les textes renforçant l’indépendance de la justice et favorisant la transparence ».   
-la loi du 25 juillet 2013 interdisant au garde des Sceaux de donner des instructions individuelles aux magistrats du ministère public,
-la loi organique du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique,
-la loi organique du 6 décembre 2013 créant le procureur de la République financier,
-le projet de loi constitutionnelle réformant le Conseil supérieur de la magistrature,
-la loi organique du 8 août 2016 relative aux garanties statutaires, aux obligations déontologiques et au recrutement des magistrats,
-et enfin la loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique.    
Dans la version initiale de son programme,  François Fillon prenait déjà quelques précautions quant à l’indépendance du parquet : « S’il faut aller vers une plus grande autonomie du parquet, il faut répondre en même temps à l’exigence de maintien d’un lien organique avec le pouvoir exécutif issu du jeu démocratique », soulignait-il à l’époque. Aujourd’hui, il n’est même plus question de cela.
Il n'y a point encore de liberté si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutrice.
Montesquieu
L’arrogance des corrompus n’est que le résultat de longues années d’impunité.


Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
L'état s'est ruiné dans ce siècle funeste,
Et vous vous disputez à qui prendra le reste !

Victor Hugo "Ruy Blass"

dimanche 12 mars 2017

New deal or not new deal ? That is the question.

Juppé, Hollande, Sarkozy... "Les discours les plus profonds, ceux qui feront date parce qu’ils disent quelque chose d’essentiel de l’époque, sont tous des discours de renoncement"
Raphaël Glucksmann

"Contre l'ennemi, nous habitions et nous défendions 
un édifice de concorde républicaine,
ébranlé trop tôt par des mains imprudentes, il va crouler. 
Par quelle porte en sortirons-nous ?
Par la porte du passé ou par la porte de l'avenir ?"
Jean Jaures

Ceci n’est pas une élection, c’est un long enterrement. La campagne actuelle semble frappée d’une étrange malédiction : les discours les plus profonds, ceux qui marquent et feront date parce qu’ils disent quelque chose d’essentiel de l’époque, sont tous des discours de renoncement. Des abdications. Des oraisons funèbres. Voilà le signe d’une crise politique majeure dont nous n’avons pas encore tous cerné l’ampleur.
En quelques minutes lundi dernier, Alain Juppé a trouvé les mots et le ton qu’aucun candidat déclaré n’a su trouver. A commencer par lui-même lorsqu’il était encore en lice et qu’il nous paraissait emprunté, fade et gestionnaire. Comme si nos dirigeants politiques, fondamentalement déphasés, ne pouvaient être à la hauteur des enjeux du temps qu’en quittant l’arène. Comme s’ils étaient condamnés à ne pouvoir être vraiment, pleinement, ce qu’ils sont censés être qu’en acceptant de disparaître. De ne plus être. Comme si la mort seule pouvait les rendre authentiques, sincères, désirables. Vivants.
Nous assistons bien à une forme d’apocalypse. Le monde qui nous a vus naître et dans lequel nous avons grandi s’efface sous nos yeux. Il peut le faire avec la dignité crépusculaire d’un Alain Juppé prononçant lui-même l’irrémédiable sentence – "Pour moi, il est trop tard" – ou avec l’entêtement pathétique d’un Fillon sacrifiant toute décence sur l’autel de son ambition – "Je ne me rendrai pas" – mais il ne peut échapper à son destin, celui précisément de ne plus en avoir.

"Le temps sort de ses gonds"

Notre classe politique, ses partis comme ses leaders, ses vieilles structures comme ses anciens clivages, et notre chère Ve République avec elle, sa verticalité surannée comme ses modes de scrutin peu représentatifs sont en réalité déjà morts. Nos institutions ne parlent plus la langue de l’époque depuis longtemps et les locataires successifs de l’Elysée en sont réduits à présider au délitement du lien civique. Qu’ils s’agitent comme des poulets sans tête (2007- 2012) ou restent prostrés (2012-2017), nos présidents manifestent une impuissance similaire. Structurelle.
A peine élus, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, puis François Hollande ont été honnis, haïs, bannis. Leur échec fut acté dans l’année même de leur triomphe. "Au nom du ciel, asseyons-nous à terre et disons la triste histoire de la mort des rois" ("Richard II") : notre vie politique ressemble de plus en plus au cycle des tragédies royales de Shakespeare. Chaque épilogue y voit l’arrivée d’un nouveau souverain unanimement célébré qui devient automatiquement, dès le prologue de la pièce suivante, le tyran à abattre. A peine sacré, le roi doit être déchu.
Depuis 1995, le retournement de l’opinion a été à chaque fois plus rapide, plus violent. Jusqu’à devenir proactif en 2017, année folle qui marque le passage à la désillusion par anticipation. Aujourd’hui, chaque favori "déçoit" avant même le vote et se voit "dégagé" a priori. La guillotine précède désormais le couronnement. Et nous entrons dans la phase hamlétienne de la démocratie française, lorsque la structure narrative (le cycle électoral) explose, lorsque "le temps sort de ses gonds" "Time is out of joint" et le monde devient fou. Lorsque le sacre semble impossible tant "il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark" ("Hamlet").

Une nouvelle République

Alors oui, les candidats de cette année peuvent paraître médiocres, mais il ne s’agit pas d’une simple question de personnes. Ni même d’un problème de structures politiques. L’époque des petits pas est révolue. Les primaires n’ont pas réussi à sauver les vieux partis de gouvernement. Au contraire, en éliminant Juppé au profit de Fillon, elles semblent même avoir accéléré leur chute programmée. Et l’émergence d’Emmanuel Macron et d’En Marche ! Ou les succès de la France insoumise n’ont pas chassé l’impression généralisée de déliquescence.

Car la crise que nous traversons est structurelle. Et deux voies seulement s’ouvrent à nous, deux voies qui sont l’une comme l’autre des changements de paradigme, des révolutions : le triomphe de l’autoritarisme ou un nouveau contrat social et civique qui implique le changement non seulement des leaders et des partis, mais du cadre lui-même dans lequel ces leaders et ces partis s’affrontent et se succèdent aux responsabilités. La version française du trumpisme et du poutinisme ou le renouvellement en profondeur de notre démocratie.
Oui, on se réveillera !

Oui, on sortira de cette torpeur qui, pour un tel peuple,

est la honte; et quand la France sera réveillée,

quand elle ouvrira les yeux, quand elle distinguera,

quand elle verra ce qu'elle a devant elle et à côté d'elle, 

elle reculera, cette France, avec un frémissement terrible,

devant ce monstrueux forfait qui a osé l'épouser 

dans les ténèbres et dont elle a partagé le lit.

Alors l'heure suprême sonnera.

Victor Hugo
En bref : La débâcle de l’idée républicaine ou une nouvelle République. New deal or not new deal ? That is the question.