lundi 7 novembre 2016

La Sarkozie vue du code pénal



Le dossier du financement de la Sarkozie par le régime de Kadhafi ne cesse de s’épaissir. Révélé il y a cinq ans par Mediapart, de nouveaux éléments sont mis au jour par la justice. Les rivaux de Nicolas Sarkozy devraient s’en saisir, au nom de cette nouvelle éthique publique qu’ils revendiquent.

Encore, encore et encore, Nicolas Sarkozy et les affaires… L'ex-chef de l'État, qui participe ce 3 novembre au deuxième débat des candidats à la primaire de la droite, ne devait pas être mis en difficulté par ses concurrents. Le thème a été pudiquement évacué et les questions étouffées lors du premier débat. Resurgirait-il que l'ancien président criera « au grand air de la calomnie » et abattra son argument massue : « J'ai bénéficié de cinq non-lieux. » Ce qui est faux, puisqu'il n'a eu que deux non-lieux – les deux aux attendus particulièrement sévères – et qu'il demeure sous le coup de deux mises en examen : l'une pour « corruption, trafic d’influence et violation du secret professionnel » ; l'autre pour « financement illégal de campagne électorale ».
Affaire Paul Bismuth, affaire Bygmalion, financement libyen, mais aussi affaire Karachi (ses proches sont renvoyés devant le tribunal correctionnel), affaire Tapie (son ancienne ministre Christine Lagarde sera jugée en décembre par la Cour de justice de la République), et enfin cette Sarkozie qui embouteille tribunaux et bureaux de magistrats :
La Sarkozie vue du code pénal:
32 personnes mises en cause
Outre les deux mises en examen qui visent l’ancien président de la République, 32 proches de Nicolas Sarkozy sont mis en examen ou condamnés par les juges anticorruption dans une douzaine de dossiers politico-financiers différents.

Nicolas Sarkozy est un homme en bande organisée. Et la bande est grande, de plus en plus grande. Outre les deux mises en examen qui visent actuellement l’ancien président de la République à titre personnel (dans l'affaire Bismuth et pour financement illégal de campagne électorale), 32 de ses proches sont également mis en cause par les juges anticorruption dans une douzaine de dossiers politico-financiers différents, selon le dernier décompte de Mediapart.
Il y a, dans la liste, de tout : d'anciens ministres, des avocats, des policiers, des conseillers, des hommes d’affaires… Au fil des dossiers d’instruction, ballotés entre les concepts juridiques de « corruption », « trafic d’influence », « blanchiment », « favoritisme » ou « escroquerie en bande organisée », jaillit la description d’un système politico-financier d’une ampleur inégalée sous la Ve République.
De deux choses l’une : soit Nicolas Sarkozy et tous ceux qui composent ou ont composé à un moment donné la Sarkozie sont victimes du plus grand complot judiciaire de l’histoire de France ; soit le sarkozysme peut s’entendre dans les mots de Jean Gabin, dans Le Président : « Ce n’est pas un parti, c’est un syndicat d’intérêts. » Celui-ci fut à la tête du pays pendant cinq ans.  
Dans l’affaire Bygmalion, qui porte sur un système de fausses factures ayant permis de masquer l’explosion des comptes de campagne de Nicolas Sakrozy en 2012, on trouve le préfet Guillaume Lambert (directeur de campagne), le député européen Jérôme Lavrilleux (directeur adjoint de la campagne), l’avocat Philippe Blanchetier (trésorier de l’association de financement de la campagne), Philippe Briand (trésorier de la campagne), Éric Césari (ancien directeur général de l’UMP), Fabienne Liadzé (ancienne directrice financière du parti), Pierre Chassat (directeur de la communication du parti).
Dans le volet non ministériel de l’affaire Karachi, qui porte sur un vaste système de commissions occultes sur les ventes d’armes de l’État français, on trouve Thierry Gaubert (ancien conseiller ministériel de Sarkozy à Bercy), Nicolas Bazire (ancien directeur de cabinet de Balladur à Matignon et témoin de mariage de Sarkozy), Ziad Takieddine (marchand d’armes préféré des balladuriens). 
Dans l’affaire des sondages de l’Élysée, qui porte sur des marchés dispendieux sans mise en concurrence, on trouve Patrick Buisson (ancien conseiller à l’Élysée), Emmanuelle Mignon (ancienne directrice de cabinet à l’Élysée), Julien Vaulpré (ancien conseiller “opinion” du président), Pierre Giacometti (sondeur chouchou de Sarkozy), Jean-Marie Goudard (publicitaire, inventeur du slogan sarkozyste “Ensemble, tout devient possible”).
Dans le dossier du Kazakhgate, une affaire de corruption et de trafic d’influence sur fond de vente d’hélicoptères au Kazakhstan supervisée par l’Élysée, on trouve l’ex-sénateur Aymeri de Montesquiou (ancien représentant personnel de Sarkozy) et Jean-François Étienne des Rosaies (ancien conseiller diplomatique du président).
Dans l’affaire Bismuth, qui porte sur des faits de corruption et de trafic d’influence, on trouve Me Thierry Herzog (l’avocat personnel de Nicolas Sarkozy) et le magistrat de la Cour de cassation Gilbert Azibert.
Dans l’affaire de l’arbitrage truqué ayant alloué plus de 400 millions d’euros à Bernard Tapie, on trouve, outre le célèbre homme d’affaires, l’ancienne ministre de l’économie et actuelle présidente du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde, renvoyée depuis pour être jugée devant la Cour de justice de la République.
Dans l’affaire Bettencourt, qui, elle, a été jugée, on trouve les homme d’affaires Stéphane Courbit (proche de Sarkozy) et Patrice de Maistre (ancien membre du Premier cercle de l’UMP).
Dans l’affaire Balkany, qui porte sur un système de dissimulation fiscale et de corruption, on trouve outre les élus de Levallois-Perret Patrick et Isabelle Balkany, l’avocat Me Arnaud Claude, associé historique de Nicolas Sarkozy, soupçonné par les juges d’avoir participé aux montages frauduleux dans les paradis fiscaux.
On peut également citer l’ancien secrétaire général de l’Élysée Claude Guéant, condamné avec le préfet Michel Gaudin dans l’affaire des primes en liquide du ministère de l’intérieur et actuellement mis en examen dans l’affaire Kadhafi. Mais aussi Bernard Squarcini, qui a été condamné dans l’affaire des fadettes d’un journaliste du Monde, le sénateur et industriel Serge Dassault, mis en en examen dans l’affaire de corruption électorale à Corbeil-Essonnes, le préfet Alain Gardère, mis en examen dans une autre affaire de corruption, ou encore Guy Wildenstein, ancien représentant de l’UMP mis en examen et renvoyé pour être jugé dans une gigantesque affaire de fraude fiscale.
Sans parler de l’ancien conseiller diplomatique de l’Élysée Boris Boillon qui, bien que non mis en examen, avait été arrêté avec plus de 350 000 euros en liquide gare du Nord en juillet 2013 – nous ne l’avons pas comptabilisé dans les 32.
En 1995, dans Au bout de la passion, l’équilibre (Albin Michel), un livre d’entretiens avec le journaliste Michel Denisot, Nicolas Sarkozy, alors ministre du budget, faisait part de ses graves préoccupations sur les questions de moralité publique. À l’époque, la chronique de France était déjà rythmée par le bruit des “affaires” (Carrigon, Noir, HLM de Paris…). « Pour la première fois depuis très longtemps dans l’histoire politique française, les affaires sortent », affirmait alors Sarkozy. Il ajoutait : « Jamais un gouvernement n’a laissé agir la justice dans une telle indépendance. Nous sommes en train de purger le système. Il devrait en résulter une plus grande confiance dans nos institutions. » Pas si sûr.

Au fil de ces enquêtes et procédures judiciaires, c'est bien un système qui apparaît au grand jour. Un système mêlant intermédiaires, hommes d'affaires, magistrats, responsables politiques, anciens ministres, policiers : tout un monde construit en trois décennies de vie politique par Nicolas Sarkozy pour le protéger, l'accompagner, relayer ses désirs et ses choix.
Au cœur de ce maelström judiciaire, l'affaire des financements libyens est la plus ample et la plus menaçante pour l'ancien président. Les témoignages – nombreux, près d'une vingtaine – et les documents – certains, décisifs, sont authentifiés par la justice – font état d'un financement massif par une puissance étrangère, en l'occurrence la dictature libyenne, de la campagne présidentielle de celui qui était le candidat de la droite en 2007. Et c'est dans le contexte de ce financement que se sont développés des liens d'affaires comme des relations politiques inédites et scandaleuses (la visite de Kadhafi à Paris dès le mois de décembre 2007).
Quatre ans plus tard, la guerre en Libye, déclenchée par la présidence française, avec le soutien du Royaume-Uni et l'appui des États-Unis, devait effacer ce paysage, le dictateur étant lui-même éliminé. Ce n'est pas le parlement français mais le parlement britannique qui, dans un récent rapport, met en cause les raisons officielles avancées par Sarkozy pour déclencher cette guerre. Ce rapport n'est pas seulement l’histoire d'un grand fiasco militaire en Libye, qui allait ensuite déstabiliser tout le Sahel et favoriser l'émergence de groupes djihadistes. Il ne peut être lu sans prendre en compte les soupçons de corruption du clan sarkozyste par le régime Kadhafi.                                             La guerre de Libye aurait-elle été une « guerre privée » engagée pour effacer toute trace du forfait ? Un des cinq facteurs déclencheurs de cette guerre, pointent les députés anglais, « représentait l’intérêt politique personnel du président Sarkozy ».
On peut sans cesse brandir la présomption d'innocence, dénoncer les complots judiciaires et l'acharnement de magistrats « petits pois » : c'est le choix de Nicolas Sarkozy pour échapper à toute explication devant l'opinion, tandis qu'il mobilise des bataillons d'avocats pour utiliser toutes les ressources de la procédure judiciaire et gagner du temps. C'est aussi une des raisons de son retour en politique tant une réélection à l'Élysée le mettrait à l'abri de toute entreprise judiciaire – immunité présidentielle oblige.
Mais cette stratégie d'un homme doit-elle être celle de tout un courant politique qui aspire à retourner aux affaires et à gouverner ? C'est aujourd'hui le problème de la droite, de ses candidats à la primaire et de tous ses responsables. À ceux qui doutent et dénoncent en mode automatique une insupportable « atteinte à la présomption d'innocence », un autre précédent est là, accablant, qui devrait suffire à disqualifier l'ex-chef de l'État. C'est la campagne de 2012 cette fois, et le scandale Bygmalion : Nicolas Sarkozy a alors dépensé plus du double du plafond légal autorisé, brûlant plus de 42 millions d'euros dans cette campagne présidentielle, par la mise en place d'un système quasi industriel de fausse facturation.
C'est donc le problème de la droite : peut-elle rester crédible en acceptant comme concurrent à la primaire l'ancien chef de l'État et en refusant d'examiner publiquement cette avalanche de casseroles qui la menace désormais tout entière. Bruno Le Maire en appelle à une nouvelle éthique, en estimant qu'un responsable mis en examen ne peut être candidat à la présidentielle. Jean-François Copé, Alain Juppé, François Fillon disent avec des mots différents peu ou prou la même chose : que l'ampleur de la crise de représentation politique exige nouvelles pratiques, transparence publique et pédagogie citoyenne.
Ce ne sont à ce stade que des mots creux. Le premier des « devoirs d'inventaire » que prétendent avoir menés ces candidats pour justifier leur présence à la primaire aurait dû être celui-là : l'intégrité et la morale publique. Pourquoi ne l'ont-ils pas fait, alors que leurs désaccords voire leur haine à l'encontre de l'ex-chef de l'État sont sans précédent ? C'est aussi à cette question qu'ils devraient publiquement répondre. Ce qu'ils se gardent de faire.
Car l'ampleur inédite du scandale libyen, comme de la guerre qui s'en est suivie, laisse d'innombrables questions sans réponse. François Fillon, premier ministre, a-t-il pu tout ignorer, à tout moment, systématiquement, des relations d'affaires, financières et politiques construites par le clan de l'Élysée ? C'est ce qu'il a jusqu'alors affirmé. Mais ce que Mediapart, par des moyens d'enquête journalistique forcément limités, a pu révéler dès 2011, les services de l'État l'ignoraient-ils absolument ?
La prudence de François Fillon sur cette affaire fait écho à celle, plus grande encore, d'Alain Juppé. Car c'est Alain Juppé, ministre de la défense jusqu'en février 2011, puis ministre des affaires étrangères, qui va organiser l'opération diplomatique qui va conduire à la guerre entre mars 2011 et octobre de la même année. À peine arrivé au Quai d'Orsay, Juppé mène le ballet diplomatique aux Nations unies, fait adopter par le conseil de sécurité de l'ONU les deux résolutions, peaufine l'habillage diplomatique d'une opération militaire qui aboutira au renversement du régime libyen et à l'élimination de ses responsables, ce qui déclenche la fureur des Russes estimant que les mandats donnés ont été outrageusement dépassés.
Jean-François Copé ? Tout à son entreprise de règlements de comptes avec Nicolas Sarkozy, lui aussi marche sur des œufs quand il s'agit de la Libye. Ses liens avec l'intermédiaire et marchand d'armes Ziad Takieddine, un homme clé des relations avec la dictature libyenne, l'empêchent-ils de s'exprimer ?
Le poison libyen est ainsi sur le point de contaminer une large partie de la droite française, ses principaux candidats en tout cas. En décidant de participer à cet exercice démocratique inédit pour la droite française qu'est la primaire, les voici collés à leur ancien chef de bande, au risque d'être engloutis avec lui ou de ne faire de cette primaire qu'un mauvais exercice de communication. L'affaire libyenne et ses prolongements vertigineux viennent sonner comme un rappel à la réalité : sans rupture claire, sans décision et propos fermes, les déclarations des concurrents de Nicolas Sarkozy sur la morale publique et l'intégrité des élus ne seront que des incantations.

samedi 15 octobre 2016

Quand Sarkozy recevait Assad..Kadhafi & Poutine ...

Des dizaines, des centaines d’hommes et de femmes meurent, donc, et pendant ce temps-là, la classe politique française se regarde le nombril avec des yeux de myope. La gauche préfère débattre à n’en plus finir des supposées trahisons de François Hollande, quand la droite, elle, s’empaille pour savoir si nos ancêtres peuvent être ou non qualifiés de gaulois
Désolant spectacle que ce petit monde tristement replié sur lui-même au point de ne plus avoir d’avis sur le monde qui l’entoure et les menaces qui en découlent.
Cela se passe à 4.000 kilomètres d’ici. Un déluge quotidien de bombes s’abat sur Alep, écrasant hommes, femmes et enfants, en d’autres mots, la fameuse population civile, comme on le dit quand on veut noyer sous un épais langage diplomatique des victimes faites de chair et de sang.
Ça se passe à 4.000 kilomètres donc, et nous regardons Alep s’effondrer, impuissants. Les admonestations et les mises en garde s’empilent sur le bureau du Conseil de Sécurité comme autant de lettres mortes. Il en faut plus, et tout le monde le sait, pour émouvoir d’aussi sinistres personnages que Bachar al-Assad et Vladimir Poutine.
Tout le monde sait aussi qu’il aurait pu en être autrement si, dès le mois d’août 2013, les Occidentaux avaient fait bloc, si Washington n’avait pas lâché Paris à l’époque, si dans la foulée des "printemps arabes", les Syriens étaient parvenus à mettre un terme aux quarante ans de régime de la famille Assad, si le souvenir de Guernica, de Dantzig, de Grozny ou de Benghazi avait suffi à émouvoir l’opinion publique internationale… Las ! On ne fait pas de géopolitique avec des "si", mais avec des "quand".
Pour le coup, il serait injuste de blâmer outre mesure la position de la France qui proposa jusqu’au bout d’intervenir tant que la perspective de représailles occidentales était encore crédible, bref, tant qu’il en était encore temps. Elle se heurte aujourd’hui à la fermeté de Moscou entré avec fracas et fureur dans cette danse macabre depuis un an.
Haut du formulaire

Avec une froideur assumée, le maître du Kremlin juge depuis le début que l’anéantissement de Daech passe après le maintien du régime de Damas et la défense de ses propres intérêts dans la région, torpillant au passage tout espoir d’accord diplomatique pour résoudre la crise syrienne avec l’opposition.
Non, l’interrogation première porte sur le rôle des Etats-Unis désormais obnubilés par leur campagne présidentielle. Après avoir renoncé pour des raisons de politique intérieure à une nouvelle intervention au Proche-Orient, l’administration américaine paie aujourd’hui très cher son aveu de faiblesse et paraît incapable d’imposer quoi que ce soit, et même de peser sur une solution. En matière de relations internationales, il ne suffit pas de crier au loup, encore faut-il savoir mordre. 
Quand Sarkozy recevait Assad
Des dizaines, des centaines d’hommes et de femmes meurent, donc, et pendant ce temps-là, la classe politique française se regarde le nombril avec des yeux de myope. La gauche préfère débattre à n’en plus finir des supposées trahisons de François Hollande, quand la droite, elle, s’empaille pour savoir si nos ancêtres peuvent être ou non qualifiés de gaulois
Désolant spectacle que ce petit monde tristement replié sur lui-même au point de ne plus avoir d’avis sur le monde qui l’entoure et les menaces qui en découlent.
Qui ose demander aujourd’hui à Nicolas Sarkozy pourquoi et comment il a cru pouvoir renouer le lien avec Bachar al-Assad en l’invitant en grande pompe à Paris lorsqu’il était président ?
 Qui ose intimer à François Fillon ou Marine Le Pen d’expliquer d’où leur vient leur indulgence pourVladimir Poutine ?
Qui interroge aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon sur le fait qu’il pronostiquait il y a six mois seulement que l’intervention russe allait selon ses propres mots "régler le problème en Syrie" ? Personne.


jeudi 13 octobre 2016

Moi, président de la République, ...

Nous avons bien des préjugés à vaincre,
 Avant de concevoir seulement que la source de toutes les mauvaises lois, que l’écueil de l’ordre public,
C’est l’intérêt personnel, c’est l’ambition et
la cupidité de ceux qui gouvernent.”... 
Robespierre
Lors du congrès de l’Union syndicale des magistrats (USM), le président affirmait en public que « ce sont d’abord les magistrats qui font la justice », le même entonne un tout autre refrain dans le huis clos de son bureau, devant les journalistes du Monde. Il parle de la justice comme d’« une institution de lâcheté ». Visant surtout ses gradés, il ajoute : « C’est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux… On n’aime pas le politique. La justice n’aime pas le politique… »

Le premier président Bertrand Louvel a déclaré lors d’une audience solennelle que ces commentaires posaient "un problème institutionnel" et reproché à François Hollande de "diffuser parmi les Français une vision dégradante de leur justice" .Le procureur général Jean-Claude Marin a ajouté qu’un entretien mercredi soir entre M. Hollande et les deux hommes "n’avait pas atténué le sentiment que la magistrature (avait) ressenti face à une nouvelle humiliation."                                               
Le garde des sceaux, M. Urvoas a ajouté que le chef de l’État n’avait pas eu "un jugement porté publiquement à l’occasion d’une émission télévisée sur tel ou tel magistrat", allusion à l’ex-président de la République Nicolas Sarkozy, dont les relations avec les juges ont été souvent houleuses. Auparavant, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, s'en prenait régulièrement aux magistrats - en particulier aux juges d'instruction

François Hollande se montre en totale déconnexion avec les enjeux fondamentaux, évaluant les “affaires” exclusivement sous l’angle de leur impact électoral.
Un peu comme si la lutte contre la corruption n’était pas porteuse de revendications citoyennes, qui dépassent la simple impression de tir aux pigeons que le spectacle des “affaires” peut parfois offrir : redonner confiance aux citoyens dans le fait démocratique, récupérer les masses considérables d’argent qui échappent à la richesse des nations, moraliser durablement la vie publique…  
Un peu comme s’il n’y avait aucune leçon à tirer, en dehors de quelques calculs de boutiquier, du fait que le portrait de la France de 2016 soit – outre le chômage, la menace terroriste et la furia identitaire – celui d’un pays miné par la corruption.
Les faits, pourtant, sont là, sous nos yeux : un ancien président de la République (Nicolas Sarkozy) deux fois mis en examen, comme une trentaine de ses proches (ministres, avocats, conseillers, policiers…), un ancien premier ministre candidat (Alain Juppé) condamné, un parti d’extrême droite (le Front national) renvoyé devant un tribunal correctionnel pour « complicité d’escroqueries », un ancien ministre du budget (Jérôme Cahuzac) fraudeur fiscal, une ancienne ministre de l’économie aujourd’hui directrice du Fonds monétaire international (Christine Lagarde) bientôt jugée, le patron du parti majoritaire (Jean-Christophe Cambadélis) deux fois condamné par la justice financière – liste non exhaustive.
Les exemples du mépris (au mieux du dédain) présidentiel pour les “affaires”, et de ce qu’elles disent de l’état du pays, sont légion dans l’ouvrage. Les deux reporters du Monde l’écrivent eux-mêmes : « Il nous l’a suffisamment répété, il ne compte pas sur les “affaires”, dont il juge qu’elles ont un faible impact sur l’électorat, et dans tous les cas ne profitent pas aux partis traditionnels, bien au contraire. » François Hollande : « Je crains que ce ne soit regardé comme une des illustrations de la décomposition du système démocratique. » Capable d’un grand cynisme, le président n’exclut pas, cela étant, de se servir desdites “affaires” en temps utile, « dans une campagne »
Un exemple est particulièrement instructif sur la vision présidentielle. Quand éclatent en 2014, à quelques jours d’intervalle, l’affaire Buisson, du nom de l’ancien conseiller de Sarkozy pris dans les filets de la justice, et l’affaire “Bismuth”, du faux nom dont s’était affublé le même Sarkozy pour comploter contre des juges trop fouineurs, François Hollande se plaint : « On avait l’inversion de la courbe du chômage, le pacte de responsabilité, nos initiatives sur l’Ukraine… On n’a pas pu expliquer tout ce qu’on avait fait. Franchement, ces affaires-là, elles ne nous servent pas […]. Ça n’a aucun intérêt pour nous. » « Intérêt », « servir » il ne sort guère du registre utilitariste.
De l’affaire Bygmalion, il ne sait d’ailleurs que penser, ou disons qu’il se tâte. Au départ, la responsabilité du candidat Sarkozy dans l’explosion du plafond de dépenses lui semble indiscutable : « Moi je n’ai pas signé les chèques, donc je ne peux pas dire que Sarkozy les a signés. Mais à un moment, on sait, assène-t-il en 2014. Parce qu’il y a quelqu’un qui vous dit : “Là, on ne peut pas, on va être repérés”. » Puis voilà qu’en février 2016, il épouse la ligne de défense sarkozyste : « Je pensais que sur cette affaire le Conseil constitutionnel avait tout dit […]. J’ai trouvé que la mise en examen [de Sarkozy] était peut-être automatique dès lors qu’il avait signé les comptes mais n’indiquait rien sur sa connaissance ou pas de l’affaire Bygmalion. » À force de vouloir démontrer son refus de toute instrumentalisation des affaires, il s’approche de l’absolution.
C’est que la médiatisation grandissante du dossier Bygmalion l’inquiète pour lui-même : « Ce n’est pas bon pour la politique […]. Une bonne partie de l’opinion publique doit se dire […] : “Est-ce que les autres n’ont pas fait pareil ? [Sarkozy] se fait pincer, il s’est fait rattraper. Et Hollande ?” » Le travail des juges a cet inconvénient, en effet, qu’il réveille la vigilance des citoyens et les questions légitimes – sans susciter de réponses législatives pour autant, puisque le PS n’a presque rien entrepris pour renforcer les contrôles sur le financement de la vie politique.
Les “affaires” permettent en tout cas au président de la République de se tendre un miroir pour y admirer son reflet et constater qu’il n’est pas Sarkozy. « Moi, président de la République, je n’ai jamais été mis en examen… Je n’ai jamais espionné un juge, je n’ai jamais rien demandé à un juge, je n’ai jamais été financé par la Libye… », se rassure le chef de l’État, reprenant la fameuse anaphore du débat d’entre-deux-tours de 2012.
En matière de moralisation, François Hollande n’a certes pas tout fait (il a renoncé à supprimer la Cour de justice de la République réservée aux ministres, refusé de faire sauter le “verrou de Bercy” dans la lutte contre la fraude fiscale, etc.), mais il a bien plus agi que ses deux prédécesseurs, en interdisant toute instruction du ministère de la justice dans une affaire individuelle, en créant le Parquet national financier (PNF) et la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) en 2013, puis l’Agence française anticorruption cette année.

Tout est fait, pour que, en France, pays des Droits de l’Homme dont les dirigeants donnent des leçons de démocratie à la planète entière, il ne puisse jamais y avoir un référendum à la demande du peuple, pour proposer une loi ou abroger un texte.

lundi 10 octobre 2016

Une seule stratégie de campagne s'impose : mentir et tricher.  




Une seule stratégie de campagne s'impose : mentir et tricher.        Pour Najat Vallaud-Belkacem, "le vrai modèle de Nicolas Sarkozy n'est pas Angela Merkel, mais un mélange de Silvio Berlusconi, de trump  et de Vladimir Poutine, avec le vide idéologique et la brutalité des méthodes ".

Dans la bouche de Donald et Nicolas, les journalistes forcément "de gauche" sont des représentants de cette élite qui a perdu le contact avec la réalité et se moquent des intérêts du peuple… On peut bien leur mentir. Ils ne sont pas légitimes ce ne sont que des nains malfaisants. Trump les insulte. Sarkozy dézingue en direct ceux qui lui cherchent des poux au sujet de sa mise en examen dans l’affaire Bygmalion, ses revirements politiques ou sa responsabilité de chef d’état dans le naufrage de la Libye

Pas un jour sans que l’une de ses saillies passées ou présentes ne défraie la chronique. Nicolas Sarkozy peut cracher sur ses anciens collaborateurs et ses adversaires à longueur de off :

le Président Hollande
De près, immonde. Ses cheveux sont mal teints, il a l’air d’un ministre chinois. La graisse dégouline sous sa chemise, et, en dessous, il a des petites jambes d’enfant…"
 Fillon, 'notaire de province', au regard torve,
Juppé ? Un vieillard dont il n’a pas peur,
Gérard Larcher "trop laid"
pour intégrer le gouvernement,
Borloo, tellement nerveux qu’il se 'bouffe les crottes de nez'

"Mme Najat Vallaud Belkacem aurait mieux fait de se taire, elle nous fait honte"*

"Est-ce que c'est possible d'avoir des manuels scolaires où l'on n'enseigne pas la théorie du genre sans être dépeint comme un passéiste ?",

a demandé Nicolas Sarkozy, lors d'un meeting dans le cadre des primaires de la droite et du centre en vue de la présidentielle de 2017. 


* La théorie du genre a fait son grand retour après que le Pape, alerté par un parent français, s’est alarmé de l’enseignement, supposé, de la ‘’théorie du genre’’ dans les manuels scolaires.

Dans la foulée, Najat Vallaud-Belkacem a dit regretter ‘’une parole légère et infondée’’ du souverain pontife ‘’victime de la campagne de désinformation massive des intégristes’’.

Pour Najat Vallaud-Belkacem, en réponse au candidat Sarkozy, Honte ? c’est le monde à l’envers

 ‘’Ce qui fait honte à la France M Sarkozy, c’est l’image que vous avez donné de la France

pendant un quinquennat jalonné par d’innombrables affaires de corruption et de népotisme,

par la complaisance et la soumission envers des dictateurs criminels

comme Kadhafi ou Bachar al-Assad’

‘’Ce qui fait honte à notre pays, ce sont vos insultes à l’égard de nos concitoyens,

ce sont vos discours de Dakar et de Grenoble,

éructés par des conseillers d’extrême-droite enrichis par les sondages illégaux 

 sans oublier les tricheries d’argent, de plus de 20 millions d’euros aux élections, 

comme si la démocratie pouvait s’acheter’’.


Des deux côtés de l’Atlantique, la rhétorique populiste est censée complaire à une "majorité silencieuse" blanche au comble de l’angoisse identitaire. Il s’agit de nommer les problèmes tout en se proposant comme la solution. L’auteur de "Tout pour la France" et le bâtisseur américain qui promet de "rendre sa grandeur à l’Amérique" sont de la race des sauveurs.

"A chaque fois que Nicolas Sarkozy prend la parole, il abaisse le niveau du débat dans ce pays",

Christiane Taubira

Reste que populisme à la Sarkozy n’est pas tout à fait abouti. L’ancien président de la République française se distingue encore de Trump - et de Marine Le Pen - sur un point crucial : il cale devant les arguments souverainistes en matière économique. Pas question pour lui de fustiger la mondialisation comme le candidat républicain ou l’Europe libérale comme la patronne du Front national

"Je veux une politique économique centrée sur les entreprises", dit-il en promettant 300.000 suppressions de postes de fonctionnaires et des baisses d’impôts pour les classes moyennes. La belle affaire ! Trump, lui, y va carrément. "Des voitures américaines rouleront sur nos routes. Des avions américains voleront dans les cieux, des bateaux américains écumeront les mers. De l’acier américain supportera de nouveaux gratte-ciels, des mains américaines reconstruiront le pays et de l’énergie américaine puisée à des sources américaines alimenteront la nation." ...Encore un effort M. Sarkozy 

jeudi 29 septembre 2016

Ainsi va la Gaule !


Les étrangers ne sont pas comme nous. Et leurs mœurs nous horrifient. Au Brésil, Dilma Rousseff, présidente soupçonnée d’avoir participé au système de corruption Petrobras, a été destituée.

 Une folie amazonienne !

Aux Etats-Unis, la candidate à la Maison-Blanche Hillary Clinton a dû comparaître pendant 12 heures devant une commission parlementaire pour avoir utilisé sa boîte mail personnelle à des fins professionnelles

Une lubie yankee ! 

En Suède, une ministre sociale-démocrate a démissionné après avoir été prise en flagrant délit de conduite en état d'ivresse.

Une dérive calviniste !

 En Roumanie, l'ex-Premier ministre Victor Ponta, poursuivi dans un dossier de financement de la campagne électorale qui l'avait mené au pouvoir en 2012, a été placé sous contrôle judiciaire en attendant son jugement.

Un folklore roumain !

En Gaule, rien de tel.

Nos dirigeants n’ont aucun souci à se faire. A défaut de leur couper la tête, nous leur pardonnons toujours, quels que soient leurs égarements. Bien qu’il ait fait exploser le plafond de dépenses de campagne en 2012, bien que les soupçons s’accumulent quant à un éventuel financement libyen de sa campagne de 2007, bien qu’il soit mis en examen dans l'affaire dite des "écoutes" pour avoir cherché à corrompre un magistrat de la Cour de cassation avec la complicité de son avocat, bien qu’il soit mis en examen dans l’affaire Bygmalion et que son renvoi devant le tribunal correctionnel soit requis par le parquet, l’ancien président reste en lice. Il crie au complot, excipe de sa probité et prétend encore devenir notre nouveau président.

Fort heureusement, pour lui, Nicolas Sarkozy n’est ni brésilien, ni américain, ni suédois, ni même roumain. Chez nous, un responsable de cette trempe, on le chérit, on l’applaudit, on l’élit.

Plus personne ne devrait gober le mensonge

Pas un jour sans que l’une de ses saillies passées ou présentes ne défraie la chronique. Nicolas Sarkozy peut cracher sur ses anciens collaborateurs et ses adversaires à longueur de off, fulminer contre les journalistes "guévaristes" qui s’autorisent à lui poser des questions et changer d’avis comme de chemise sur des sujets mineurs comme le droit du sol, le réchauffement climatique ou l’appartenance de la France à l’Union européenne, rien n’y fait. Il court toujours.
"La politique est l'art de se servir des hommes
en leur faisant croire qu'on les sert."
Voltaire
 
Comme d’habitude, il n’a pas répondu. Comme d’habitude, il a préféré fuir ses responsabilités. Comme d’habitude, il a laissé ses sbires tempêter contre la supposée partialité du service public et dénoncer ce qu’ils considèrent comme une enquête à charge.
Mis en cause de façon simple et terriblement efficace par tout un lot de témoins, d’acteurs ou de fournisseurs de sa dernière campagne présidentielle. Tous ont démontré, factures et documents à l’appui et devant les caméras, le sidérant dérapage de ses comptes officiels, l’ancien chef de l’Etat continue de nier l’évidence, comme un enfant qui s’enferre dans le mensonge. Au lieu de cela, Nicolas Sarkozy continue de faire le malin sur les estrades et dans les colonnes des journaux. Il parle, ferraille et fanfaronne.
Pas un jour sans que l’une de ses saillies passées ou présentes ne défraie la chronique. Nicolas Sarkozy peut cracher sur ses anciens collaborateurs et ses adversaires à longueur de off, après avoir été reçu par Hollande à l’Elysée dans l’après-midi :
 "Alors, comment l’avez-vous trouvé ?
– De près, immonde, a-t-il répondu. Ses cheveux sont mal teints, il a l’air d’un ministre chinois. La graisse dégouline sous sa chemise, et, en dessous, il a des petites jambes d’enfant…"




Les médias français ont encore beaucoup à apprendre de la presse anglo-saxonne. Il faudrait l’acculer, ne plus l’inviter, refuser de lui tendre le micro tant qu’il n’aura pas répondu sur le fond. Insister, poser et reposer inlassablement les mêmes questions.. Qu’il vienne plutôt expliquer aux Français comment ses comptes ont défoncé le plafond de dépenses légal. Bref, qu’il assume, tout simplement.
La vérité, c’est que l’ancien président de la République n’ambitionne plus de sauver la France, mais de se sauver lui-même. Son retour n’est qu’une fuite en avant pour éviter de rendre des comptes. Jusqu’à quand ?

                                   Un bras de fer entre Nicolas Sarkozy et France Télévisions

Pour l'ancien président de la République, le timing, dans lequel intervient la diffusion du reportage, est mauvais. Selon Le Canard enchaîné, son entourage l'aurait bien fait comprendre à Michel Field, directeur de l'information de France Télévisions. L'équipe d'Élise Lucet aurait ensuite reçu "un message d'en haut : plus question de diffuser le sujet Bygmalion avant la fin de la primaire de la droite". Alors que Michel Field n'avait pourtant rien trouvé à redire à l'enquête en amont. Objet du bras de fer à l'époque : la présence de Nicolas Sarkozy dans L'Émission politique le 15 septembre dernier.

Remontée, Élise Lucet n'entend pas en rester là, "hurle à la censure, accuse Field (déjà soupçonné d'avoir cédé aux demandes de 
François Hollande dans Dialogues citoyens, ndlr) d'avoir cédé aux pressions de Nicolas Sarkozy" et se mobilise pour que le reportage soit diffusé lors de la soirée de lancement de la nouvelle formule d'Envoyé Spécial ce 29 septembre. Du côté du camp de Nicolas Sarkozy, on dément toute pression, "tout en s'interrogeant sur l'opportunité des choix de France 2, en pleine campagne des primaires". D'après Le MondeDelphine Ernotte, présidente du groupe France Télévisions, a tranché en personne et décidé de maintenir la programmation du reportage.

La faute à qui ? Aux médias fascinés par son show ? Sans doute. Mais à ce degré d’intoxication, c’est le corps social tout entier qui manque de défense immunitaire. Plus aucun citoyen français honnêtement informé ne devrait gober le mensonge. Plus aucun politicien normalement courageux ne devrait cautionner l’imposture.*

Elu en 2007, battu en 2012, Nicolas Sarkozy n’aurait même pas dû figurer dans la course de 2017. Les dirigeants de l’UMP qui lui ont remis les rênes du parti en 2014, sont les grands fautifs : comment ont-ils pu éponger les mécomptes de sa précédente campagne et s’en remettre à lui, sauf par instinct de soumission clanique ?

"Les affaires finiront par le rattraper et l’empêcher de se présenter", entend-on.

Mais c’est l’inverse qui se produit. Sarkozy, le Berlusconi des Hauts-de-Seine, n’est candidat à la présidentielle que pour se tirer d’affaires. Son fracassant retour en politique ne sert qu’à occulter son destin judiciaire. En avocat qu’il n’a jamais cessé d’être, maître Sarko inverse la charge de la preuve : si les juges lui cherchent des noises, c’est qu’il s’agit de le faire taire et même, en sa personne, de museler le peuple qu’il exprime si bien…

Foin de sondages ! Ce Tartuffe est déjà gagnant à tous les coups. Si Juppé remporte la primaire puis la présidentielle, il devra lui accorder une protection en contrepartie de son soutien. Bingo... Et rebingo ! 

Si Sarkozy réussit son hold-up sur la primaire, il sera lavé de tous les soupçons par l’onction démocratique. Un miracle. Mais si ce revenant magnifié parvenait à se faire réélire président à la faveur d’un malentendu, il redeviendrait intouchable comme le prévoit notre grandiose Constitution et pourrait se venger de tous ceux qui lui ont manqué.

 Ainsi va la Gaule !

Sylvain Courage









*Patrick Buisson n’est pas un exilé de la Sarkozie mais un inspirateur dont les idées n’ont jamais été aussi présentes dans le discours de l’homme qui rêve d’un second mandat. Le « roman national », c’est du Buisson ; les « racines chrétiennes », c’est Buisson ; « les Gaulois », c’est inspiré par Buisson ; l’idée que la droite va du Front national aux électeurs de François Bayrou, c’est Buisson ; « l’identité nationale », c’est Buisson ; « La France des oubliés », c’est Buisson ; « la périphérie plutôt que les banlieues », c’est Buisson ; « le peuple contre les élites », c’est Buisson…

La « bataille des idées » qui précède les conquêtes électorales, c’est encore du Patrick Buisson venu chercher ses sources dans les théories du philosophe communiste Antonio Gramsci…

Or ces idées, et même cette technique électorale qui consiste à « transgresser la pensée unique », atteignent en cet automne 2016 un niveau inouï, au sens étymologique du terme, dans la campagne de Nicolas Sarkozy. Le triomphe de Buisson est absolu au moment même où ses nouveaux ennemis tentent de l’excommunier, et sa descente aux enfers touche à la consécration.

 La contradiction entre la dénonciation du traître et la fidélité à l’inspirateur est si profonde que le Figaro la concède sans complaisance : « La rupture personnelle est peut-être définitive. Le débat politique, lui, est loin d'être clos, comme le prouvent les accents “buissoniens” de cette nouvelle


Christian Jacob, chef de file des députés Les Républicains, illustre ce propos, en le portant à incandescence. Il lâche une formule terrible dont le double sens, inconscient comme un lapsus, pourrait le faire frémir lui-même : « Ce qui vient du caniveau a vocation à finir dans une bouche d’égout. » Il se trouve que le « caniveau » c’était l’Élysée, de 2007 à 2012, et que la bouche d’égout, effectivement, a la gueule grande ouverte.le campagne sarkozyste. ». La députée de l’Essonne Nathalie Kosciusko-Morizet estime que le pays « a besoin de visionnaires, pas de réactionnaires ». Jean-François Copé accuse par ailleurs Nicolas Sarkozy de vouloir échapper à la justice en se présentant à l'élection présidentielle. "Sa mise en examen n'est pas que technique, elle porte sur une vingtaine de millions d'euros, qui en réalité sont un détournement ! C'est une fuite éperdue en avant. [...] Il voudrait que vous l'élisiez pour ne pas aller au tribunal !"

Au fond, le portrait de Nicolas Sarkozy dressé par l’ancien conseiller Buisson dans La Cause du peuple (édité chez Perrin) n’apporte aucune révélation. Rien qu’on ne sache déjà sur ce faux dur, obsédé par son image, dévoré par l’immédiat, oublieux de ses engagements, envahi par la sphère privée, fanfaron, méprisant avec les hommes et les femmes qu’il promeut…

On sait tout sur ce Bismuth immature et mégalomane, ses foucades, son sens de la formule à l'emporte-Kärcher, ses financements, ses entourages mis en examen ou déjà condamnés. Et pourtant les éclaboussures de ce livre seront sans commune mesure avec tout ce qui atteignait jusqu’à présent l’image de l’ancien président. Pourquoi ? Précisément parce que c'est une sorte de document interne et qu'il confirme et « certifie conforme », d’une plume brillante et féroce, ce qui se disait déjà à l'extérieur du bastion assiégé, dans les textes ou les discours des adversaires de toujours de l’ancien président, ou d’une flopée d’anciens alliés ayant rompu les amarres.