jeudi 7 avril 2016

Le port du voile et la «mode islamique» doivent pouvoir être critiqués

Se mettre du côté de celles qui n’ont pas le choix

Le port du voile et la «mode islamique» doivent pouvoir être critiqués. Si pour certaines, c’est un acte volontaire, il peut aussi signifier pour d’autres enfermement et ségrégation entre les sexes.

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Pour vendre, le capitalisme, encore appelé «paradigme marchand», ou néolibéralisme économique, comme on voudra, s’accommode de tout, des corps féminins dénudés comme des corps couverts, des fesses exposées comme des cheveux cachés, du string comme du burkini. Pourquoi ne pas s’y mettre puisqu’il y a un marché de la burqa à fleurs et du tchador à carreaux ? Pourquoi, de surcroît, ne pas les qualifier, trouvaille géniale de communicant, de «mode pudique» ? Et c’est là que la mode versus loi du marché rejoint des propos, des textes, des injonctions concernant les femmes musulmanes ou d’origine musulmane qui ne portent pas le foulard.
Elles sont sans pudeur, dit tel imam, elles sont des violées potentielles, affirme un autre. Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des indigènes de la République, et autoproclamée antiraciste, affirme quant à elle que le foulard envoie «un message clair à la société indigène : nous appartenons à la communauté et nous l’assurons de notre loyauté» et un message tout aussi clair à la société blanche : «Nous ne sommes pas des corps disponibles à la consommation masculine blanche.» Que faut-il comprendre ? Que les femmes qui ne portent pas le foulard envoient un message de disponibilité à  «la consommation masculine blanche» et accessoirement non blanche ?
Sans doute des femmes portent-elles le voile par choix, comme elles disent, et pour des raisons multiples et hétérogènes : piété religieuse, positionnement politique, affichage identitaire, réponse à la stigmatisation, pudeur ou au contraire impudeur exhibitionniste - à se cacher on se montre - ou encore pour rendre visibles le racisme et l’islamophobie, ou pour provoquer les «féministes occidentalo-centrées» ou «franco-centrées». Ou bien pour signifier un refus de la modernité ou pour au contraire la mettre en œuvre, façon «c’est mon choix et je vous emmerde»…
Mais est-il permis, sans être traitée de raciste ou d’islamophobe, de considérer aussi le voile comme une façon de faire porter aux femmes le poids de l’identité, ou encore comme un signe de subordination et de contrôle des femmes ? Est-il permis de le considérer comme pouvant être un signe politique, renvoyant à l’islam politique ? Est-il permis d’y voir aussi un consentement à l’oppression ? C’est le point de vue de la ministre des Droits des femmes. Laurence Rossignol n’aurait certes pas dû utiliser le mot «nègre» ni comparer le port du voile à l’esclavage des Noirs. Elle a reconnu avoir eu tort, attitude qui n’est guère fréquente du côté du personnel politique.
Il semble que, pour certains, ce mea culpa soit insuffisant. Que veulent-ils ? Inscrire au fer rouge sur son front une marque d’infamie ?

Pour Mme Esther Benbassa, "Il est normal que des marques créent des collections «pudiques» pour des femmes qui, par revendication identitaire ou conviction religieuse, y trouveront leur compte, où est le mal ? Elles risquent même de tenter quelques juives orthodoxes, au moins aussi soucieuses de «pudeur» que leurs homologues musulmanes. La loi de 1905 n’interdit à personne de se conformer aux codes vestimentaires que sa confession ou sa fantaisie lui recommandent. Rien en tout cela n’est contraire à notre législation. Nul ne niera, dans certains cas de port du voile, la réalité du contrôle social, voire de la contrainte. Mais de là à faire un parallèle entre celles qui, par choix personnel, décident se s’habiller ainsi.

Non,  Mme Esther Benbassa, en tant que musulmane vous trouvez Le voile, pas plus aliénant que la minijupe, vous oubliez d’ajouter que la mini jupe n’a jamais dans nos pays provoquée la lapidation de celle qui la porte.

Pour vous répondre qui mieux que Chadortt Djavann obligée  pendant dix ans en Iran de porter le voile islamique, elle restitue au voile sa signification - le marquage visible de la soumission de la femme - et surtout sa fonction: par l'empaquetage de l'objet de tentation, protéger l'homme d'une pulsion sexuelle qu'il n'apprend pas à maîtriser. «Après tout, pourquoi ne voile-t-on pas les garçons musulmans? Leur corps, leur chevelure ne peuvent-ils pas susciter le désir des filles? Mais les filles ne sont pas faites pour avoir du désir, dans l'islam, seulement pour être l'objet du désir des hommes.» 

Elle analyse aussi les effets du voile: la réduction de l'existence sociale de la femme à ses attraits sexuels et, chez les fillettes qui doivent intérioriser la honte de leur sort, «une maltraitance psycho-sexuelle, un traumatisme qui marquera à jamais le corps et l'esprit des futures femmes».
N'étant embarrassée d'aucune mauvaise conscience, Chahdortt Djavann n'hésite pas à affirmer que le code de civilité occidental qui règle les jeux de la séduction entre les deux sexes - contrôle de soi et respect de l'autre - lui semble préférable au voile. Et que ce code est en péril dans des banlieues où des filles sont menacées d'un autre type de rapports entre les sexes: «Le viol ou le voile.» Elle ne craint pas non plus de sortir le débat sur le voile de ses limites scolaires. «La discrimination sexuelle et le discrédit du corps dès l'enfance sont-ils une forme de conditionnement moins grave que le conditionnement par les sectes?» Dépassant la question de la laïcité, c'est «au nom de la protection des mineures» qu'elle réclame une loi épargnant le voile aux enfants de moins de 18 ans. 
En critiquant la dite «mode islamique», Laurence Rossignol se met du côté de celles qui n’ont pas le choix. Elle a raison. Il faut toujours être du côté de celles et ceux qui ne peuvent pas choisir. Et qui se battent pour la liberté, la leur et celle des autres. On a pu entendre, à propos des caricatures de Mahomet, une invitation et même parfois une sommation à la prudence : avec la mondialisation, avec Internet, le local n’existe plus, ce qui est publié ici, est immédiatement regardé là-bas. Et ce qui est toléré ici peut être jugé là-bas insupportable.

Ce lien entre ici et là-bas vaut aussi pour le voile. Porté ici, il peut signifier, pour d’autres femmes là-bas, une caution à ce qu’elles refusent, cet enfermement qui, peu importe le nom, burqa, tchador, abaya, niqab, hijab, est un enfermement dans le sexe, une négation de la personne, un interdit de liberté. Des milliers de femmes ont lutté au long du XXe siècle contre cet enfermement. D’autres ont pris aujourd’hui le relais, pour affirmer que les droits des femmes sont des enjeux politiques et non de mœurs, comme ils sont une composante de la démocratie. Ces femmes sont encore loin, très loin d’avoir partout gagné leur combat. Raison de plus pour ne pas les affaiblir en cautionnant ici ce qu’elles refusent là-bas.
 L’islam peut imposer ces coutumes barbares chez nous, mais quand les chrétiens vont dans leurs pays ils doivent aussi suivre LEURS lois. Ils imposent leurs propres lois mêmes dans nos pays. 

..........

Après que les plus hautes autorités religieuses musulmanes ont déclaré que les vêtements qui couvrent la totalité du corps et du visage ne relèvent pas du commandement religieux mais de la tradition, wahhabite (Arabie Saoudite) pour l’un, pachtoune (Afghanistan/Pakistan) pour l’autre, allez-vous continuer à cacher l’intégralité de votre visage ?
Ainsi dissimulée au regard d’autrui, vous devez bien vous rendre compte que vous suscitez ladéfiance et la peur, des enfants comme des adultes. Sommes-nous à ce point méprisables et impurs à vos yeux pour que vous nous refusiez tout contact, toute relation, et jusqu’à la connivence d’un sourire ?
Dans une démocratie moderne, où l’on tente d’instaurer transparence et égalité des sexes, vous nous signifiez brutalement que tout ceci n’est pas votre affaire, que les relations avec les autres ne vous concernent pas et que nos combats ne sont pas les vôtres.
Alors je m’interroge : pourquoi ne pas gagner les terres saoudiennes ou afghanes où nul ne vous demandera de montrer votre visage, où vos filles seront voilées à leur tour, où votre époux pourra être polygame et vous répudier quand bon lui semble, ce qui fait tant souffrir nombre de femmes là- bas ?
En vérité, vous utilisez les libertés démocratiques pour les retourner contre la démocratie
Subversion, provocation ou ignorance, le scandale est moins l’offense de votre rejet que la gifle que vous adressez à toutes vos sœurs opprimées qui, elles, risquent la mort pour jouir enfin des libertés que vous méprisez
C’est aujourd’hui votre choix, mais qui sait si demain vous ne serez pas heureuses de pouvoir en changer. Elles ne le peuvent pas… Pensez-y.
                                                                                                              Elisabeth Badinter

mercredi 9 mars 2016

Le syndrome : Baron noir ? …

Le projet de réforme constitutionnelle de protection de la Nation va être débattu au Sénat dans les jours prochains.
S'il a suscité nombre de réactions concernant l'extension de l'état d'urgence ou la déchéance de la nationalité française, un de ses aspects est passé totalement inaperçu mais, si le texte est adopté en l'état de sa rédaction issue du vote de l'Assemblée Nationale, il est susceptible d'avoir un effet de bord particulièrement important dans la plupart des affaires politico financières ou de corruption.
En effet, la principale sanction que craignent les responsables politiques, lorsqu'ils sont confrontés au juge pénal, est évidemment la peine d'inéligibilité qui est souvent prononcée par le tribunal.
Or, si l'on reprend le texte du futur article 34 de la Constitution en cours de discussion, on remarque que, sur amendement introduit par le Gouvernement au cours des débats au Palais Bourbon, la loi devra définir :
 "La nationalité, y compris les conditions dans lesquelles une personne peut être déchue de la nationalité française ou des droits attachés à celle-ci lorsqu'elle est condamnée pour un crime ou un délit constituant une atteinte grave à la vie de la Nation".
Une lecture stricte du nouveau texte constitutionnel conduirait à une interprétation simple : seule serait conforme à la Constitution une loi prévoyant la déchéance de nationalité pour des personnes condamnées pour crime ou délit constituant une atteinte grave à la vie de la Nation, c'est à dire les actes de terrorisme et d'atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation. C'est d'ailleurs la position exprimée par le Gouvernement et le législateur au cours des débats.
Et donc la deuxième partie de la phrase suivrait la même règle :
 "Seules les personnes condamnées pour crime ou délit d'atteinte grave à la vie de la Nation pourraient être déchues des droits attachés à la nationalité".
Et c'est là que le bât blesse : par définition les droits de vote et d'éligibilité font partie des droits attachés à la nationalité. Dès lors ce nouveau texte constitutionnel risque tout simplement de rendre contraire à la Constitution tous les textes pénaux de sanction qui prévoient la perte du droit de vote et d'éligibilité pour des crimes ou délits autres que ceux qui correspondent dans le code pénal à la définition des atteintes graves à la vie de la Nation.
Évidemment cette analyse juridique est sujette à discussion mais il est fort à parier que ce sera là un joli "sac de nœud" contentieux, avec son cortège de questions prioritaires de constitutionnalité.
Une interprétation constitutionnelle stricte du texte gouvernemental voté par l'Assemblée Nationale pourrait donc conduire à ce qu'aucune personne condamnée dans une affaire politico financière ou de corruption ne puisse se voir infliger à l'avenir une peine d'inéligibilité ou de perte du droit de vote. Voilà qui devrait réjouir celles et ceux, élus indélicats, qui se sont fait prendre le doigt dans le pot de confiture...
De la Démocratie.

Celui qui fait la loi sait mieux que personne comment
Elle doit être exécutée & interprétée.
Il semble donc qu’on ne saurait avoir une meilleure constitution que
Celle où le pouvoir exécutif est joint au législatif :
   Mais c’est cela même qui rend ce Gouvernement insuffisant à certains égards,
 Parce que les choses qui doivent être distinguées ne le sont pas,
& que le Prince & le Souverain n’étant que la même personne,
Ne forment, pour ainsi dire, qu’un Gouvernement sans Gouvernement.
il n’est pas bon que celui qui fait les lois les exécute,
    Ni que le corps du peuple détourne son attention des vues générales,
 Pour les donner aux objets particuliers.
Rien n’est plus dangereux que l’influence des intérêts privés
Dans les affaires publiques,
& l’abus des lois par le Gouvernement est un mal moindre que la corruption du Législateur, suite infaillible des vues particulières.
 Alors l’Etat étant altéré dans sa substance,
Toute réforme devient impossible.
Un peuple qui n’abuserait jamais du Gouvernement
N’abuserait pas non plus de l’indépendance ;
Un peuple qui gouvernerait toujours bien
N’aurait pas besoin d’être gouverné. …///…
Un Auteur célèbre a donné la vertu pour principe à la République ;
Car toutes ces conditions ne sauraient subsister sans la vertu :
Mais, faute d’avoir fait les distinctions nécessaires,
Ce beau génie a manqué souvent de justesse, quelquefois de clarté,
 & n’a pas vu que l’autorité Souveraine étant par tout la même,
Le même principe doit avoir lieu dans tout Etat bien constitué,
 Plus ou moins, il est vrai, selon la forme du Gouvernement.
J. J. Rousseau

Était-ce l'effet recherché par l'amendement du Gouvernement ou simplement un bug de rédaction ?

Une bonne raison pour que le Sénat clarifie les choses dans les jours à venir.

lundi 29 février 2016

Plus de 300 enfants livrés à eux-mêmes dans la «jungle» de Calais

Alors que le tribunal administratif de Lille vient en partie d'autoriser l'expulsion de la zone sud de la lande, où vivent entre 1 000 et 3 500 migrants, la situation est des plus précaires pour les 326 mineurs isolés recensés sur place. ONG et associations appellent l'État à prendre ses responsabilités.

Lorsque la mondialisation conduit à faire tomber les frontières
 Quand elles freinent la circulation des capitaux,
 des marchandises ou des armes
Et à les renforcer quand il s’agit de circulation des êtres humains.
Un réflexe communautariste risque de détruire tous les progrès d'intégration

Qu’a connu notre pays laïc, fraternel et égalitaire.


Des dizaines d’enfants sans famille survivant dans la boue d’un bidonville. C’est en France que cela se passe, en 2016. Pour constater le désastre, la « Défenseure des enfants » s’est rendue à Calais dans la« jungle » quelques heures avant l’ultimatum fixé par la préfecture du Pas-de-Calais pour l’évacuation de la partie sud de la zone, sur laquelle vivent entre 1 000 et 3 500 réfugiés en transit vers la Grande-Bretagne.
Initialement prévu pour le mardi 23 février à 20 heures, l’ultimatum a été repoussé à la suite de l’annonce du tribunal administratif de Lille qu'il ne rendrait pas sa décision – suspensive – avant quelques jours. Saisie par dix associations et 238 migrants lui demandant d'empêcher la destruction des cabanons, la juge compétente s’est rendue sur place pour mesurer par elle-même si une évacuation constituerait ou non « une violation des droits fondamentaux des individus ». Et a prévenu qu’elle ne se prononcerait pas dans la foulée de l’audience prévue le mardi à 14 heures, mais plutôt le lendemain ou le surlendemain. Ce jeudi après-midi, la préfecture a fait savoir que le tribunal validait en partie l'arrêté d'expulsion. Ce dernier serait donc applicable à tout moment.
En attendant l'arrivée des bulldozers, les mineurs isolés poursuivent leur vie de débrouille dans le campement, tentant, comme les adultes, de passer clandestinement de l'autre côté de la Manche. France terre d’asile les a recensés entre les 9 et 12 février 2016 : ils seraient 326. Parmi eux, un quart aurait moins de quinze ans, selon la Défenseure des enfants. Le plus jeune n’aurait pas plus de sept ans ! Venus de Syrie, d’Afghanistan, d’Iran, d'Égypte ou d'Érythrée, tous ont parcouru des milliers de kilomètres au péril de leur vie pour se retrouver dans cette impasse. Selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 340 enfants ont péri en mer Égée, au cours de la traversée qui devait les mener de la Turquie à la Grèce, principale porte d'entrée dans l'Union européenne.
L’Auberge des migrants et Help refugees ont quant à eux effectué les 15 et 16 février un décompte sur la parcelle du campement promise aux bulldozers. Il en ressort que 445 mineurs, dont 305 mineurs isolés, y résident. Dans la perspective de l’audience du tribunal administratif de Lille, les deux associations cherchaient à montrer que des espaces de vie s’étaient créés dans cette « jungle » (écoles, théâtre, bibliothèque, permanence juridique, épiceries, etc.) et qu’un démantèlement fragiliserait plus encore la vie de ses habitants. Ce n’est pas pour autant un statu quo qu’elles demandent – contrairement à ce dont les accuse le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve : elles en appellent aux pouvoirs publics afin qu’ils remplissent leurs obligations en tenant compte de la spécificité de la situation et des besoins de chacun, y compris en améliorant le quotidien sur la lande.
À cet égard, l’exemple de la prise en charge défaillante des enfants isolés par l’État est révélateur. La Défenseure des enfants, Geneviève Avenard, a observé dans son rapport de visite que certains mineurs étaient hébergés dans le centre d’accueil provisoire (CAP), constitué de containers chauffés à proximité de la « jungle », mais qu’ils ne bénéficiaient d’aucune prise en charge particulière liée à leur jeune âge. D’autres ont été dispersés partout en France dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO), ces foyers ouverts aux réfugiés acceptant de s’éloigner de Calais, « sans qu’aucune précision n’ait pu être apportée sur leur devenir ». En matière de droit à l’éducation, la Défenseure des enfants souligne que « le seul accès à l’école repose sur la remarquable initiative associative de “l’école laïque du chemin des Dunes” », elle-même en danger puisqu’elle se situe sur la zone à démolir.
Des maraudes sociales ont certes été confiées au groupe SOS pour identifier les mineurs non accompagnés et les orienter vers des structures dédiées (à Saint-Omer pour les plus de 15 ans et à Arras pour les plus petits). Mais le ministre, lors de son déplacement dans un centre d’accueil au Mans le 22 février, a dû reconnaître que cette solution n’était pas satisfaisante, dans la mesure où la plupart des enfants refusent de se rendre dans ces lieux éloignés, de peur de ralentir leur périple. Face à ce constat, la Défenseure des enfants exhorte l’État à modifier son action en mettant en place« immédiatement » un dispositif de mise à l’abri« inconditionnelle » sur la lande même, afin que les mineurs se destinant à aller en Grande-Bretagne soient pris en charge correctement.
Alors que l’agence européenne de coordination policière Europol faisait état, le 31 janvier, de plus de 10 000 enfants disparus lors de l’exode massif (plus d’un million de personne en 2015) que connaît l’Europe depuis deux ans, le sort des mineurs à Calais est des plus préoccupants compte tenu de l’état de violence permanent qui y règne. Animée par l’avocat Raymond Blet et la militante Marianne Humbersot, la permanence juridique installée au milieu de la « jungle » depuis janvier a recueilli de nombreux témoignages, parmi lesquels celui d’un Iranien de 16 ans, qui a déposé plainte pour violences policières. Il a expliqué avoir quitté son pays à la suite du décès de ses parents parce qu’il ne se sentait plus en sécurité en tant que chrétien. Les frontières, il les a franchies caché dans des camions, grâce à des passeurs payés par son frère déjà parvenu en Angleterre. Le jeune homme a indiqué vivoter dans la lande depuis quatre mois, dans l’espoir de traverser la Manche, quand il a été victime d’une agression. Depuis, ses soutiens affirment qu’il souffre de lésions et d’hématomes. « Il est très traumatisé, il n’arrive plus à dormir », indique Marianne Humbersot.
Pourtant, théoriquement, des solutions existent, notamment pour les enfants ayant des attaches familiales en Grande-Bretagne – 90 ont été répertoriés dans ce cas. Conformément au droit européen, ces jeunes sont censés pouvoir bénéficier du regroupement familial. Le règlement de Dublin III, qui encadre la gestion de l’asile dans l’UE, prévoit à son article 8 que « si le demandeur d’asile est un mineur non accompagné, l’État responsable de sa demande est celui dans lequel un membre de la famille ou les frères et sœurs (...) ou un proche se trouvent ».
         Si un étranger vient habiter avec toi dans ton pays, ne l’humilie pas.           
Il sera pour toi comme l’un de vous,
L’étranger qui séjourne avec toi, et tu l’aimeras
comme toi-même, car vous avez été étrangers au pays d’Égypte.
Lévitique, 19, 33-34


Mais le droit a été ignoré pendant des années. Les autorités britanniques et françaises commencent tout juste à se préoccuper de le faire appliquer. Bernard Cazeneuve a promis qu’il donnerait de la voix à ce sujet le 25 février à Amsterdam à l’occasion d’une réunion informelle des ministres de l’intérieur de l’Union européenne. « Je serai intransigeant et ferme avec notre partenaire britannique », s’est-il engagé. Le principal problème réside dans le manque d'information : certains migrants auraient la possibilité d'engager des démarches légales, mais rien n'est fait, côté français, pour leur faire savoir et les aider juridiquement. Côté anglais, les procédures sont longues et complexes car elles supposent que les personnes apportent elles-mêmes la preuve de leurs liens familiaux, comme l'explique Amnesty international, qui appellent les deux États à « coopérer de toute urgence ».
Outre-Manche, plusieurs ONG comme Save the children font campagne depuis des semaines pour que la Grande-Bretagne accueille au moins 3 000 enfants arrivés en Europe ces derniers mois. Fin janvier, le gouvernement britannique a semblé prêt à faire un geste. Pour accélérer le mouvement, le 1er février, cinq mineurs ont saisi le tribunal administratif de Lille. Sous la contrainte de trois référés-liberté soutenus par le Secours catholique et Médecins du monde, le juge, dans son ordonnance du 11 février, a reconnu la carence de l’administration française ayant pour conséquence de rendre impossible la mise en œuvre des demandes d’admission légale au Royaume-Uni. Il a aussi déploré que les services de l’État aient attendu d’être saisis d’une requête pour prendre contact avec ces jeunes et enregistrer leur demande de protection internationale. Par la suite, d’autres mineurs ont engagé des procédures visant à faciliter leur passage légal.
Toutes les associations l’affirment : en cas d’expulsion de la « jungle », les réfugiés, au premier rang desquels les enfants, seraient dispersés, et plus difficiles à aider. Certains se rendraient à Grande-Synthe, près de Dunkerque, où vivent déjà 250 enfants selon Médecins sans frontières, pour la plupart avec leur famille. L’Unicef a vivement réagi le 23 février à l'éventualité d'un démantèlement. « Cela ne ferait que renforcer les situations extrêmes et à risques pour les enfants non accompagnés », a affirmé Jean-Marie Dru, le président de l’Unicef France. « Le risque de disparitions, et ruptures dans l’identification de ce public vulnérable est inévitable dans un contexte de démantèlement », a-t-il martelé, appelant l’État à renoncer à son projet et l’exhortant à respecter le droit fondamental à la protection de l’enfance inscrit dans la Convention relative aux droits de l’enfant (CIDE) que la France a ratifiée.
Un réflexe communautariste risque de détruire tous les progrès d'intégration qu'a connu notre pays laïque, fraternel et égalitaire.


Ne soyons plus anglais ni français ni allemands. Soyons européens. Ne soyons plus européens, soyons hommes. - Soyons l'humanité.
Il nous reste à abdiquer un dernier égoïsme : la patrie
Victor Hugo
Médiapart


dimanche 28 février 2016

Valls-Aubry: histoire d’un «archaïsme»

Pétition signée dimanche matin par plus de 730 000 personnes, tribune ravageuse de Martine Aubry, syndicats sur le pied de guerre, étudiants qui commencent à se mobiliser… Le projet de loi sur le travail provoque en France un effet proche du CPE en 2006. Face à cette fronde, Manuel Valls accuse ses adversaires d'« archaïsme ».
 Un argument vieux comme le monde... et la gauche.

Hubert Huertas


Voilà cinquante ans, au moins, que les « modernes », entendez les libéraux, dégainent leur « archaïsme » quand ils sont contestés. « Archaïque » le principe de conquête sociale, « archaïque » l’idée bicentenaire de réduction du temps de travail, « archaïque » la notion de partage des richesses, « archaïque » (et pervers) le concept d’assistance, « archaïque » le « non » au référendum sur la Constitution européenne, « reptilien » le cerveau des peuples qui envoient des SOS à l’Europe, les plus récents émanant de Grèce, du Portugal, d’Espagne, et maintenant de cette Irlande dont on vantait l’orthodoxie moderne.
« Archaïque » ! Ce mot est devenu un rouleau compresseur. Il écrase tout sur son passage, avec son double, « la réforme », lancé aussi à tout bout de champ. Que le mot « réforme » soit prononcé à propos d’un aménagement des lois sur le travail du dimanche, sur le code du travail, sur les 35 heures, les licenciements, etc., et celui qui émet la plus infime réserve est aussitôt qualifié d’« archaïque ».
L'alternative est simple : soit « la réforme », soit « l'archaïsme ». La  « réforme » est lumineuse, « l’archaïsme » est obscur comme la grotte de Lascaux. C’est ainsi que la pétition proposée par Dominique Reynié pour défendre la loi El Khomry a recueilli dimanche matin la signature de plus de 6 000 personnalités éclairées, dont celle du patron du Medef Pierre Gattaz, tandis que celle de Caroline de Haas, qui la conteste, a rassemblé à la même heure la protestation de 730 000 égarés.  
Manuel Valls inscrit son action moderniste dans cette longue tradition. 
Il renvoie ses critiques au passé décomposé : 
« Il faut bouger, dit-il. Il y en a qui sont encore au XIXe siècle, moi, et les membres du gouvernement ici présents, nous sommes dans le XXIe siècle et nous savons qu'économie et progrès social vont de pair. »
Le XIXe, voilà l’ennemi. Il est vrai qu’il s’y est passé des événements terrifiants. Création du premier conseil de prud’hommes le 18 mars 1806, à Lyon. Interdiction du travail des enfants de moins de 8 ans, et limitation à 8 heures de travail par jour pour les 8 à 12 ans, en 1841. Droit de grève instauré en 1864. Création d’une caisse contre les accidents du travail en 1868. Création de l’Inspection du travail en 1874 et promulgation d’une loi interdisant le travail des enfants de moins de 12 ans. Liberté syndicale en 1884 avec les lois Waldeck-Rousseau. Première convention collective en 1891, à Arras. Loi encadrant le travail des femmes et des enfants en 1892. Promulgation d’une loi sur l’hygiène et la sécurité au travail en 1893. Loi établissant le principe de responsabilité patronale dans les accidents du travail, en 1898. Des « blocages » qui s’amplifieraient au XXe siècle, avec l’abaissement à 11 heures par jour de la durée quotidienne du travail en 1900.
L’argent n’a pas de patrie ; 
les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ;
leur unique objectif est le gain.

Napoléon Bonaparte

À cette époque, et jusqu’aux abords de la Seconde Guerre mondiale, « l’archaïsme » aujourd’hui décrié sur tous les tons était plutôt à la mode. Il évoquait l’âge d’or. Face à la montée des revendications et des conquêtes ouvrières, la droite parlait de décadence. Toutes ces lois étaient accusées de saper l’ordre éternel et naturel des sociétés. On parlait déjà, à propos de l’interdiction du travail des enfants, « d’entrave insupportable à la liberté d’entreprendre », ou de « contrainte inapplicable », le repos d’une journée hebdomadaire instauré en 1906 était une prime à la paresse, les congés payés de 1936 une incitation à la licence pour les ouvrières. Les lois sociales étaient accusées de briser les équilibres anciens que les réactionnaires parlaient de retrouver. Quelque part, l’avènement du nazisme et du fascisme, et chez nous de l’avatar pétainiste, s’inscrit d’ailleurs dans cette célébration du modèle à retrouver. L’avenir consistait sous le Troisième Reich, comme sous Mussolini, à redonner puissance et pureté à l’homme antique, donc éternel.
Après la révélation des horreurs de la guerre, en 1945, la droite cessa de célébrer le passé. Elle se planqua. Mis à part quelques nostalgiques qui se fracassèrent sur le suffrage universel comme Jean-Marie Le Pen en 1974, plus personne ne fut « de droite » ! De Mai-68 à mai 1981 avec l'élection de François Mitterrand, le mot « droite » était pâteux dans les bouches de la droite, qui préféraient utiliser des périphrases parlant de l’unité du peuple et de liberté, même si les écrits de théoriciens comme Milton Friedman annonçaient dès les années 1970 la vengeance des idées libérales et leur installation, la décennie suivante.
À partir des années 1980, en France et dans le monde la droite fait sa révolution, au sens étymologique du terme. Elle se retourne sur elle-même et inverse toutes les valeurs de son époque. Plutôt que de regarder en arrière pour célébrer une pureté perdue, elle met en avant un âge d’or à conquérir. Ses adversaires sont rigoureusement les mêmes, syndicats, partis de gauche, syndicalistes, grévistes bornés, fonctionnaires privilégiés, droit du travail qui entrave, État omnipotent, mais elle les charge sous un autre angle. Au XIXe siècle et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les forces de gauche étaient accusées d’être des accélérateurs de décadence, face à une droite garante des équilibres éternels. À partir des années 1980, la même droite, désormais libérale, s’exprime comme une force de conquête, d’avenir, de liberté, et les syndicats, les partis de gauche, les lois, l’État, ne sont plus des accélérateurs de décadence mais des freins pour le progrès. En un tournemain les réacs sont devenus des révolutionnaires, et les révolutionnaires des réacs. L’idée d’« archaïsme » venait de changer de nature et elle allait prospérer dans les esprits.
Au PS, Michel Rocard emploie le mot sacré dès 1978 contre François Mitterrand, et en fait une bannière. Le futur président était « archaïque » et la deuxième gauche « moderne ». Ronald Reagan concrétise le concept à l’échelle de la planète, suivi par Margaret Thatcher. L’« archaïsme » devient plus obsédant que le « cactus » de Jacques Dutronc dans les années 1960 : « Le monde entier est archaïque, aïe ! aïe ! aïe ! ouille ! ouille ! ouille ! aïe ! » À longueur de tribunes, de chroniques économiques sur les chaînes d’information en continu, de discours politiques, la même douleur est déclamée, avec le même automatisme. Les archaïques ne comprennent rien, mais sont responsables de tout, comme avec les 35 heures ! Exemple, au lendemain de la mort de la « Dame de fer », les hommages se multiplient. Un conservateur canadien, Adrien Pouliot, s’écrie : « Mme Thatcher a redressé un pays malade, en faillite et mis à genoux par l'étranglement des syndicats. Elle s'est levée contre la gauche bien-pensante britannique et le modèle archaïque de social-démocratie qui inspire encore les socialistes québécois. » On dirait du Manuel Valls, accusant Martine Aubry…
Le mystère est que ce concept des anciens et des modernes remixé à la sauce 1980 ait survécu à son propre désastre, après la crise de 2008. Le libéralisme flamboyant qui promettait l’âge d’or et des maisons à crédit pour ceux qui ne pouvaient plus les payer, a ruiné des dizaines et des dizaines de millions de familles. Il menace d’exploser de nouveau, comme une bulle, mais continue d’égrener ses certitudes, de dispenser ses leçons, de dénoncer « les archaïsmes ».
C’est donc dans un discours vieux d’au moins cinquante ans que s’inscrit Manuel Valls confronté à la fronde sur la loi El Khomry. Il a l’ardeur des néophytes, et le tranchant des vieux adolescents. Pour lui, la tribune de Martine Aubry « oblige tout le monde à clarifier et à assumer ». Mine de rien cette phrase est un projet politique. Depuis le congrès d’Épinay, en 1971, le parti socialiste français est tiraillé entre deux courants, l’un qui regarde à gauche et l’autre qui rêve de recomposition au centre. Au-delà du tiraillement, voire des haines, cette contradiction était une identité : deux atomes d’hydrogène, un atome d’oxygène, ou inversement suivant les époques, et ça faisait un courant.
Autant dire qu’en chassant « les archaïques », et en leur opposant le leitmotiv des « anciens » et des « modernes », à la manière des libéraux du XXe siècle, Manuel Valls dissout purement et simplement le parti socialiste. Le premier courant, celui d'Aubry, est chassé de la famille, et le second, le sien, se disperse dans le camp d'en face...

Hubert Huertas


Appelons-nous toujours à "une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communications de masse
qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse,
le mépris des plus faibles et de la culture,
l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous"
Refuser le diktat du profit et de l'argent,
s'indigner contre la coexistence d'une extrême pauvreté et d'une richesse arrogante,
refuser les féodalités économiques, réaffirmer le besoin d'une presse vraiment indépendante,
assurer la sécurité sociale sous toutes ses formes...
nombre de ces valeurs et acquis que nous défendions hier sont aujourd'hui en difficulté ou même en danger.
C'est tout le socle des conquêtes sociales de la Résistance qui est aujourd'hui remis en cause.
Mais si, aujourd’hui comme alors,
une minorité active se dresse, cela suffira, nous aurons le levain pour que la pâte lève.


mardi 23 février 2016

Le talon de fer du Medef



« A quoi reconnaît-on les cons ? Au fait qu’ils osent tout, »  comme Michel Audiard le faisait dire à Bertrand Blier, dans un dialogue culte des « Tontons flingueurs ». A quoi reconnaît-on les nouveaux tontons flingueurs sociaux-libéraux qui dirigent la France ? A ce qu’ils osent tout. Et largement plus que leurs prédécesseurs sarkozystes, qui se contentaient d’en rêver en se rasant.

A quoi reconnaît-on les nouveaux tontons flingueurs sociaux-libéraux qui dirigent la France ? A ce qu’ils osent tout. Et largement plus que leurs prédécesseurs sarkozystes, qui se contentaient d’en rêver en se rasant.
Après avoir gaspillé 40 milliards dans le CICE et le pacte de responsabilité, sans contrepartie, nos socialistes de marché font encore plus fort dans la transgression des tabous, avec la loi El Khomri-Macron. Toujours plus loin dans cette fuite en avant, qui prend la forme d’une sidérante régression vers les années d’avant les conquêtes sociales du Front populaire. Toujours plus loin dans la rupture avec le droit minimum des salariés : fin des 35 heures, droit au licenciement libéralisé, droits syndicaux et des prud’hommes démantelés, renforcement de l’ubérisation de la société.
« … Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. (…) Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…
A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception.
Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »
Denis Kessler , n°2 du MEDEF,
Directeur général d’Axa, banquier, président de la fédération française des sociétés d’assurances

La philosophie de ce texte est simple : faire travailler plus ceux qui ont déjà un travail, au détriment de ceux qui n’en ont pas et développer, comme en Angleterre ou aux Etats-Unis, les jobs sans qualifications, corvéables à merci. L’ennemi n’est plus « la finance » mais, le travailleur, les syndicats, les 35 heures et le Code du travail. Même la CFDT qui, jusques là, avait avalé sans broncher nombre de couleuvres indigestes, est vent debout. A l’instar de la CGT, de l’UNSA et de la CFTC. Cette contre-réforme, écrite  sous le contrôle de Pierre Gattaz, permet aux entreprises d’en finir avec les protections les plus élémentaires et renforce la précarisation des salariés.
Ce qui se profile n’est rien moins qu’un changement de société où l’Etat laisse tout le pouvoir aux entreprises tandis qu’il se concentre sur ses seules fonctions régaliennes : le maintien de l’ordre, la sécurité et le contrôle social ; Une société du soupçon et de la contrainte, où les pauvres n’ont qu’un droit, celui de se taire. On en revient aux débuts de la révolution industrielle, mais dans le cadre du nouvel ordre numérique.
Cette véritable bombe contre le monde du travail ne favorisera pas la lutte contre le chômage, qui dépend d’autres facteurs. Ceux qui viendront au pouvoir après ce tsunami social, n’auront plus qu’à amplifier cette arme de destruction sociale. Les socialistes auront déjà fait le sale boulot. 
Comme toujours, cette contre-réforme, ce retour dans le passé, s’accomplit au nom de la « modernisation » de notre modèle social. La mondialisation a créé une économie dérégulée et une société globalisée ? Ceux qui veulent des avancées sociales doivent s’adapter ! Etre « moderne » ne serait-ce pas plutôt débattre d’un revenu de base universelle, qui garantisse le droit à un revenu contre le chômage de masse structurel, que générera forcément le développement des nouvelles technologies numériques ? Pourquoi ne pas mettre en place un salaire maximum et le refus, une fois pour toutes, des retraites chapeau ? Pourquoi ne pas refuser les délocalisations sauvages et favoriser la relocalisation de l’économie, avec créations d’emplois durables et écologiquement responsables ? Un nouveau pacte productif, à la fois écologique et social, en faveur de l’environnement, du droit au logement, de l’éducation, des hôpitaux, de la culture, permettrait d’orienter des centaines de milliers de chômeurs vers des emplois de qualité. Les 40 milliards du pacte de responsabilité devraient être redéployés vers cet objectif. Mais pour y parvenir, il faut changer aussi les règles néolibérales européennes en vigueur, en mettant en œuvre un vrai plan d’investissement, centré sur la transition écologique.
Toutes ces propositions sont étrangères à la culture politique du gouvernement Valls-Macron-Hollande. Au contraire, ce trio veut pousser jusqu’à son terme son orientation idéologique de destruction des droits collectifs, en donnant toute liberté aux entrepreneurs de faire ce qu’ils veulent.
Jusqu’où iront-ils dans cette folle et hallucinante course vers la rupture avec leur électorat ? Ces gens n’ont plus de limites. Non content de se mettre à dos la gauche morale et sociétale, ils affrontent bille en tête la gauche sociale et, du coup, les réconcilient toutes les deux. Contre eux. Le néo-conservatisme libéral et autoritaire est en marche, entrainant les derniers légitimistes dans le mur d’une défaite et d’un nouveau 21 avril programmé.
Mais qu’espèrent-ils donc ces docteurs Folamour qui nous gouvernent ? Que la droite va voler à leur secours ? Mais les électeurs de ce camp-là n’ont que mépris pour eux. Ils attendent leur revanche et s’apprêtent à se déchirer en novembre prochain sur le choix de leur prétendant aux présidentielles. Ils comptent sans doute sur leur marchandage permanent avec le Medef,  sur la trahison de leurs promesses, pour gagner en 2017, mais ils se retrouvent tout seuls au milieu du gué. Les 160 000 signataires, en trois jours, (soit plus de deux fois les signatures pour des primaires de toute la gauche) de la pétition contre le projet de loi El Khomri, montrent l’exaspération du peuple de gauche.

https://www.change.org/p/loi-travail-non-merci-myriamelkhomri-loitravailnonmerci

 Ces « gens-là » n'ont jamais renoncé.
Utilisant désormais les leviers financiers,
Une caste confisque les fruits des efforts de tous,
collectivisant les pertes et privatisant les bénéfices,
Ils ont simplement changé d'échelle. Elle est désormais planétaire.
Et ils se gavent.
Face à cela, la gauche, qui n'a rien appris en plus de cent ans.
Rien.
Ni sur le fond, ni sur les méthodes,
encore moins sur la nécessité de la morale dans l'action.
Danielle Mitterrand
Les vraies primaires ne sont pas là où on le croit, mais dans notre capacité collective de mettre à bas ce projet inégalitaire, comme celui sur la déchéance de nationalité et sur l’Etat d’exception. Si l’on veut éviter le pire à notre pays, il faut gagner ces batailles. Nous y sommes prêts.

Noël Mamère

Le 22/02/2016.