jeudi 1 juin 2017

Mélenchon a-t-il perdu toute raison ?

Vivre entouré de courtisans, de cire-pompes et de porte-cotons conduit généralement à une forme de délire mégalomaniaque. Est-ce l'explication des dernières déclarations de Mélenchon, que rapporte le quotidien Le Monde ? Il est devenu l’homme fort de la gauche et il n’est plus seulement hégémonique comme l’était le PS quand il parachutait ses hommes sur des circonscriptions prenables, il houspille ses alliés potentiels, il les rejette, il les excommunie. Il ne les réduit pas à la portion congrue, il veut clairement les « remplacer ». À l’entendre, il deviendra la gauche à lui tout seul. Veut-il, par ses idées,  nous ramener à un nouveau « trotskysme » ou comme l’appelle le psychanalyste Jacques-Alain Miller un « lepénotrotskistes »
On connaissait le sectarisme du bonhomme, et sa haute opinion de lui-même, mais sa paranoïa nous laisse sans voix.


« Les circonstances, les noms, les êtres ont changé, mais la structure, les places, sont les mêmes. Là où c’était Lambert, c’est aujourd’hui Mélenchon. Là où c’était le Parti communiste internationaliste, c’est la France insoumise. Là où c’était les nazis, c’est le FN. On se souvient de la phrase de Marx au début de son merveilleux petit livre, Le Dix-huit Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte : «Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.»
Farce en effet que Mélenchon en tribun et mandataire du peuple, jouant simultanément les notaires scrupuleux ne pouvant déborder sous aucun prétexte du «mandat reçu.» Tour de force de l’art théâtral. Cela mériterait un César.
Farce aussi que cette fille hommasse, fameuse parricide politique, jouant les pasionarias, non pas dans le style magnifique de Dolores Ibarruri, mais en reprenant le rôle de Jefa Espiritual de la Nacion – Cheffe Spirituelle de la Nation – jadis illustré par Eva Peron, elle mince et séduisante danseuse des bordels les plus chauds du Rio de la Plata.
Farce encore que son greluchon rendant hommage d’un ton pénétré aux talents oratoires et aux vertus civiques du rival de sa concubine.
Et farce enfin, farce énorme, farce burlesque, que Mélenchon «vêtu de probité candide et de lin blanc» expliquant la bouche pleine de mots qu’il n’avait pas à se prononcer sur le choix à faire au second tour de l’élection présidentielle. Voter blanc ? S’abstenir ? Voter Macron ? Voter Le Pen ? Non, non, non, il ne pouvait rien dire, rien de rien, il n’avait pas mandat pour cela. Le mandat, la plate-forme ; la plate-forme, le mandat. Il n’y avait pas à sortir de là.
Voilà l’homme qui se moquait naguère des «pudeurs de gazelle» de ses rivaux. Qui est donc cette gazelle aux pudeurs, cette gazelle aux chaleurs ?
Cette gazelle, c’est lui, bien entendu. Nous allons les voir à l’œuvre durant cette campagne. Ce n’est pas une force négligeable. Il s’agit de militants hyperactifs comme les fourmis du mythe, adorant leur chef et d’une loyauté à toute épreuve, ce qui serait tout à leur honneur si seulement ce chef en avait, de l’honneur.

Cognez Marine Le Pen. Cognez aussi son clan. Dites bien qu’il est composé d’admirateurs de Hitler. Ne négligez pas de cogner le lepénotrotskisme qui s’étend tous les jours davantage dans la jeunesse comme une maladie infectieuse.
Conformément à la malédiction destinale qui le voue à répéter indéfiniment la faute de son maître, l’hitlérien Lambert, Mélenchon est obligé de rechercher tous les moyens propres à désarmer la jeunesse. Lui et ceux qui le suivent ne savent plus quoi inventer pour ligoter les jeunes et les détourner de résister et de combattre. «Ils se valent !» disait Lambert, quand Résistants et Alliés étaient aux prises avec les troupes d’occupation. «Ils se valent !» répète Mélenchon en vous pointant du doigt, vous et Marine Le Pen, alors que vous allez vous affronter tous les deux dans un combat à mort (électoral s’entend).
Jacques-Alain Miller




Pour éviter de présenter des excuses (ce qu'il ne fait jamais), et en faisant valoir qu'il avait, à l'époque de la mort de Rémi Fraisse, demandé la démission du ministre de l'intérieur, Jean-Luc Mélenchon a délibérément confondu la responsabilité ministérielle et la responsabilité pénale. 
Que Bernard Cazeneuve, en qualité de ministre de l'intérieur, soit responsable de l'usage, par la police, des armes qui ont causé la mort de Rémi Fraisse, c'est vrai. Et il n'eût pas été absurde, d'ailleurs, qu'en vertu de cette responsabilité-là, le ministre démissionnât. 
Il se trouve que ce n'est pas de cette façon que Bernard Cazeneuve a pris ses responsabilités, mais en interdisant les grenades offensives qui ont tué le jeune homme. Et de cela, on peut discuter... 
Seulement, contrairement à ce qu'il laisse entendre en rappelant qu'il a demandé sa démission à l'époque, ce n'est pas du tout ce que JLM a dit de Cazeneuve il y a quelques jours ! 
Il a dit que Bernard Cazeneuve s'était "occupé d'un assassinat"... Ce qui n'est pas la même chose ! 
Il y a un abîme entre le fait de dire qu'un ministre est responsable de ce qui arrive sous son autorité, et le fait de dire (ce qui est ignoble) que BC "s'est occupé d'un assassinat". 
Ds le 1er cas, la notion de responsabilité n'engage pas l'individu, mais la fonction qu'il incarne. 
Ds le 2nd cas, elle fait peser le soupçon que l'homme Cazeneuve a personnellement (et en cachette) recommandé aux policiers de tuer quelqu'un. 
Le problème n'est pas l'outrance (peut-être involontaire) de JLM. Le problème, c'est qu'avec ce jeu délibéré sur 2 sens du mot "responsabilité", l'outrance recouvre une falsification qui permet à son auteur, une fois de plus, de rester ambigu et de jouer sur les deux tableaux : JLM n'a pas exactement traité Cazeneuve d'assassin, mais bon, il n'a pas dit le contraire non plus...

Raphaël Enthoven

samedi 13 mai 2017

Mélenchon est l'eau, la terre et le vent

On le sait : vivre entouré de courtisans, de cire-pompes et de porte-cotons conduit généralement à une forme de délire mégalomaniaque. Est-ce l'explication des dernières déclarations de Mélenchon, que rapporte le quotidien Le Monde ? On connaissait le sectarisme du bonhomme, et sa haute opinion de lui-même, mais là, on reste sans voix.
Quand on est Mélenchon, on propose sa candidature à distance pour disposer de l’investiture sans instance. Comme à la présidentielle. Il est comme ça notre Mélenchon épris de conscience des gens. C’est le dernier trésor national d’un esprit ancien qu’il feint de contester pour mieux se servir sur la bête d’une Gauche à l’agonie. C’est un vieux monde qui a la modernité de ce que l’on avait oublié. Elu depuis 1983 ! 34 ans qu’il est dans la place. La méthode consiste à réinventer une posture à la dernière mode ‘citoyenne’
Ils ne comprennent rien à la splendeur d’incarner un mouvement d'inspiration citoyenne en imposant sa candidature comme un grand Seigneur politique d'un autre siècle. Lui qui voulait prétendument être le dernier monarque républicain. Quelle blague ! De toute sa hauteur du parisien jacobin centralisateur vertical, il regarde ses provinces lointaines comme autant de gourmandises promises pour inspirer une politique soucieuse du local. L’horizontalité citoyenne n’est plus que la ligne droite de sa silhouette dans le décor bouché du Vieux Port.

On ne doute pas que la consultation en ligne formulerait un plébiscite dans la ferveur l'obligeant à cette faveur. Mais au-delà de cet outil rusé qui permet de ne pas donner de consigne autant que de n’y soumettre aucune stratégie politicienne collective, peut-on interroger également le sort en interne du petit pourcentage de ceux qui oseraient contrarier le privilège du fier Chevalier lointain.
Les images d'une mosaique des gauches unies qu'il faut remplacer par celles de liesse d’une foule en délire implorant sa candidature par acclamation. Mélenchon joue les modestes effarouchés : "Qui n'hésiterait pas? Cela fait beaucoup de fatigue (…) mais je suis convaincu » offrant sa candidature sacrificielle qui relèverai du don de soi...

Normal, le corps de
Mélenchon est l'eau, la terre et le vent de Marseille. Mélenchon est le feu, la lumière et le grand tout-ou-rien de la Gauche. Mélenchon est un absolu. Et sa limite précisément, c'est qu'il est indépassable. Et tout ce qui dépasse dans son estime n’est pas assimilable et ne peut faire alliance sans corrompre la pureté ; non pas d’un collectif émancipateur, mais de son ambition égotique, et paranoïaque*...
*la paranoïa indique un trouble mental manifesté par des difficultés relationnelles, des troubles du comportement et un sentiment de persécution pouvant aller jusqu'à un point d'irrationalité et de délire (délire paranoïaque). La pensée paranoïaque inclut typiquement des croyances de persécution liées à une menace perçue comme provenant des individus : jalousie, délires, etc. 
Tous les symptômes de votre grand "lider Maximo" ...

jeudi 4 mai 2017

"Marine Le Pen a saboté sa propre stratégie de dédiabolisation"

Débat : "Marine Le Pen a saboté sa propre stratégie de dédiabolisation"
Invectives, insinuations et même quelques insultes... Les deux heures et demie de débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, mercredi soir 3 mai, se sont révélées tumultueuses

« Essayer Le Pen, c’est comme essayer Hitler : 

vous avez un ticket aller mais sans ticket retour »


Marine Le Pen a attaqué Emmanuel Macron d'entrée, mercredi soir, et s'est montrée particulièrement offensive tout au long du débat. Une stratégie payante ?
J'ai été frappée, lors de ce débat, par l'incapacité de Marine Le Pen à contrôler sa parole, que ce soit au niveau du ton comme du registre. Jusqu'à présent, Marine Le Pen avait toujours très bien su se taire quand il le fallait, pour éviter les polémiques et ne pas abîmer son image. Elle s'était même imposée une diète médiatique en 2016 pour polir sa candidature...
Mercredi soir, ce qui est très surprenant, c'est qu'elle a fait tout l'inverse de ce qu'elle fait habituellement. En attaquant son rival sans cesse, dans des termes parfois très violents et avec un certain manque de spontanéité, elle est vite tombée dans une forme de surenchère. En restant dans le registre des invectives permanentes, elle n'est jamais parvenue à développer un argumentaire clair, précis. Surtout, focalisée uniquement sur Emmanuel Macron, elle n'a pas parlé de son programme, y compris des mesures qui peuvent à première vue paraître alléchantes pour de nombreux Français comme la baisse des impôts. C'est comme si elle était sur le plateau non pour débattre et convaincre mais uniquement pour attaquer voire diffamer. Or un débat d'entre-deux-tours est avant tout censé permettre aux candidats de se présidentialiser, de prendre de la hauteur et de se crédibiliser pour rassembler le plus largement possible. Elle n'a clairement pas marqué des points sur le terrain de la crédibilité lors de ce débat tant elle s'est montrée confuse. Or c'était bien l'un des principaux enjeux de la soirée. Car il lui fallait gagner des points en la matière pour espérer séduire une partie de l'électorat de droite d'ici dimanche.
Quels sont les mots de la candidate d'extrême droite qui vous ont le plus frappée ?
Plus que les mots, c'est vraiment le registre et le ton adoptés par Marine Le Pen qui ont été très étonnants lors de ce duel. Mais un mot m'a particulièrement marqué, c'est l'expression "Europe à la schlague" qu'elle a lâchée dans les toutes dernières minutes du débat alors qu'Emmanuel Macron parlait. C'est, il me semble, un dérapage à la Jean-Marie Le Pen. Alors que ce débat est censé être un moment un peu solennel, Marine Le Pen a joué ici sur les allusions à la Seconde Guerre mondiale...
Est-ce le signe qu'elle a peu à peu perdu le contrôle dans ce débat ? C'est en tout cas assez révélateur de sa contre-performance. En affichant une agressivité quasi permanente, elle a saboté sa propre stratégie de dédiabolisation. Cela fait maintenant des années qu'elle cherche à modérer son image. Elle a fait campagne sur son nom, en gommant autant que possible l'étiquette FN, et depuis le premier tour, elle fait en sorte de se construire une image de rassembleuse, en faisant alliance avec Nicolas Dupont-Aignan. Alors qu'elle était assez bien parvenue à prendre un peu de hauteur lors des débats précédents, elle s'est montrée incapable, mercredi soir, de s'élever, de se présidentialiser à un moment où c'est pourtant ce que l'on attend des candidats.
Emmanuel Macron est-il parvenu, lui, à se présidentialiser ?
Dans ce débat, le cafouillage a été permanent. Ce fut même parfois assez chaotique. Mais le contraste entre les deux candidats était néanmoins assez saisissant. Emmanuel Macron était celui qui avait le plus à perdre mercredi soir. Parce qu'il est annoncé comme le grand favori du scrutin, mais aussi parce qu'il s'agit d'un candidat avec de possibles fragilités. Il serait trop jeune, trop inexpérimenté, trop naïf, trop laxiste sur le régalien, trop flou... Alors que Marine Le Pen est tombée dans la surenchère et a sur-investi le terrain de l'émotion, lui est parvenu, durant ce duel, à sortir de son registre habituel pour gagner en hauteur et camper le personnage de chef de l'Etat.
On l'a assez peu entendu miser sur les émotions positives comme il le fait habituellement dans ses meetings. Il a cette fois-ci tenu des propos plus structurés, et surtout plus précis que sa rivale. Le danger, pour lui, était d'apparaître comme arrogant. Sur ce point, il s'en assez bien tiré. Pédagogue, il a su pointer les failles de son adversaire en illustrant son argumentaire et ses démonstrations par des exemples concrets. Marine Le Pen était venue pour attaquer, lui pour expliquer.

cile Alduy « l’Obs »

jeudi 27 avril 2017

Et pourtant, je voterai Macron, par Raphaël Glucksmann


En 2012, j’ai voté et appelé à voter pour Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle. Cinq ans plus tard, je n’en ferai pas de même pour le leader de la France insoumise. Je partage évidemment une bonne partie de son programme. Mais, au fil des dernières semaines, mes divergences avec ses prises de position n’ont cessé de s’approfondir.
Le peuple qui vous admire ne connaît pas peut-être ce secret. Il croit que la noblesse est une grandeur réelle, et il considère presque les Grands comme étant d'une autre nature que les autres. Ne leur découvrez pas cette erreur, si vous voulez, mais n'abusez pas de cette élévation avec insolence, et surtout ne vous méconnaissez pas vous-même, en croyant que votre être a quelque chose de plus élevé que celui des autres.
Blaise Pascal

Pourquoi je n'ai pas voté Mélenchon
La première, et de loin la plus importante, concerne le risque d’une victoire de Marine Le Pen.
Jouer les autruches face au péril lepéniste, c'est aussi minimiser les risques du jour d'après. Le Pen, élue présidente, n'aura pas si facilement une majorité ? Certes, encore que les « lepéno-compatibles » pullulent chez les Républicains, mais aussi parmi les souverainistes de droite (genre Dupont-Aignan ou Asselineau), voire de gauche ayant viré leur cuti...
 Mais le malentendu concerne surtout la nature du FN :
 La « dédiabolisation » relève de l'arnaque de sommet, elle n'a en rien changé la nature du FN.
Ma deuxième divergence : son refus obstiné de l’union. Mathématique et politique convergent pourtant indiscutablement : ni Mélenchon, ni Hamon n’ont la moindre chance d’arriver seuls au second tour de la présidentielle. s’ils s’opposent encore sur certaines questions, les programmes de Mélenchon et de Hamon comportent des points communs essentiels.
Ma troisième divergence : le sectarisme de la France insoumise. Celui-ci cible le PS, mais aussi le Parti communiste français.
Ils dénoncent contre toute raison le candidat issu de la primaire de gauche comme un pur « social-traître », qui plus est « solférinien »... Jean Luc, tu oublies que tu a été 
Membre du Parti socialiste (PS) à partir de 1976,  successivement élu conseiller municipal de Massy en 1983, conseiller général de l'Essonne en 1985 et sénateur du même département en 1986. et par ailleurs ministre délégué à l'Enseignement professionnel de 2000 à 2002, auprès du ministre de l'Éducation nationale Jack Lang, dans le gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin.
Pierre Laurent n'est guère mieux traité. Mélenchon l’a placé devant le fait accompli en présentant sa candidature sans jamais consulter ses partenaires de l’ex-Front de gauche.
Curieux contempteur de la Ve République qui, pour lui-même, en exploite à fond les travers ! Et pourtant le secrétaire national du PCF a arraché – de justesse et en s'y prenant à deux fois – le soutien de ses camarades à Mélenchon.
Ma quatrième divergence ne concerne pas telle ou telle dimension du programme insoumis, mais la tendance de Mélenchon à caresser dans le sens du poil l’électorat frontiste. Sur l’immigration, le candidat vient de déclarer : « Le premier devoir est de tarir le flux et nous devons avoir comme mot d'ordre : chacun doit pouvoir vivre dans son pays, et cela est valable en Corrèze comme au Zambèze »
 Aux travailleurs détachés, Mélenchon avait reproché de « voler le pain des Français ».
Ces propos reflètent une évolution globale sur l’immigration depuis le beau discours du Prado, en 2012, au point que le Nouveau parti anticapitaliste dénonce le recours à la « rhétorique de l’extrême droite ».
Ma cinquième et dernière divergence porte sur la Syrie. Les thuriféraires de Jean-Luc Mélenchon se sont livrés à d’impressionnantes acrobaties verbales pour camoufler, sur ce point, les imprudences de leur « leader ». Il n’empêche : il suffit de regarder sur Internet deux émissions de télévision accessibles pour l’entendre affirmer en toutes lettres son soutien à l’intervention russe et même son refus de condamner les bombardements sur Alep ou le gazage par le régime en place des populations civiles.
Reste à dire un mot du « climat » politique entourant cette année le candidat. Dans quelle mesure il en porte la responsabilité, difficile de le dire.
Sur Facebook, en tout cas, ses « trolls » se lâchent : récitant le bréviaire « mélenchoniste », ils agressent quiconque le critique, ne reculant pas devant le mensonge et l’insulte.
Cette candidature pose un certain nombre de problèmes non résolus : comment passer à la VIe République en jouant la personnalisation à outrance et en flirtant dangereusement avec la « démocratie plébiscitaire » ?
Comment croire à la maturation collective d’un projet de société en alimentant la pulsion politiquement ambiguë du « dégagisme » ?
En tout cas, puisque cette candidature d’incarnation du peuple est « au-dessus des partis », il ne saurait être question du moindre arrangement avec les autres formations de gauche, traité avec mépris de « carabistouilles ».
Qui m’aime me suive.
La dynamique actuelle de division risque fort d’offrir au second tour de l’élection présidentielle : Le Pen Au pouvoir !.
Si tous les appels à l’unité sont restés vains, si nous ne pouvons plus rien empêcher, en tout état de cause, après les élections, il restera l’« urgence démocratique » de faire face au néofascisme, fruit d’un désespoir doublement alimenté par le néolibéralisme et l’absence d’une vraie alternative politique. C’est donc dès maintenant, si l’on veut vraiment éviter que le pire n’advienne, qu’il faut penser et expérimenter les formes d’un front commun démocratique.
« les gens qui élisent des politiciens corrompus, des imposteurs, des voleurs et des traîtres ne sont pas des victimes…mais des complices. » 
George Orwel

"La démocratie n'est pas un jouet mais un de nos biens communs les plus précieux."

«La démocratie n'est pas un jouet mais un de nos biens communs les plus précieux. Ne pas choisir entre les deux candidats reste un choix, celui de la mise en péril assumée d'un pays et de ses libertés au nom d'une pureté idéologique irresponsable. » Des «Ecologistes attérés» du mouvement "citoyens.solutions" appellent à faire barrage au Front national, tout en rappelant la nécessité «d'incarner des idéaux et une démarche politique claire et alternative à celle d'En Marche».


Où est passé le tribun ? Le rhéteur infatigable ? Le tchatcheur de la campagne électorale ? 
Il est sans voix, sans mots, comme atteint d'aphasie. "Je ne saurais que dire ni faire à cette heure. Chacun, chacune d'entre vous sait en conscience quel est son devoir, dès lors je m'y range", a-t-il balbutié, tel un sombre héros shakespearien au soir des résultats.
Blessé dans son orgueil, submergé par sa noire colère et happé par ses démons, Jean-Luc Mélenchon a refusé d'indiquer la moindre préférence entre Emmanuel Macron, le centriste europhile et Marine Le Pen, la populiste xénophobe. Pas de consigne de vote. Débrouillez-vous. Le guide des "insoumis" s'est évanoui, abandonnant ses "gens" dans la nuit démocratique. 
Comment un dirigeant politique qui prétend refonder la vie démocratique peut-il se prévaloir de son droit à la vie privée pour refuser de révéler sa préférence dans une élection à laquelle il a concouru ? On a bien sûr connu Mélenchon plus disert en 2002, quand il incitait ouvertement à voter Jacques Chirac pour repousser Jean-Marie Le Pen. En 2007, il soutint Ségolène Royal. Et le même, candidat sorti du giron socialiste, s'est rabattu sur François Hollande entre les deux tours de 2012, au prix - il est vrai - d'une pénible circonlocution.
Point de salut hors son salut. Sus aux ennemis du peuple ! Mélenchon le "Montagnard" ne fait pas le tri dans sa chère Révolution française. La déclaration des droits de l'Homme, l'abolition des privilèges, 1789 furent pourtant bel et bien odieusement recouverts par le nationalisme, le populisme, la Terreur et le totalitarisme de 1793.
Selon l'historien du socialisme Jacques Droz, à Moscou en septembre 1928, Staline décide de donner priorité à la lutte contre la social-démocratie. Les communistes allemands doivent suivre. Ils « considèrent les sociaux-démocrates comme leur principal ennemi, et vont même jusqu’à leur préférer les nazis, dont les excès pensent-ils, provoqueront la guerre civile puis la dictature du prolétariat.
Dans ces conditions, il est évident que la collaboration entre les deux partis de gauche, qui aurait été indispensable pour résister à la terreur nazie, ne peut s’organiser. En novembre 1931, la Rote Fahne, l’organe communiste, ose écrire : « le fascisme de Brüning n’est pas meilleur que celui de Hitler… C’est contre la social-démocratie que nous menons le combat principal. » 
 En décembre 1931, le KPD refuse de participer au Front de fer républicain contre le Front de Hazburg (nationaliste). 
En 1931-1932, le KPD et le parti nazi NSDAP mènent des actions parallèles et parfois concertées afin de renverser la République de Weimar : le référendum contre le gouvernement social-démocrate de Prusse en août 1931, la motion de censure contre le gouvernement social-démocrate de Prusse en mars 1932, la motion provoquant la dissolution du Parlement allemand de juillet 1932, la grève commune des transports de Berlin en novembre 1932. Une partie de la base prolétarienne oscille entre le parti communiste et le parti nazi. Ce non choix amènera les nazis au pouvoir.
En France dans les années 1960 et 1970, la division entre communistes et socialistes et le charisme du général de Gaulle empêchent la tendance socialiste d'accéder au pouvoir. Il faut attendre le départ de de Gaulle et l'accroissement des difficultés socio-économiques du fait de la récession pour que change la donne.
Aujourd’hui, , Jean Luc Mélanchon, dirigeant de la « France Insoumise » appelle à voter blanc, alors que ses alliés communistes, appelent a faire front contre le F. N. en votant pour Emmanuel Macron.  
Sommes nous prêt à être gouverné par un parti fasciste plutôt que voter pour un candidat social démocrate ?
Le plus souvent les fascistes accèdent au pouvoir par les urnes avec un faible score mais à la faveur d'une forte abstention et ne le rendent que dans le sang et les larmes.


Sylvain Courage

jeudi 6 avril 2017

Le lent cheminement vers le fascisme

À en croire les sondages, ce qui demeure aléatoire, plus de 40% des électeurs ne verraient aucun inconvénient à voter pour deux candidats qui refusent de se soumettre à la justice et vomissent, chaque jour, leur haine de la presse, très inquiétant...

A trois semaines du premier tour de l’élection présidentielle, il est une constatation qui s’avère désolante, déprimante et inquiétante. Il est bien évident qu’il faut considérer les sondages avec une grande circonspection, car ils tiennent parfois de la manipulation plus que de l’étude scientifique rigoureuse et fiable. Néanmoins dans l’hypothèse où ces mêmes enquêtes reflèteraient une réalité tangible, les chiffres qui sont jetés en pâture presque quotidiennement ont quelque chose de proprement ahurissant, non pas sur les perspectives de cette élection mais sur l’état d’esprit d’une partie de l’électorat. Ainsi, donc, entre 40% et 42% des électeurs potentiels, soit 18.880.000 sur les 44.834.000 recensés au 1er mars 2016, s’apprêteraient à accorder leurs suffrages aux deux délinquants de cette élection présidentielle.
En d’autres termes deux candidats, qui ont des comptes à rendre devant la justice républicaine et qui, au lieu de s’y soumettre, comme doit le faire tout citoyen, et de se retirer d’une élection qu’ils salissent de leur présence,  se sont lancés dans un frénétique repli qui consiste à dénigrer la justice et, lors de chaque meeting, à faire huer les journalistes, deux faits gravissimes dans une démocratie.
Ces choix et ces comportements relèvent tout simplement du fascisme. Puisque les faits avérés ne peuvent être contestés, l’option qu’ils ont prise est de dénigrer le messager, en l’occurrence le journaliste, et de le menacer et, par la même occasion de nier toute autorité à la justice. Le candidat de la droite et du centre répète à l’envi que ce sont les électeurs qui décideront, en lieu et place des juges dans son esprit. Ce type de langage et d’attitude ne constitue pas une surprise et illustre ce que George Orwell disait du langage politique, “Political language is designed to make lies sound truthful and murder respectable, and to give an appearance of solidity to pure wind. ” ,                 
« le langage politique est conçu pour que les mensonges paraissent vrais et le meurtre respectable, et pour donner une apparence de consistance à ce qui n’est que du simple vent. »
Mais que près de la moitié d’un électorat ne voit aucun problème moral et éthique à voter pour un candidat mis en examen pour détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, complicité et recel de biens sociaux, trafic d’influence, manquement aux obligations déclaratives, escroquerie aggravée, faux et usage de faux et pour une candidate soupçonnée d’avoir détourné des fonds publics nationaux, par le biais de ses micro-partis, et des fonds de l’Union Européenne, sur laquelle elle vomit quotidiennement, par le biais d’emplois fictifs non seulement sidère la presse des autres démocraties européennes, mais aussi interroge tragiquement sur la mentalité et la moralité de ce même électorat. Il convient de considérer une autre phrase de George Orwell  qui fait florès ces derniers temps sur les réseaux sociaux, people that elect corrupt politicians, imposters, thieves and traitors are not victims... but accomplices,
« les gens qui élisent des politiciens corrompus, des imposteurs, des voleurs et des traîtres ne sont pas des victimes…mais des complices. »


Affaire Fillon : et maintenant des menaces de mort

Le mépris et la haine sont sans doute les écueils dont il importe le plus aux princes de se préserver.
        On ne doit jamais laisser se produire un désordre               pour éviter une guerre ;
car on ne l'évite jamais, on la retarde à son désavantage.
   Il y a deux manières de combattre, l'une avec les lois,      l'autre avec la force.
La première est propre aux hommes,  
l'autre nous est commune avec les bêtes.

Machiavel "Le prince"



                          

 Des lettres anonymes ont été adressées à des  collaborateurs de François Hollande.                               François Fillon, pour sa part,                                                  lance de nouvelles accusations sans preuves.   

   Baptiste Legrand "L'Obs" 

Des menaces de mort ont été adressées au secrétaire général adjoint de la présidence, Thomas Cazenave, ainsi qu'au conseiller en communication du chef de l'Etat, Gaspard Gantzer, a indiqué l'Elysée ce mercredi, confirmant des propos rapportés par "Le Parisien". "Des collaborateurs de l'Elysée ont reçu des lettres anonymes de menace de mort" après les accusations de François Fillon sur l'existence supposé d'un "cabinet noir", affirme l'entourage du président.
Ce n'est pas un hasard si l'Elysée a choisi de communiquer sur ces menaces de mort. Il s'agit d'une réponse directe à François Fillon, qui quelques instants plus tôt, sur France Inter, franchissait un nouveau pas dans sa stratégie complotiste. Une manière, pour la présidence de la République, d'appeler à la responsabilité un candidat qui manie accusations sans preuves et sous-entendus.
Car non content de se dire victime d'un supposé complot, le candidat LR à la présidentielle est passé aux menaces :
"Ça fait deux mois et demi qu'on m'empêche de faire ma campagne. Et j'ai toutes les indications qui me permettront le moment venu de poursuivre ceux qui ont fait ça. Parce qu'il ne faut pas croire que je vais lâcher les accusations que j'ai lancées contre ceux qui ont déclenché cette opération", a lancé Fillon sur France Inter.
"J'ai les dates, les jours, les personnes qui ont communiqué les documents, etc. Ça viendra, le moment venu je poursuivrai tous ceux qui sont à l'origine de cette affaire."
Est-ce François Hollande qui a déclenché l'affaire ? "Oui, bien sûr", a répondu Fillon, mis en examen pour détournement de fonds publics dans l'affaire des emplois présumés fictifs de son épouse.
Si Fillon dispose vraiment des "dates", "jours", "personnes", pourquoi ne porte-t-il pas plainte ? Pourquoi ne les communique-t-il pas ?

"C'est faux", a commenté l'Elysée auprès du "Parisien", "s'il avait la moindre preuve ; il l'aurait déjà produite."
Une remarque qui vaut aussi pour le travail de Penelope Fillon, dont on se demande toujours ce qu'elle a bien pu réaliser comme travail effectif, lorsqu'elle était rémunérée en tant qu'assistante parlementaire de son mari, puis du député Marc Joulaud, et simultanément pour un deuxième emploi (lui aussi à temps complet) à la "Revue des deux mondes".

"Il n'y a jamais eu de cabinet"

Invité sur France Info, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll a lui aussi vertement répondu à François Fillon :
"Cela suffit, cette manière de faire de la politique, c'est diffamatoire [...] il n'y a jamais eu de cabinet, ni noir, ni blanc, ni gris, ni jaune, jamais !".
"La justice, et ça François Fillon ne veut pas l'accepter, a été indépendante dans la conduite des affaires judiciaires, c'est un acquis de ce quinquennat."
"Cette manière de faire de la politique n'est pas à la hauteur de l'engagement d'un homme politique qui entend gouverner un pays", a insisté le ministre de l'Agriculture.
La stratégie de communication de François Fillon - victimisation et stigmatisation des médias – s'est traduite par quelques incidents durant ses meetings, où des journalistes ont été pris à partie par des militants.
"Le Canard enchaîné", qui a révélé l'affaire des emplois fictifs, a lui aussi reçu des menaces de morts. Exemple, cité par l'hebdo le 1er mars : "Dernier avertissement, il n'y aura pas de survivants."
"II y a des pays où les hommes politiques appellent au calme, et il y a la France", commentait alors le journal satirique.