lundi 12 novembre 2018

COMMÉMORATIONS DU 11-NOVEMBRE


D’un point de vue historique, et au-delà même de la seule figure de Pétain, c’est l’hommage aux maréchaux de la Grande Guerre qui est « problématique », au regard du « coût humain monumental » qu’ont entraîné leurs décisions stratégiques.                                        Manon Pignot
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les commémorations du centenaire avaient été pensées pour célébrer l’armée du peuple, celle des Poilus. En outre, « dire que Pétain était un grand soldat est tout sauf neutre, car en 14-18, les officiers d’état-major n’étaient pas des combattants »                                                                                                    Emmanuel Saint-Fuscien
Dire “Pétain était général en chef”, c’est être dans le registre des faits. Dire “Pétain a été un grand soldat”, c’est être dans celui de l’éloge. »                                                                                                  André Loez 
 « La responsabilité des grands chefs est écrasante. Le commandement et les grands chefs ont toute leur place dans l’histoire, on ne saurait la contester, et pourtant l’histoire est une chose et la mémoire en est une autre. »                                                                                   Antoine Prost
"Le patriotisme, c’est d’abord l’amour,
 le nationalisme, c’est d’abord la haine,
 le patriotisme, c’est d’abord l’amour des siens, 
le nationalisme, c’est d’abord la haine des autres." 
Romain Gary.
Convaincu de son aptitude à maîtriser toutes les contradictions, Emmanuel Macron est « tombé dans le piège » que tous ses prédécesseurs avaient eu l’intelligence de contourner. « C’est dur parce que ça pollue les choses, souffle l’historienne Emmanuelle Cronier, qui a travaillé au sein du conseil scientifique de la Mission du centenaire, depuis sa création en 2012. Le point positif de cette polémique, c’est que l’on voit aujourd’hui que la mémoire sur Pétain est unanimement rejetée… »
Le discours d’Emmanuel Macron à l’Arc de Triomphe



Verbatim du discours tenu par le président français dimanche pour le centenaire de l’Armistice de 1918 devant plus de 70 chefs d’Etat et de gouvernement.
« Le 7 novembre 1918, lorsque le caporal clairon Pierre Sellier sonna le premier cessez-le-feu, vers 10 heures du matin, bien des hommes ne purent y croire, puis sortirent lentement de leurs positions, pendant que, de loin en loin, sur les lignes, les mêmes clairons répétaient le cessez-le-feu puis faisaient entendre les notes de la sonnerie aux morts, avant que les cloches ne répandent la nouvelle, à la volée, dans tout le pays.

Le 11 novembre 1918, à 11 heures du matin, il y a cent ans, jour pour jour, heure pour heure, à Paris comme dans toute la France, les clairons ont retenti et les cloches de toutes les églises ont sonné.
C’était l’armistice.
C’était la fin de quatre longues et terribles années de combats meurtriers. L’armistice pourtant n’était pas la paix. Et à l’Est, pendant plusieurs années, d’effroyables guerres se poursuivirent.

Ici, ce même jour, les Français et leurs Alliés ont célébré leur victoire. Ils s’étaient battus pour leur patrie et pour la liberté. Ils avaient consenti, pour cela, tous les sacrifices et toutes les souffrances. Ils avaient connu un enfer que nul ne peut se représenter.
Nous devrions prendre un instant pour faire revenir à nous cet immense cortège des combattants où défilent des soldats de la métropole et de l’empire, des légionnaires et des garibaldiens avec des étrangers venus du monde entier, parce que la France représentait, pour eux, tout ce qu’il y avait de beau dans le monde.
Avec les ombres de Peugeot, premier tombé, et de Trébuchon, dernier mort pour la France dix minutes avant l’armistice, voici l’instituteur Kléber Dupuy, défenseur de Douaumont, Apollinaire, Blaise Cendrars au régiment de marche de la légion étrangère, les soldats des régiments basques, bretons ou marseillais, le capitaine de Gaulle que personne alors ne connaissait, Julien Green, l’Américain, à la porte de son ambulance, Montherlant et Giono, Charles Péguy et Alain Fournier tombés dans les premières semaines, Joseph Kessel venu d’Orenbourg en Russie.
Et tous les autres, tous les autres qui sont les nôtres, auxquels plutôt nous appartenons, et dont on peut lire les noms sur chaque monument, des hauteurs solaires de la Corse aux vallées des Alpes, de la Sologne aux Vosges, de la pointe du Raz à la frontière espagnole. Oui, une seule France, rurale et urbaine, bourgeoise, aristocratique et populaire, de toutes les couleurs où le curé et l’anticlérical ont souffert côte à côte et dont l’héroïsme et la douleur nous ont faits.
Durant ces quatre années, l’Europe manqua de se suicider. L’humanité s’était enfoncée dans le labyrinthe hideux d’affrontements sans merci, dans un enfer qui engloutit tous les combattants, de quelque côté qu’ils soient, de quelque nationalité qu’ils soient.
Dès le lendemain, dès le lendemain de l’armistice, commença le funèbre décompte des morts, des blessés, des mutilés, des disparus. Ici en France, mais aussi dans chaque pays, les familles pendant des mois attendirent en vain le retour d’un père, d’un frère, d’un mari, d’un fiancé, et parmi ces absents, il y eut aussi ces femmes admirables engagées auprès des combattants.
10 millions de morts.
6 millions de blessés et mutilés.
3 millions de veuves.
6 millions d’orphelins.
Des millions de victimes civiles.
1 milliard d’obus tirés sur le seul sol de France.
Le monde découvrit l’ampleur de blessures que l’ardeur combattante avait occultée. Aux larmes des mourants, succédèrent celles des survivants. Car sur ce sol de France, le monde entier était venu combattre. Des jeunes hommes de toutes les provinces et de l’Outre-mer, des jeunes hommes venus d’Afrique, du Pacifique, des Amériques et d’Asie sont venus mourir loin de leur famille dans des villages dont ils ne connaissaient pas même le nom.
Les millions de témoins de toutes les nations racontèrent l’horreur des combats, la puanteur des tranchées, la désolation des champs de bataille, les cris des blessés dans la nuit, la destruction de campagnes florissantes où ne subsistait plus que la silhouette calcinée des arbres. Beaucoup de ceux qui sont rentrés avaient perdu leur jeunesse, leurs idéaux, le goût de vivre. Beaucoup étaient défigurés, aveugles, amputés. Vainqueurs et vaincus furent alors plongés pour longtemps dans le même deuil.
1918, c’était il y cent ans. Cela semble loin. Et pourtant, c’était hier !
J’ai arpenté les terres de France où se sont déroulés les combats les plus rudes. J’ai vu dans ces campagnes de mon pays la terre encore grise et toujours stérile des champs de bataille ! J’ai vu les villages détruits qui n’avaient plus d’habitants pour les reconstruire et qui ne sont aujourd’hui encore que le témoignage, pierre sur pierre, de la folie des hommes !
J’ai vu sur nos monuments la litanie des noms de Français côtoyant les noms des étrangers morts sous le soleil de France ; j’ai vu les corps de nos soldats ensevelis sous une nature redevenue innocente, comme j’avais vu, dans les fosses communes, se mêler les ossements des soldats allemands et des soldats français côte à côte qui, par un hiver glacial, s’étaient entre-tués pour quelques mètres de terrain…
Les traces de cette guerre ne se sont jamais effacées ni sur les terres de France, ni sur celles de l’Europe et du Moyen-Orient, ni dans la mémoire des hommes partout dans le monde.
Souvenons-nous ! N’oublions pas ! Car le souvenir de ces sacrifices nous exhorte à être dignes de ceux qui sont morts pour nous, pour que nous puissions vivre libres !
Souvenons-nous : ne retranchons rien de ce qu’il y avait de pureté, d’idéal, de principes supérieurs dans le patriotisme de nos aînés. Cette vision de la France comme Nation généreuse, de la France comme projet, de la France porteuse de valeurs universelles, a été dans ces heures sombres exactement le contraire de l’égoïsme d’un peuple qui ne regarde que ses intérêts. Car le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme : le nationalisme en est la trahison. En disant « nos intérêts d’abord et qu’importent les autres ! », on gomme ce qu’une Nation a de plus précieux, ce qui la fait vivre, ce qui la porte à être grande, ce qui est le plus important : ses valeurs morales.
Souvenons-nous, nous autres Français, de ce que Clemenceau a proclamé le jour de la victoire, il y a cent ans jour pour jour, du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, avant qu’en un chœur sans pareil n’éclate la Marseillaise : combattante du droit, combattante de la Liberté, la France serait toujours et à jamais le soldat de l’idéal.
Ce sont ces valeurs et ces vertus qui ont soutenu ceux que nous honorons aujourd’hui, ceux qui se sont sacrifiés dans les combats où la Nation et la démocratie les avaient engagés. Ce sont ces valeurs, ce sont ces vertus qui firent leur force parce qu’elles guidaient leur cœur.
La leçon de la Grande Guerre ne peut être celle de la rancœur d’un peuple contre d’autres, pas plus que celle de l’oubli du passé. Elle est un enracinement qui oblige à penser à l’avenir et à penser à l’essentiel.
Dès 1918, nos prédécesseurs ont tenté de bâtir la paix, ils ont imaginé les premières coopérations internationales, ils ont démantelé les empires, reconnu nombre de Nations et redessiné les frontières ; ils ont même rêvé alors d’une Europe politique.
Mais l’humiliation, l’esprit de revanche, la crise économique et morale ont nourri la montée des nationalismes et des totalitarismes. La guerre de nouveau, vingt ans plus tard, est venue ravager les chemins de la paix.
Ici, aujourd’hui, peuples du monde entier, sur cette dalle sacrée, sépulture de notre Soldat Inconnu, ce « Poilu » anonyme symbole de tous ceux qui meurent pour la patrie, voyez tant de vos dirigeants rassemblés !
Chacun d’eux mène à sa suite sa longue cohorte des combattants et des martyrs issus de son peuple. Chacun d’eux est le visage de cette espérance pour laquelle toute une jeunesse accepta de mourir, celle d’un monde enfin rendu à la paix, d’un monde où l’amitié entre les peuples l’emporte sur les passions guerrières, d’un monde où la parole des hommes doit parler plus fort que le fracas des armes, où l’esprit de conciliation l’emporte sur la tentation du cynisme, où des instances et des forums permettent aux ennemis d’hier d’engager le dialogue et d’en faire le ciment de l’entente, le gage d’une harmonie enfin possible.
Cela s’appelle, sur notre continent, l’amitié forgée entre l’Allemagne et la France et cette volonté de bâtir un socle d’ambitions communes. Cela s’appelle l’Union européenne, une union librement consentie, jamais vue dans l’Histoire, et nous délivrant de nos guerres civiles. Cela s’appelle l’Organisation des Nations unies, garante d’un esprit de coopération pour défendre les biens communs d’un monde dont le destin est indissolublement lié et qui a tiré les leçons des échecs douloureux de la Société des Nations comme du Traité de Versailles.
C’est cette certitude que le pire n’est jamais sûr tant qu’existent des hommes et de femmes de bonne volonté. Soyons sans relâche, sans honte, sans crainte ces femmes et ces hommes de bonne volonté !
Je le sais, les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur œuvre de chaos et de mort. Des idéologies nouvelles manipulent des religions, prônent un obscurantisme contagieux. L’Histoire menace parfois de reprendre son cours tragique et de compromettre notre héritage de paix, que nous croyions avoir définitivement scellé du sang de nos ancêtres.
Que ce jour anniversaire soit donc celui où se renouvelle l’éternelle fidélité à nos morts ! Faisons, une fois de plus, ce serment des Nations de placer la paix plus haut que tout, car nous en connaissons le prix, nous en savons le poids, nous en savons les exigences !
Nous tous ici, dirigeants politiques, nous devons, en ce 11 novembre 2018, réaffirmer devant nos peuples notre véritable, notre immense responsabilité, celle de transmettre à nos enfants le monde dont les générations d’avant ont rêvé.
Additionnons nos espoirs au lieu d’opposer nos peurs ! Ensemble, nous pouvons conjurer ces menaces que sont le spectre du réchauffement climatique, la pauvreté, la faim, la maladie, les inégalités, l’ignorance. Nous avons engagé ce combat et nous pouvons le gagner : poursuivons-le, car la victoire est possible !
Ensemble, nous pouvons rompre avec la nouvelle « trahison des clercs » qui est à l’œuvre, celle qui alimente les contre-vérités, accepte les injustices qui minent nos peuples, nourrit les extrêmes et l’obscurantisme contemporain.
Ensemble, nous pouvons faire surgir l’extraordinaire floraison des sciences, des arts, des échanges, de l’éducation, de la médecine que, partout dans le monde, je vois poindre car notre monde est, si nous le voulons, à l’aube d’une époque nouvelle, d’une civilisation portant au plus haut les ambitions et les facultés de l’homme.
Ruiner cet espoir par fascination pour le repli, la violence et la domination serait une erreur dont les générations futures nous feraient, à juste titre, porter la responsabilité historique. Ici, aujourd’hui, affrontons dignement le jugement de l’avenir !
La France sait ce qu’elle doit à ses combattants et à tous les combattants venus du monde entier. Elle s’incline devant leur grandeur.
La France salue avec respect et gravité les morts des autres nations que, jadis, elle a combattues. Elle se tient à côté d’elles.
« Nos pieds ne se détachent qu’en vain du sol qui contient les morts » écrivait Guillaume Apollinaire.
Que sur les tombes où ils reposent, fleurisse la certitude qu’un monde meilleur est possible si nous le voulons, si nous le décidons, si nous le construisons, si nous l’exigeons de toute notre âme.
En ce 11 novembre 2018, cent ans après un massacre dont la cicatrice est encore visible sur la face du monde, je vous remercie pour ce rassemblement de la fraternité retrouvée du 11 novembre 1918.
Puisse ce rassemblement ne pas être seulement celui d’un jour. Cette fraternité, mes amis, nous invite, en effet, à mener ensemble le seul combat qui vaille : le combat de la paix, le combat d’un monde meilleur.
Vive la paix entre les peuples et entre les États !
Vive les nations libres du monde !
Vive l’amitié entre les peuples !
Vive la France ! »

samedi 3 novembre 2018

Aux origines du crash des démocraties, Democracy dies in darkness,


L’élection au Brésil de Bolsonaro succède à celles de Trump, 
de Duterte, de Salvini, d’Orbán, de Poutine ou d’Erdogan. 
Ces accessions au pouvoir sont le signe inquiétant 
de l’affaiblissement des démocraties en raison de leurs dérives internes et de leurs politiques favorisant les inégalités. 



Quelques semaines après l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, le vénérable quotidien de la capitale américaine, le Washington Post, propriété depuis 2013 du multimilliardaire Jeff Bezos, a décidé de se doter d’un slogan : 
Democracy dies in darkness, la démocratie meurt dans l’obscurité. 
Cette devise qui claque a été imaginée comme l’antidote au trumpisme, ce nid de mensonges, d’idéologies troubles, d’incompétence déguisée et d’enrichissement personnel. Mais cette formule de presse, aussi louable soit-elle, s’avère malheureusement incomplète, car, ces temps-ci, la démocratie succombe aussi en pleine lumière.
Le dernier exemple en date est l’élection au Brésil de Jair Bolsonaro, politicien mineur nostalgique de la dictature propulsé chef d’État du cinquième pays le plus peuplé de la planète à la faveur d’une conjonction de circonstances : opposant populaire emprisonné, corruption généralisée de la classe politique, crise économique et violence endémique. L’homme promet un cabinet rempli de généraux, l’arrestation ou le tabassage des militants syndicalistes et écologistes, la bride lâchée aux policiers qui figurent déjà parmi les plus brutaux de la région, et une politique économique tout droit sortie des manuels de l’école néolibérale de Chicago.
Bolsonaro n’a pas avancé masqué. Il n’a pas pris part à la compétition démocratique en dissimulant ses idées et ses intentions. Il a été aussi franc que Trump avant lui, ou Vladimir Poutine, ou Viktor Orbán, ou Matteo Salvini, ou Rodrigo Duterte, ou Recep Tayyip Erdogan, ou les frères Kaczynski, ou Nigel Farage ou la famille Le Pen, et d’autres encore. Au-delà des désignations souvent lapidaires et incomplètes sous lesquelles on tente de les rassembler et sur lesquelles nous ne nous attarderons pas (populistes, nationalistes, démocrates illibéraux…), ces dirigeants politiques appartiennent tous à un vaste mouvement conservateur, et souvent d’extrême droite, qui attaque les fondements de la démocratie, de la solidarité et des libertés que l’on croyait solidement ancrés depuis la chute quasi concomitante du mur de Berlin, de l’apartheid et des dictatures sud-américaines et asiatiques.

Qu’il s’agisse de la Russie et de ses satellites s’extirpant du joug soviétique, du Chili, de l’Argentine ou du Brésil se débarrassant de leurs généraux bourreaux, de la Turquie cantonnant les militaires à leurs casernes, de la chute des dictatures philippines ou indonésiennes, les décennies 1980 et 1990 ont été portées par les aspirations démocratiques des populations de toutes couleurs et origines.
Mais derrière ce que l’on peut qualifier sans trop d’hésitation de progrès, à moins d’être un amoureux des journaux caviardés, des élections truquées et des ongles arrachés, commençaient à s’incruster les ferments de ce qui arrive à maturation en ce moment : la contestation non pas de l’ordre démocratique et socio-économique libéral en tant que tel, mais des conséquences de ses dérives. Bolsonaro, Trump, Duterte, Poutine, Erdogan, les néo-fascistes européens, etc., sont la répercussion dangereuse de la hausse des inégalités, du sentiment de déclassement, de la tolérance à la corruption et des fausses promesses des élites politiques qui ont été orchestrées par les gouvernants de ces démocraties dites modèles et de celles qui leur ont emboîté le pas.                  Si ces nouveaux dirigeants menacent aujourd’hui la démocratie en plein jour, c’est parce qu’ils ont la volonté de pousser à fond les curseurs que leurs prédécesseurs ont déjà manipulés au-delà des limites supportables pour une grande partie de la population de leurs pays, et qui les ont amenés là.                                                                                                                                                                    Le grand phénomène de ce début de XXIe siècle est l’accroissement des inégalités et le sentiment, pour une grande partie des populations, que leur vie est bien moins confortable que celle de leurs parents. L’aspiration pavillon-voiture-deux enfants-bonne éducation-un seul salaire des fifties aux États-Unis ou des « trente glorieuses » françaises devient de plus en plus difficile à atteindre. Dans n’importe quel pays aujourd’hui, rares sont les couples qui peuvent subvenir aux besoins immédiats de leur foyer (logement, nourriture, transport, habillement, études) sans avoir deux revenus.
Les emplois sont de plus en plus précaires et mal payés, les ouvriers syndiqués ont été remplacés par des robots, des intérimaires ou des « auto-entrepreneurs ». Rester pauvre en travaillant était une notion en voie de disparition depuis la fin du XIXe siècle dans les démocraties occidentales. Elle est désormais de retour. Au sein des pays qui avaient bâti des « filets de sécurité » afin d’extraire le plus grand nombre d’une vie à la Zola, Dickens ou Steinbeck, ces systèmes de protection sociale et médicale sont désormais attaqués, rognés, délégitimés. Ces transformations ne sortent pas de nulle part. Elles résultent de décisions politiques et surtout fiscales d’inspiration néo-libérale, dont l’archétype le plus extrême est la « théorie du ruissellement » chère à Margaret Thatcher, Ronald Reagan et leurs héritiers, qui n’a jamais été validée par aucun économiste sérieux. De nombreux travaux montrent aujourd’hui que la grande période de réduction des inégalités au milieu du XXe siècle s’accompagnait d’une taxation forte sur les hauts revenus et les entreprises, doublée d’un système de régulation, antitrust ou autre, puissant.
Comment Emmanuel Macron peut-il s’étonner d’avoir vu sa popularité chuter aussi rapidement alors que ses premières mesures en tant que président, c’est-à-dire les plus symboliques, ont été la suppression de l’impôt sur la fortune et la dérégulation du travail plutôt que, par exemple, la taxation des GAFAM, dont l’évasion fiscale représente un crachat au visage des gouvernements souverains ? Comment imaginer que les Russes puissent avoir encore foi dans la transition démocratique qui a représenté pour eux l’accaparement sans précédent de leurs richesses par une poignée d’aigrefins appuyés par les banques occidentales ? Tout ce qu’ils ont récolté est une espérance de vie en berne.

Le creusement des inégalités est vécu d’autant plus cruellement que tout le monde en est informé

En Grande-Bretagne, les dégâts des politiques de l’austérité conduites sous tous les gouvernements successifs depuis Thatcher, travaillistes compris, et encore renforcées par les conservateurs depuis 2012, commencent à montrer leurs effets : bibliothèques publiques fermées par centaines, droits d’inscription à l’université en hausse, enfants arrivant à l’école le ventre vide.
Dans ce panorama, le Brésil devrait présenter un visage différent puisque les politiques sociales poursuivies par Lula Inacio da Silva de 2003 à 2010 ont permis à des millions de foyers de sortir de la pauvreté, de se loger, de s’alimenter correctement. Mais, dans le même temps, les classes moyennes brésiliennes ont souffert des mêmes maux que les européennes : emplois moins bien payés, loyers en hausse, économie en berne. Surtout, dans une société inégalitaire, parfois à la limite de la féodalité, comme celle du Brésil, la progression des conditions de vie des plus pauvres a privé ceux qui étaient un cran au-dessus dans l’échelle sociale du bénéfice qu’ils tiraient de cette situation : plus de jardinier, plus de cuisinier, de gardien ou de nounou à domicile à bas prix.
L’augmentation des inégalités n’est de toute manière pas le fait d’un appauvrissement des pauvres, mais d’une explosion des richesses de quelques-uns qui ont bénéficié des politiques mises en œuvre par les gouvernements démocratiques : taxation injuste des revenus du capital par rapport à ceux du travail, tolérance à l’égard de l’évasion fiscale, remise en cause de la progressivité de l’impôt. Si l’on compare le déclassement des classes moyennes et la précarisation du plus grand nombre à la situation démesurément confortable d’une petite élite plus connectée, plus maligne ou plus chanceuse que la moyenne, ce phénomène est d’une violence symbolique incroyable. Quand des entreprises qui ne paient presque pas d’impôts tout en utilisant les routes ou les câblages électriques bâtis par le budget national ont un chiffre d’affaires supérieur au PIB de certains États, quand des chefs d’entreprise gagnent en une année plus que la majorité de leurs employés durant toute leur carrière, comment ne pas aboutir au ressentiment né de ce sentiment d’injustice ? Jair Bolsonaro ou Rodrigo Duterte ont fait campagne sur la violence physique, bien réelle, qui gangrène leurs pays, Vladimir Poutine ne cesse de promettre « moi ou le chaos » à ses concitoyens, mais ces dirigeants tirent également le bénéfice de cette violence symbolique que représente une caste d’ultra-riches pas nécessairement plus intelligente ou plus douée, mais qui a profité d’un système pipé en sa faveur, surplombant ses contemporains qui se débattent pour surnager.
Ce creusement des inégalités est vécu d’autant plus cruellement que tout le monde est informé comme jamais dans l’histoire de l’humanité. La révolution numérique de même que l’expansion de l’alphabétisation ont fait reculer l’ignorance de ce qui se passe près ou loin de soi. Cela s’est également accompagné de deux phénomènes qui affaiblissent les démocraties.                                      Le premier est la maîtrise des codes médiatiques par les citoyens. Le revers de cette médaille est que les candidats ou les élus qui « passent mal à la télévision » sont écartés au profit de hâbleurs et de personnalités charismatiques plus ou moins authentiques. Fernando Haddad, le candidat du parti des travailleurs brésilien, excellent maire de São Paulo, est jugé terne face à Bolsonaro, l’homme sans bilan mais qui parle fort. Hillary Clinton, corsetée par les conseillers en communication, est jugée moins convaincante que la star de la téléréalité Trump.
Le second impact de ce bouleversement médiatique est bien évidemment l’essor des réseaux sociaux, de leurs silos de pensée et des « fake news ». Quand un individu peut presque tout lire ou regarder, il est contraint à des choix et se rapproche de ce qu’il connaît déjà ou de ce qui lui semble le plus attrayant. C’est le paradoxe d’une ère où tous ceux qui désirent s’informer le peuvent mais ne le font pas de crainte de s’y noyer. Des bidonnages envoyés via WhatsApp par Bolsonaro à ses supporters aux manœuvres de Cambridge Analytica pour Trump en passant par les bonnes vieilles recettes de l’autocensure en Russie ou en Turquie, il est devenu facile de désinformer des gens qui fuient la surinformation.
Les « fake news » sont devenues d’autant plus aisées à fabriquer et à disséminer que la parole des référents dans les démocraties – élus, grands entrepreneurs et journalistes – s’est démonétisée à coups de scandales et de fausses promesses. Aucun État n’a été épargné par des affaires de corruption politique, qu’il s’agisse de financements de partis ou d’enrichissement personnel. Des opérations Mani Pulite à Lava Jato, du financement opaque du Parti socialiste sous François Mitterrand à celui de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, des élus au Congrès américain acceptant les cadeaux de lobbyistes au président de la Commission européenne s’en allant cachetonner chez Goldman Sachs, comment ne pas penser que le service du public fait fonction de marchepied pour intégrer le club des 1% ? D’autant que quasiment tous ceux pris la main dans le sac plaident l’innocence quand bien même les preuves s’accumulent contre eux. Le mensonge corrompt même les aveux.
Les promesses qui n’engagent que ceux qui les croient sont l’autre facette de cette extorsion de l’argent public. Combien de dirigeants admettent qu’ils n’ont pas tenu leurs engagements de campagne électorale ? Combien apparaissent sur les écrans de télévision pour proclamer que telle loi va servir à peindre en blanc avec de la peinture rouge ? Les exemples de cette attitude orwellienne consistant à proclamer que « la paix c’est la guerre » sont bien trop nombreux et fréquents pour être cités, mais leur pouvoir cumulatif est tel que dès qu’un politicien ouvre la bouche, il est aujourd’hui spontanément admis qu’une couleuvre va en sortir.

Les dirigeants démocrates ont balisé le terrain pour les antidémocrates

Les grands patrons, dont beaucoup considèrent, à l’époque des multinationales et de la mondialisation, qu’ils sont plus puissants que nombre de chefs d’État, ne s’en tirent pas mieux au jeu de la franchise et de la transparence démocratique. Les fraudes, la corruption, la subornation semblent parfois l’ordinaire du business jusqu’à ce qu’une révélation perce la bulle d’impunité, d’Enron à Petrobras, de Gazprom à Lehman Brothers. Et que dire des programmes de licenciements rebaptisés « plans de sauvegarde de l’emploi », ou des parachutes dorés accrochés au dos de PDG qui ont coulé la boîte ? Ceux qui sont virés, qui peinent à conserver leur job ou à joindre les deux bouts. Quant au journalisme, parfois qualifié de quatrième pouvoir, il porte lui aussi son fardeau de responsabilité dans cette détérioration de la confiance, soit parce qu’il fait des courbettes aux puissants, soit parce qu’il est à la main des dirigeants eux-mêmes (le modèle Murdoch-Berlusconi-Dassault est répandu partout), soit parce qu’il s’est tiré une balle dans le pied en laissant accroire que les mariages princiers, les présentateurs-célébrités ou les armes de destruction massive de Saddam Hussein étaient de l’information.
Personne n’a jamais prétendu que la démocratie était un système vertueux par nature. Selon l’aphorisme de Winston Churchill, il est même « le pire à l’exception de tous les autres ». Mais en menant des politiques éloignées de l’intérêt du plus grand nombre, en favorisant une petite élite à laquelle ils appartiennent. En manipulant, en mentant et en s’enrichissant sur le bien commun, les dirigeants démocrates ont balisé le terrain pour les antidémocrates, les « monstres » que sont les présidents brésilien, américain, turc, russe, etc.Le paradoxe est que ces nouveaux venus ne sont pas l’antidote de ceux qui leur ont préparé la voie. Ils sont même la plupart de temps bien pires. La corruption autour de Poutine, Trump ou Erdogan est effroyable. La violence verbale ou policière véhiculée par Duterte, Orbán ou les trois précités est incommensurablement plus brutale que celle des pires braillards démocrates. Malgré le qualificatif populiste dont ils aiment s’affubler, aucun d’entre eux n’a mené des politiques économiques vraiment profitables au peuple. Leurs mensonges et la distorsion de l’information sont leur pain quotidien. Ils œuvrent, de facto, à l’affaiblissement et à l’éradication de la démocratie et des libertés en utilisant les mêmes outils que leurs prédécesseurs, mais poussés à leurs extrêmes.
Comment, dans ces conditions, expliquer que ces dictateurs en puissance aient été élus et soient parfois réélus haut la main alors qu’ils continuent de miner les terreau des libertés et d’enrichir une petite poignée de gens au détriment des autres ? Leur grand talent d’illusionniste a été d’enrober toutes les failles démocratiques précédemment évoquées, dont ils sont les continuateurs maximalistes, dans l’habit des politiques identitaires, que l’on appelle aussi guerre culturelle. C’est le « eux contre nous ». Les frictions ordinaires de la vie démocratique sont poussées à leur paroxysme par une rhétorique enflammée qui laisse penser que l’on est confronté à un conflit existentiel.
Les héritiers laïcs d’Atatürk ou les gülenistes menaceraient l’islam traditionnel turc. Les homosexuels, les citadins, les immigrés hispaniques et les écolos voudraient imposer leurs modes de vie aux croyants ruraux et banlieusards du Midwest américain. Les pauvres des favelas seraient des barbares à l’assaut de la forteresse de la classe moyenne blanche brésilienne. Les juifs, toujours eux !, se cacheraient derrière différents complots visant à dissoudre les nations chrétiennes européennes. Et, bien entendu, les immigrés représentent le mal absolu puisqu’ils volent les emplois, colportent la criminalité, importent leurs religions et leurs coutumes : ils sont les boucs émissaires préférés, quoique non exclusifs, de cette vague antidémocratique d’extrême droite. Cette rhétorique de la menace existentielle à « nos valeurs » et « nos richesses » est la marque de fabrique authentique de la droite autoritaire et liberticide depuis au moins le XIXe siècle. Ce ne sont pas les démocrates qui l’ont inspirée. Malheureusement, ils sont prêts aujourd’hui à s’y raccrocher pour combattre les dérives dont ils sont responsables, dans la plus grande confusion intellectuelle et politique.
Quand un président socialiste français (François Hollande) propose une loi sur la déchéance de nationalité et que son premier ministre (Manuel Valls) devient le fer de lance de l’islamophobie galopante, qu’est-ce qui les sépare du Front/Rassemblement national ? Quand la Maison Blanche décide de s’affranchir des règles juridiques pour surveiller, kidnapper, emprisonner ou tuer des « terroristes » supposés, au nom de la protection du « peuple américain », quelle différence existe-t-il avec les pratiques des républiques bananières ?
Quand un dirigeant politique de premier plan comme Boris Johnson joue à pile ou face sa position lors du référendum sur le Brexit puis accrédite des mensonges sur l’innocuité de la sortie de l’Europe au nom d’une vision désuète de l’Empire britannique, comment le distinguer des extrémistes d’UKIP ? Quand la quasi-totalité des gouvernants européens (représentant 512 millions de citoyens) refuse d’accueillir un bateau chargé de quelques dizaines de migrants sauvés de la mort, ou que le président des États-Unis (325 millions d’habitants) menace de faire ouvrir le feu sur une caravane de 2 000 Sud-Américains marchant vers le Nord, où sont les principes d’humanité dont se réclament les démocrates ?
Les Bolsonaro, Orbán, Trump, Erdogan, Poutine ou Salvini sont les symptômes des colères populaires qui les ont porté au pouvoir. Pour lutter contre cette maladie antidémocratique, il convient d’abord d’arrêter de lui courir après en imaginant qu’on va l’éradiquer en copiant les discours qui lui sont propres, car, comme l’a dit un jour Jean-Marie Le Pen dans la seule citation de lui qui vaille la peine d’être reproduite : « Les gens préféreront toujours l’original à la copie. »
Il faut, ensuite et en même temps, cesser de tolérer les dérives démocratiques que sont la corruption, l’impunité, l’évasion fiscale et les mensonges publics (et leur version light : la langue de bois) des représentants élus ou désignés. Enfin, il faut renverser les politiques économiques sources d’inégalités, qui sont la matrice du « eux contre nous » et du rejet de la démocratie.
Ou alors on peut patienter le temps que les antidémocrates se crashent et échouent, comme cela se produira inéluctablement puisque leurs politiques ne résolvent rien des maux qui ont conduit à leur élection. Mais que restera-t-il alors des libertés, de la solidarité et des institutions démocratiques quand ils auront achevé leur travail de sape ? Mieux vaut éviter d’attendre pour le constater.

jeudi 25 octobre 2018

Brésil : futur quartier général du néonazisme mondial


Jair Bolsonaro ou la haine de la démocratie



Jair Bolsonaro est depuis trente ans un défenseur acharné de la dictature militaire. Aux portes de la présidence brésilienne, il s'est entouré d'anciens généraux et officiers et a le soutien des puissantes églises évangéliques. L'accumulation de crises depuis 2013 a préparé son accession au pouvoir, qui pourrait signifier la fin d'une parenthèse démocratique ouverte en 1985.


En juin 1993, un nouvel élu monte à la tribune de la chambre des députés brésiliens. Jair Bolsonaro a la parole, il mitraille ses collègues parlementaires. « Je suis un partisan de la dictature, clame-t-il. Jamais nous ne résoudrons nos graves problèmes nationaux avec cette démocratie irresponsable. » L'ancien parachutiste, sorti de l'Académie militaire en 1977, aux pires heures de la dictature militaire qui a mis sous coupe réglée le Brésil de 1964 à 1985, est devenu colonel d'artillerie avant de quitter l'armée en 1988 et de se lancer en politique. Devant les députés, il achève son discours en demandant la suppression du Congrès (Sénat et chambre des députés). « Les gens m'embrassent et me traitent comme un héros national, lui explique Bolsonaro. Le peuple veut le retour des militaires, ils me demandent “Quand revenez-vous ?” » 
Cette nostalgie de la dictature, de « la loi et l'ordre », des pleins pouvoirs aux militaires pour mater « les communistes »« les populations indiennes » et « les dégénérés », n'a jamais disparu au Brésil. Pire, elle est aujourd'hui partagée par de larges pans de l'électorat. 
« Les graves violations des droits de l’homme, pendant les 21 ans de la dictature instaurée en 1964, furent le résultat d’une action généralisée et systématique de l’État, donnant lieu à des crimes contre l’humanité. » 



J’ai suivi toutes les campagnes électorales de la redémocratisation du Brésil, de ce qu’il est convenu d’appeler la Nouvelle République. Et jamais, en trente ans, je n’ai vu ce que j’ai vu pendant cette élection de 2018.
J’ai vu les gens tomber malades, pris à la gorge par une sorte de panique paralysante. J’ai vu des amis combattifs, habitués à la dureté de la lutte, prostrés par le sentiment d’impuissance devant la possibilité qu’un homme comme Jair Bolsonaro, un homme qui dit ce qu’il est capable de dire, l’emporte. J’ai vu des gens pleurer jour après jour. J’ai reçu des centaines de messages sur WhatsApp qui contenaient quatre phrases identiques, et la plupart venaient de femmes.
«Je suis paniquée.»
«Je suis effrayée.»
«J’ai peur.»
«Je suis épouvantée.»

Eliane Brum


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Pour le brésilien que je suis, les mots utilisés pour dire ce qui se passe au Brésil aujourd’hui ne nomment pas vraiment ce qui s’y joue. 
On parle de dictature, d’extrême droite, de fascisme.
 Des mots obsolètes. Comme si la pensée s’arrêtait au seuil de l’horreur. Comme si le silence empêcherait le monstre d’advenir.






  • 24 OCT. 2018






  • C’est un épisode peu connu de la deuxième guère mondiale. Pour retarder l’avancée des forces alliées sur Caen, les nazis ont lancés contre les tanks deux milles petits engins d’un peu plus d’un mètre. Leur nom de code était : les œufs de la mort. Leur petite taille les rendaient indétectables aux radars des blindés qui se désintégraient au contact de ces équipements menus bourrées d’explosifs. La particularité c’est qu’ils étaient conduits par des enfants tziganes entre huit et dix ans. On dit que leur entrainement s’est fait dans la plus grande joie, heureux qu’ils étaient de conduire ces mini voitures. Cet enthousiasme pendant les exercices de préparation, se doit à l’instructeur militaire, excellent pédagogue et une autorité en méthodes comportementalistes.                                                                  On ne connaît pas tous les détails des conditionnements qui ont permis que l’objectif de l’opération ait été pleinement atteint : les enfants ont sans hésitation dirigé leurs véhicules contre les chars. La seule information dont on dispose : en prévision de l’action, et pour éviter que les gamins paniquent au moment de l’intervention, un mois avant celle-ci tous ont été rendus sourds par chirurgie. 95% des engins ont percuté les chars et les ont détruits. Tous les petits pilotes sont morts.
    Hanna Arendt disait que «l’homme normal ne sait pas que tout est possible. » Mais, depuis presque un siècle, nous n’avons plus de doute, nous savons que l’inhumain fait partie de l’humain, que le pire est une banalité, que la haine et le meurtre peuvent être une méthode de gouvernement.      Mais pour le brésilien que je suis, qui a vécu un temps sous la dictature militaire installée après le coup d’état militaire de 1964, les mots utilisés pour dire ce que se passe au Brésil aujourd’hui ne nomment pas vraiment ce qui s’y joue. On parle de dictature, d’extrême droite, de fascisme. Des mots obsolètes. Comme si la pensée s’arrêtait au seuil de l’horreur, comme si l’on avait peur de penser jusqu’au bout. Par pudeur, par crainte de, en nommant le monstre, le faire exister. Comme si le silence l’empêcherait d’advenir. Mais le monstre est déjà bien là. Il rit de l’effroi qu’il provoque, il bave de jouissance en vomissant ces ordures.
    Pareillement inconsistantes sont les analyses politiques qui essayent de rendre compte du comment on est arrivé à une telle situation épouvantable. On insiste sur la corruption. Mais la corruption existe au Brésil depuis qu’il est au berceau ; donc, une telle proposition relève plutôt, soit de l’ignorance, soit de la paresse de pensée. On essaye de réfléchir au Brésil, selon les repères d’une société occidentale qui a un relatif fonctionnement démocratique ; or, au Brésil il n’y a jamais eu le rempart des contre-pouvoirs. Autrement dit, c’est encore une analyse qui adopte le point de vue colonial : Quelqu’un qui croit que Marie a fait un enfant avec une colombe, ne peut comprendre la multiplication cellulaire.                                                                                                             Quelques rappels. Steve Bannon, le suprématiste blanc (sic !), néonazi mentor de Trump, a intégré l’équipe de campagne du candidat Jair Bolsonaro. Celui-ci est en voie d’acheter, ou a déjà acheté, la chaine de télévision Record, concurrente de La Globo. Ce qui signifie que de l’argent, beaucoup d’argent, et certainement pas seulement brésilien, est déjà dans le circuit. Avant cela : il y a eu la destitution de la Présidente Dilma Roussef, et l’installation d’un gouvernement d’assassins (cette phrase n’est ni une métaphore, ni une expression de colère). Puis, sans aucune preuve, le Président Lula est mis en prison. Quelque temps après, l’actuel chef du gouvernement annule le décret qui interdit le travail esclave et lundi dernier, le 18 Octobre il a rétabli la police politique. Les preuves que Jair Bolsonaro est un néo-nazi, on les trouve dans ses déclarations et dans ce qu’il fait depuis des années. Il a voté la destitution de Dilma Roussef, en dédiant son vote au tortionnaire de Dilma Roussef, le Colonel Ustra. Le fils de Bolsonaro, député nouvel élu, se déplace avec une chemise où est imprimée l’effigie d’Ustra. Mais Bolsonaro a aussi dédié son vote, comme le rappelle Jean Mathieu Albertini, à Duque de Caxias qui a massacré la révolte des esclaves brésiliens au XIX siècle.
    Entre les deux tours de la prochaine élection, le vénérable Moa do Catendê, Maître de Capoeira, a été assassiné avec plusieurs coups de couteaux parce qu’il déclarait être contre Bolsonaro. Des femmes qui ont manifesté contre Bolsonaro sont violées, battues. Des homosexuels, sont lynchés : oh bicharada, toma cuidado, o Bolsonaro vai matar viado (oh les pédales, avec Bolsonaro, est venue l’heure de tuer les folles), ceux qui distribuent des tracts pour Haddad sont passés à la barre de fer.
    « On donne des coups de pieds sur le visage de ceux qui aiment l’art, la culture, l’éducation, la liberté d’expression, la diversité, la citoyenneté, la solidarité, la démocratie On marche docilement vers l’abîme, dans cette insanité collective où le Brésil nie un autre Brésil possible. Et la haine, et l’horreur et la haine, et rien de ce qui est dit n’a plus de sens. L’important c’est de savoir si la bourse a grimpé, si le dollar a chuté (Ceci n’est pas un poème, dans les réseaux brésiliens, Octobre 2018, anonyme)
    Oui, l’effroi est installé.
    Les extraits que je donne ici viennent tous de documents filmés au cours de sa longue députation. Ils sont visibles sur youtube ou sur des réseaux sociaux brésiliens. Sans aucun doute, Steve Bannon a bien choisi, avec Bolsonaro, le terrain d’entrainement de ses troupes.
    Je m’excuse d’avance de partager avec le lecteur français un échantillon minime de ce que vivent les brésiliens quotidiennement depuis des mois. Parce que, je sais, ce peu est déjà excessif. Mais il me semble important que vous puissiez vous représenter la peur, l’angoisse, l’effroi que vivent mes amis – qui seraient certainement ceux d’une grande majorité de ceux qui liront ce papier. Et la peur des amis de mes amis. Et la peur qu’ont aussi les pauvres, les pauvres, tous les opposants, le peuple – que le candidat néonazi désigne déjà comme ses ennemis. Croyez, c’est avec douleur et dégoût que je transcris et traduit toute cette ignominie. Mais l’indignation et la colère contre toute cette mer de boue qui traverse le Brésil, plus la solidarité avec ceux qui sont déjà menacés d’humiliation, de torture et d’assassinat, sont plus fortes que la peine et la nausée.
    Hanna Arendt disait que les nazis sont « une bande d’hommes déclassés qui cherchent à ôter aux autres leur sens de la réalité. » Voici donc Bolsonaro dans ses mots. Réflechissez. Et faites circuler ces informations.



  • lundi 22 octobre 2018

    Perquisitionné, Jean-Luc Mélenchon tord les faits et la République


     PAR 
    Ce qui s’est passé, mardi 16 octobre, n’est pas un épiphénomène de plus dans la longue liste des coups d’éclat de Jean-Luc Mélenchon. La mise en scène insoumise autour des perquisitions qui ont visé le parti politique est grave. Il serait dangereux d’avoir à s’y habituer venant d’hommes et de femmes politiques qui font l’objet d’une enquête judiciaire.

    Voici la scène. Une escouade de policiers anticorruption débarque, sous la présidence de François Hollande, chez Nicolas Sarkozy. Dans le même temps, le siège des Républicains est perquisitionné, à l’instar des domiciles de plusieurs proches de l’ancien président. Le visage déformé par la fureur, Nicolas Sarkozy déboule dans les locaux du parti qu’il dirige et pousse sans ménagement des deux mains un procureur venu superviser les opérations.
    Il crie. « La République, c’est moi ! » Il provoque un policier impassible, se colle nez à nez à lui. Il hurle. « Ma personne est sacrée ! » Derrière lui, ses plus fidèles soutiens opinent du chef avec la mine des jours sombres. « C’est une agression politique ! Ce n’est pas du droit ! » Quelques minutes plus tard, dans la rue, il continue de vociférer, mû par la rage. « Je ne suis pas un passant du coin ! »
    Tout est filmé par des caméras de télévision qui ont rappliqué dare-dare et par des téléphones portables fébriles.
    Problème : cette scène n’existe pas. Du moins pas avec Nicolas Sarkozy, bien que l’ancien président français ait connu son lot de perquisitions, suivies par la suite de nombreuses mises en cause judiciaires (financements libyens, Bygmalion, Bismuth, etc.), et qu’il n’ait jamais été avare d’outrances pour dénoncer une prétendue justice politique le traquant. Il a même comparé un jour la police anticorruption à la Stasi.
    En revanche, cette scène a existé telle quelle avec Jean-Luc Mélenchon, le patron de la France insoumise, ancien candidat à la présidence de la République qui se présente aujourd’hui comme le leader du premier parti d’opposition en France.
    Visé par deux enquêtes judiciaires distinctes, l’une sur des soupçons de faux assistants parlementaires au Parlement européen et l’autre sur de possibles détournements de fonds pendant la campagne présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon et son parti ont souhaité créer le chaos autour de leurs déboires pour faire diversion.
    Mais ce qui s’est passé, mardi 16 octobre, n’est pas un épiphénomène de plus dans la longue liste des coups d’éclat du leader insoumis. La mise en scène de Jean-Luc Mélenchon et des siens autour des perquisitions est grave. Il serait dangereux d’avoir à s’y habituer venant d’hommes et de femmes politiques qui font l’objet d’une enquête judiciaire. La seule insoumission visible, ce 16 octobre, fut celle à un certain esprit de la République.
    Car le premier scandale, dans cette séquence, n’est pas un parquet aux ordres, même si le débat est plus que nécessaire, comme l’a rappelé François Bonnet sur Mediapart, mais Jean-Luc Mélenchon lui-même, sa réaction tapageuse et l’aveuglement de ceux qui font cortège à ses arguments.
    Depuis deux jours, les fausses nouvelles volent en escadrille. La première d’entre elles consiste à dire, par un habile syllogisme, que les procureurs de la République n’étant pas indépendants en France, la perquisition visant un membre de l’opposition est la preuve d’une justice aux ordres de l’Élysée. CQFD.
    C’est pourtant bien plus compliqué que cela. Mais que valent la complexité et la nuance quand il s’agit de s’ériger en martyr ?
    Le contexte judiciaire dans lequel ces perquisitions ont eu lieu est en effet un peu particulier. Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis sont visés dans le cadre d’une enquête préliminaire, c’est-à-dire d’investigations placées sous l’autorité directe du procureur de la République, contrairement à une information judiciaire, dirigée, elle, par un juge d’instruction, statutairement indépendant.
    Dans une enquête préliminaire, une perquisition – c’est la règle générique – ne peut avoir lieu qu’avec l’assentiment du perquisitionné. Mais il y a une exception, sinon ce serait trop facile : si l’enquête le nécessite – le besoin de surprise et de simultanéité des actes, par exemple –, la perquisition peut avoir lieu sans l’accord des principaux concernés à la seule condition qu’elle ait été validée par… un juge indépendant. En l’occurrence, un juge des libertés et de la détention (JLD) qui, comme un juge d’instruction, n’est pas soumis à une hiérarchie placée sous l’autorité du pouvoir exécutif.
    L’argument du procureur tout-puissant et seul responsable des mésaventures judiciaires de Jean-Luc Mélenchon perd de facto en consistance. Et c’est aussi oublier un peu vite le rôle des policiers dans de telles opérations qui ne sont pas que les factotums d’un procureur, lui-même à la botte de l’Élysée.
    Une autre contrevérité semble être savamment entretenue depuis plusieurs jours par Jean-Luc Mélenchon et ses amis. Celle-ci consiste à mettre en cause le nouveau procureur de Paris, Rémy Heitz, choisi par le pouvoir exécutif après une affligeante reprise en main voulue par l’Élysée, qui aurait ordonné la vague de perquisitions pour le bon vouloir d’Emmanuel Macron. Problème : Rémy Heitz n’avait pas encore pris ses fonctions ce jour-là… Et c’est son futur prédécesseur, François Molins, qui a fait la démonstration de son indépendance ces dernières années en ouvrant des enquêtes aussi bien sur Jérôme Cahuzac que sur Nicolas Sarkozy, qui était encore en poste.
    Évidemment, toutes ces vérités de fait ne peuvent, seules, effacer le débat plus que légitime, essentiel même, sur le problème structurel de la non-indépendance des procureurs en France, comme Mediapart ne cesse de le chroniquer et de le dénoncer depuis dix ans. Et tout particulièrement du rapport incestueux qu’Emmanuel Macron et son premier ministre Édouard Philippe entendent entretenir avec les représentants du parquet.
    Les hommes et femmes politiques qui refusent de donner l’indépendance aux procureurs sont les premiers responsables de cette situation délétère. Le cirque des indignations factices commence à se voir comme le nez au milieu de la figure quand, à chaque déboire judiciaire des uns, les autres louent l’indépendance de la justice, mais crient à l’agression politique quand les mêmes sont la cible de la curiosité de la justice. En la matière, Jean-Luc Mélenchon vient de faire comme Marine Le Pen, qui avait fait comme François Fillon, qui avait fait comme Nicolas Sarkozy, etc. Ni plus ni moins. Jean-Luc Mélenchon a "vis-à-vis de la justice des comportements et des opinions qui divergent au gré de ses intérêts propres. Pendant la campagne législative de 2017, il avait demandé à ses candidats de signer la charte de l'association Anticor demandant la suppression de l'immunité parlementaire. Selon cette charte, l'immunité parlementaire "concourt à une justice à deux vitesses et protège les élus plus que les simples citoyens" .Mis au pied du mur par des juges, il en invoque l'application pour lui-même."
    Pour autant, cette question de la non-indépendance du parquet est, dans le cas des perquisitions visant Jean-Luc Mélenchon, à mettre au second plan. Non seulement les raisonnements par association d’idées du leader insoumis reposent sur du sable, mais les lecteurs de Mediapart sont bien placés pour savoir que l’actuel soupçon judiciaire repose sur des éléments concrets, notamment dans l’affaire du financement de la campagne de 2017. Ceux-ci constituent-ils un délit pénal ? Seule la justice peut le dire et c’est d’ailleurs à cette fin qu’elle tente, tant bien que mal, de mener des perquisitions avant d’auditionner les personnes concernées.  
    Le drame de ces derniers jours est bien le visage politique qu’a offert Jean-Luc Mélenchon aux citoyens. Ce fut le dévoilement d’un homme qui revendique, en furie, d’être intouchable, qui pense être la République comme jadis Louis XIV l’État, qui assure sans ciller que sa personne est sacrée.
    Le patron des Insoumis voudrait faire accroire qu’au nom de la séparation des pouvoirs le représentant du pouvoir parlementaire qu’il est ne pourrait être inquiété de la sorte par la justice. Rien n’est plus faux. Quand Montesquieu théorise en 1748 la séparation des pouvoirs dans L’Esprit des lois, c’est pour éviter précisément l’abus de chaque pouvoir. « Il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir », écrivait ce père de la nation dans sa maxime célèbre.
    En un mot, c’est exactement l’inverse de la position de Jean-Luc Mélenchon. Non, la séparation des pouvoirs, ce n’est pas la liberté donnée à chacun d’entre eux de faire ce qu’il veut à l’abri d’on ne sait quelle espèce d’immunité. M. Mélenchon a beau se penser supérieur à un passant, son statut ne peut empêcher que la justice passe.
    Le patron des Insoumis réalise-t-il que, contrairement au scandale qu’il dénonce, il fut traité durant cette vague de perquisitions avec égard et privilège ? N’importe qui se permettrait de pousser un procureur de la sorte, légitimant une forme de violence à l'égard de l'autorité judiciaire et policière, finirait dans la seconde en garde à vue.  Pas Jean-Luc Mélenchon.
    Le patron des Insoumis se rend-il compte de la violence symbolique d’un prétendant à la magistrature suprême qui pense pouvoir s’en prendre physiquement à un représentant du ministère public parce qu’il ne supporte pas d’être la cible de l’œil judiciaire ? Que se passera-t-il si un jour il atterrit à l’Élysée ? Qu’arrivera-t-il aux policiers et aux procureurs non soumis, auxquels il n’a d'ailleurs pas prévu de donner une totale indépendance, qui voudront enquêter sur un proche du président Mélenchon ?                                                    Benoît Hamon ne veut pas se ranger derrière le «nouveau César» Mélenchon «La gauche a-t-elle vocation à se rallier derrière un nouveau César? Non. La gauche a toujours été diverse», a t'il rappelé, renvoyant le leader de La France Insoumise à la figure du général romain. «Je constate une pratique personnelle de Jean-Luc Mélenchon qui ne correspond pas à l'idée que je me fais de l'intelligence collective»                             Le chroniqueur Yann Moix dézingue Jean-Luc Mélenchon"Ce n'est pas parce qu'on est l'ennemi de la xénophobie et du fascisme, ce qui est son cas, et l'ennemi des antisémites et de l'extrême droite ce qui est son cas, qu'on est un démocrate pour autant. Il nous a prouvé, de nouveau qu'il n'était ni démocrate, ni républicain. On s’aperçoit que c’était un petit dictateur de carton-pâte ! Je suis heureux qu’il ait échoué aussi près du but parce que c’est le signe d’un homme blessé, vexé, humilié par sa défaite. C'est vraiment indigne de tout ce que j'imaginais sur lui", a conclu le chroniqueur. 
    La réponse se trouve dans les images du 16 octobre, mais il n'est pas certain que le chef insoumis sera pressé, ce jour-là, de les diffuser sur Facebook et Twitter.

    vendredi 24 août 2018

    " Il y a des jours où je regrette d’être née arabe."


    Fawzia Zouari, écrivaine, journaliste tunisienne, docteur en littérature française et comparée de la Sorbonne a publié cet article raz-le-bol dans Jeune Afrique:

    "Il y a des jours où je regrette d’être née arabe."
    Les jours où je me réveille devant le spectacle de gueules hirsutes prêtes à massacrer au nom d’Allah et où je m’endors avec le bruit des explosions diffusées sur fond de versets coraniques.
    Les jours où je regarde les cadavres joncher les rues de Bagdad ou de Beyrouth par la faute des kamikazes; où des cheikhs manchots et aveugles s’arrogent le droit d’émettre des fatwas parce qu’ils sont pleins comme des outres de haine et de sang; où je vois des petites filles, les unes courir protéger de leur corps leur mère qu’on lapide, et les autres revêtir la robe de mariée à l’âge de 9 ans.
    Et puis ces jours où j’entends des mamans chrétiennes confier en sanglotant que leur progéniture convertie à l’islam refuse de les toucher sous prétexte qu’elles sont impures.
    Quand j’entends pleurer ce père musulman parce qu’il ne sait pas pourquoi son garçon est allé se faire tuer en Syrie. 
    À l’heure où celui-ci parade dans les faubourgs d’Alep, kalachnikov en bandoulière, en attendant de se repaître d’une gamine venue de la banlieue de Tunis ou de Londres, à qui l’on a fait croire que le viol est un laissez-passer pour le paradis.

    Ces jours où je vois les Bill Gates dépenser leur argent pour les petits Africains et les François Pinault pour les artistes de leur continent, tandis que les cheikhs du Golfe dilapident leur fortune dans les casinos et les maisons de charme (bordels) et qu’il ne vient pas à l’idée des nababs du Maghreb de penser au chômeur qui crève la faim, au poète qui vit en clandestin, à l’artiste qui n’a pas de quoi s’acheter un pinceau.
    Et tous ces croyants qui se prennent pour les inventeurs de la poudre alors qu’ils ne savent pas nouer une cravate, et je ne parle pas de leur incapacité à fabriquer une tablette ou une voiture.
    Les mêmes qui dénombrent les miracles de la science dans le Coran et sont dénués du plus petit savoir capable de faire reculer les maladies.
    Ces prêcheurs pleins d’arrogance qui vomissent l'Occident, bien qu’ils ne puissent se passer de ses portables, de ses médicaments, de ses progrès en tous genres.
    Et la cacophonie de ces "révolutions" qui tombent entre des mains obscurantistes comme le fruit de l’arbre.
    Ces islamistes qui parlent de démocratie et n’en croient pas un mot, qui clament le respect des femmes et les traitent en esclaves.

    Et ces gourdes qui se voilent et se courbent au lieu de flairer le piège, qui revendiquent le statut de coépouse, de complémentaire, de moins que rien !
    Et ces "niqabées" qui, en Europe, prennent un malin plaisir à choquer le bon Gaulois ou le bon Belge comme si c’était une prouesse de sortir en scaphandrier ! 
    Comme si c’était une manière de grandir l’islam que de le présenter dans ses atours les plus rétrogrades.
    Ces jours, enfin, où je cherche le salut et ne le trouve nulle part, même pas auprès d’une élite intellectuelle arabe qui sévit sur les antennes et ignore le terrain, qui vitupère le jour et finit dans les bars la nuit, qui parle principes et se vend pour une poignée de dollars, qui fait du bruit et qui ne sert à rien !

    Voilà, c’était mon quart d’heure de colère contre les miens... 
    Souhaitons que l'Occident ouvre les yeux...."

    - Fawzia Zouari