jeudi 2 novembre 2017

Comment le leader de la France Insoumise a-t-il pu contribuer à un tel fiasco ?

Le mouvement social s'enlise et les ordonnances réformant le Code du travail passent... Comment le leader de la France Insoumise a-t-il pu contribuer à un tel fiasco ?
Trublion de la gauche, Mélenchon a prétendu ignorer une répartition des rôles héritée des grandes luttes sociales de la fin du XIXe siècle : les syndicats ont toujours mené le combat pour l’amélioration du sort des salariés. Tandis que les partis de la gauche s’alignaient aux élections, défilaient sous la bannière des cortèges unitaires et relayaient les revendications des travailleurs dans la sphère politique…Monologuant, il a incarné, avec l’outrance rhétorique qu’on lui connaît, une résistance de Tartarin. Mais il n’a fait que s’agiter sur les tréteaux d’un théâtre médiatique qui s’est joué de lui. Au lieu de représenter au Palais-Bourbon les millions d’électeurs qui lui avaient accordé leurs suffrages, Mélenchon a dépensé sa belle énergie à souffler sur les braises d’un hypothétique "mouvement social" déjà en échec face à la loi El Khomri, dix-huit mois plus tôt. Mélenchon n’a jamais digéré son élimination au premier tour de la présidentielle "à 600.000 voix près". A ses yeux, les manifs représentaient un troisième tour social contre un président désigné comme par effraction. Désormais la charge de la preuve s'inverse. Loin d’affaiblir l’Elysée et la majorité, sa lecture bien peu républicaine du rapport de force politique a fini par miner sa propre légitimité. En six mois, l'anticapitaliste a dilapidé son capital.
La résistance française face au libéralisme mondialisateur… C’est ainsi que Mélenchon voudrait résumer l’histoire et expliquer le présent. Mais cette lecture sommaire et manichéenne ne résiste pas à l’examen des faits. Le libéralisme est au cœur de l’idéologie nationale depuis le début des temps modernes, c’est-à-dire depuis la révolution de 1789. La République française que nous connaissons ne saurait se concevoir sans référence à la liberté. Mélenchon qui s'inspire plus volontiers de la période de la Convention de 1792, voire dans la Terreur de 1793, porte au pinacle la valeur d’égalité, qui complète et met sous tension le projet républicain.
La résistance française face au libéralisme mondialisateur… C’est ainsi que Mélenchon voudrait résumer l’histoire et expliquer le présent. Mais cette lecture sommaire et manichéenne ne résiste pas à l’examen des faits. Le libéralisme est au cœur de l’idéologie nationale depuis le début des temps modernes, c’est-à-dire depuis la révolution de 1789. La République française que nous connaissons ne saurait se concevoir sans référence à la liberté. Mélenchon qui s'inspire plus volontiers de la période de la Convention de 1792, voire dans la Terreur de 1793, porte au pinacle la valeur d’égalité, qui complète et met sous tension le projet républicain. Déjà les premières dissensions apparaissent : l'occupation de logements sociaux par le couple Garrido-Corbière et l'élu parisienne Danielle Simonnet ou les prises de position "islamo-gauchiste" de la parlementaire Danièle Obono font polémique et irritent plus d'un insoumis... Mélenchon, lui, vole au secours de ses proches et garde le silence sur les dérives communautaristes.
Les sympathisants sont en droit d’attendre de leur leader un nouveau "discours de la méthode". Comment s’opposer et proposer une alternative au macronisme ? 
Pour l’heure Jean-Luc Mélenchon digère son échec de l’automne. On le sait enclin au spleen. Rêve-t-il seulement d’un nouveau printemps ?

Sylvain Courage

lundi 9 octobre 2017

Quelqu'un pour arrêter la surenchère 

entre Jean-Luc Mélenchon et Manuel Valls ? 


Si les deux ne s'apprécient guère - euphémisme - depuis un bout de temps , l'Insoumis et l'ancien Premier ministre mal aimé sont désormais lancés dans un mano à mano par presse et tweets interposés.
"Corvée : siéger avec l'ignoble Valls à la commission Nouvelle-Calédonie. Ici, qui vient-il trahir ?", avait tweeté début octobre Jean-Luc Mélenchon qui a depuis accusé Manuel Valls d'être "proche de l'extrême droite israélienne".
Le maire d'Evry Francis Chouat - très proche de Manuel Valls - en a remis une couche accusant la patron de La France insoumise de "complicité" avec les thèses de Dieudonné et Alain Soral, condamnés pour négationnisme et antisémitisme. Et d'ajouter que « Jean-Luc Mélenchon est un "adepte des procès de Moscou" ». 
Selon la même urbanité qui préside à ce conflit depuis le départ, Jean-Luc Mélenchon a aussitôt répliqué sur Twitter : "Dorénavant, la bande à Valls est totalement intégrée à la fachosphère et à sa propagande."

Haine et rancœur qui vous identifie à une certaine « fachosphère de gauche ». Vous semblez, par vos outrances,  la remarquer chez tous ceux qui ne partagent pas vos idées.

Non Monsieur Mélanchon, la propagande, n’est pas l’apanage de vos seuls  détracteurs. On trouve dans tous vos propos et ceux de vos lieutenants beaucoup plus de haine et de rancœur que chez vos adversaires politiques. 

jeudi 22 juin 2017

Salut à Manuel Valls

Effroi face à ce que l’anti-vallsisme d’aujourd’hui comporte de cruauté, 
de violence, de sauvagerie et de jouissance dans l’outrage
 – qui sont toujours présages du pire.

Ah les cons, s’ils savaient… Voici ce que murmura le président du Conseil Edouard Daladier à son retour de Munich, le 29 septembre 1938, surpris de se faire acclamer par ses compatriotes pour avoir lâché la Tchécoslovaquie. Telle devrait être, aujourd’hui, mutatis mutandis, le cri du cœur de tous les républicains face à la haine diffuse et méthodique qui accable Manuel Valls.
Une haine ancienne sans doute, recuite, mais qui éclate au grand jour, désentravée ; une haine qui n’a, souvent, plus rien de politique ; une haine qui relève de la pensée magique ou de l’exorcisme et que le climat de l’époque porte à incandescence.
A Evry, donc, un Jean-Luc Mélenchon battant l’estrade pour la candidate locale de son mouvement, et avouant, entre deux saillies contre le «gouvernement d’oligarques (sic)» d’Emmanuel Macron, qu’il aimerait bien voir Manuel Valls faire un «49.3 au deuxième tour»avant d’ajouter : «Il est le plus misérable de tous, qu’il dégage !» ; derrière la jactance du leader de la France insoumise, cet aréopage d’internautes et de twittos qui, comme des somnambules, s’hallucinent progressistes quand ils traitent l’ex-premier ministre de tous les noms, le déshonorent, le vouent aux gémonies de la disparition politique ; et, au-delà, cette impression, oui, d’une vaste nébuleuse de l’injure et de la calomnie, d’une conjuration des bashers et des haters qui, après avoir quitté le registre de la légitime critique politique pour celui, bien plus problématique, de la flétrissure d’un homme, opère dans l’impunité du continent numérique.
Triste et basse époque : dans des franges notables de l’opinion embrasée par le dark web, le nom de Manuel Valls deviendrait ainsi celui qui, comme dirait le linguiste Jean-Claude Milner, «divise absolument» : le nom du politique émissaire.
Conviction, face à ce débondage d’insanités, que la démocratie n’a rien, vraiment, rien à y gagner. Certitude que les amis sincères de la liberté et du droit ont tout à y perdre et que la philosophie de la république autour duquel les Français sont appelés à se rassembler est l’antithèse de cet abaissement. Effroi, enfin, face à ce que l’anti-vallsisme d’aujourd’hui comporte de cruauté, de violence, de sauvagerie et de jouissance dans l’outrage – qui sont toujours présages du pire.
Et puis… Revenons à l’essentiel : quelque appréciation que l’on porte sur ses réalisations à Matignon, qu’a été, ces dernières années, dans le paysage politique de notre pays, Manuel Valls ? Eh bien, il a été ce que les Anglo-saxons nomment un left disturber. Non un homme qui veut effacer les frontières de la gauche comme les partisans de la IIIème force jadis critiquée par Blum, mais un homme qui a relevé de l’oubli, pire de la déréliction, quelques principes cardinaux de l’action : la défense de la laïcité, l’opposition courageuse et intraitable à l’islamisme, la lutte sans faiblesse contre le néo-antisémitisme, la réaffirmation du républicanisme civique. Cela, c’est l’essentiel.
Salut à Manuel Valls.

dimanche 4 juin 2017

Incontestablement, Jean-Luc Mélenchon est un tribun politique. Tout aussi incontestablement, l'ancien candidat de la France insoumise est un meneur d'hommes. Et de femmes. Ces deux qualités ne sont pas passées inaperçues pendant la campagne de l'élection présidentielle. Elles lui ont permis de faire une remontée remarquée dans le mois qui a précédé le premier tour de scrutin. Il a d'abord "mangé", puis laissé sur place Benoît Hamon, le candidat "frondeur" du Parti socialiste, avant de venir mordre les mollets de François Fillon, le candidat de la droite, contesté dans son propre camp. Finalement, à son grand désespoir, il a terminé en quatrième position, le 23 avril... Une place non qualificative pour la finale.
Dire qu'il a été déçu par ce qui ne pouvait être, pour lui, qu'un échec personnel est un euphémisme. Longtemps, pendant la soirée électorale, lui, ses lieutenants et ses partisans ont voulu croire que le rapport de forces allait tourner à son avantage pour permettre à la France insoumise d'accéder au second tour. La troupe donnait même l'impression d'être dans la dénégation de la réalité des chiffres. Au demeurant, il est vrai que Mélenchon pouvait l'avoir mauvaise d'échouer si près du but. D'ou le refrain repris en boucle les jours suivants par le chef et son état-major - "il a manqué 600.000 voix... "-, en omettant seulement de préciser qu'il n'était pas troisième mais quatrième.

Mélenchon avait appelé immédiatement et sans barguigner, en 2002, à voter Chirac contre Le Pen père, en se payant le luxe d'engueuler ceux qui ne suivaient pas cette consigne -, le candidat insoumis du premier tour trouva la formule magique. "Pas une voix pour Le Pen", fut-il décidé, ce qui ne voulait évidemment pas dire "portez-vous sur Macron".
Loin de là. Mélenchon ouvrait tout simplement la voie à l'abstention, au vote blanc ou nul.
L'analyse des têtes pensantes insoumises était simple : Macron allait indéniablement gagner mais il fallait que ce soit avec le score le plus faible possible. Mélenchon n'allait quand même pas apporter sa pierre au plébiscite. Le problème de ce puissant raisonnement, c'est qu'il a un revers. Plus bas possible d'un côté signifie automatiquement par voie de conséquence plus haut à craindre de l'autre.
Plus Macron était bas, moins il avait de légitimité. Corollaire : la candidate du Front national étant alors à un étiage élevé - 40% ou plus -, elle devenait de facto la leader de l'opposition au président élu. Patatras, rien ne s'est passé comme prévu, ou plutôt envisagé. Macron a gagné avec plus de 66% des voix et Le Pen était donc à moins de 34%. Deuxième échec stratégique après celui du premier tour.

Cette évidence n'empêchait pourtant pas deux proches de Mélenchon, Raquel Garrido et Alexis Corbière, d'entrer dans la "post-vérité" en développant un peu des "faits alternatifs".
La première, porte-parole de la France insoumise, considérait que Macron était un "président faible", alors que le second, porte-parole de Mélenchon, assurait que le président en question était "minoritaire".
 N'ayant pas peur de contredire ses lieutenants, Mélenchon lançait, dès le 7 mai au soir, un appel à ses électeurs en vue des législatives pour s'opposer au "nouveau monarque présidentiel". Monarque qui était donc, quand même, "faible" et "minoritaire" ! A l'évidence, le candidat insoumis de la présidentielle voulait sortir au plus vite de cette séquence un peu calamiteuse pour lui de l'entre-deux tours.
Mais ces adversaires, le premier ministre Bernard Cazeneuve en tête, ne l'entendait pas de cette oreille. Et c'est la là que la campagne législative de Mélenchon a commencé à dangereusement déraper. Jusqu'à devenir incompréhensible, en raison de sa violence verbale.
Répondant à Cazeneuve qui avait évoqué, à nouveau, cette séquence du "non choix" pour le 7 mai, Mélenchon, désormais candidat à la députation à Marseille dans une circonscription détenue par la PS, a répondu en invectivant l'ancien ministre de l'intérieur, "le gars qui s'est occupé de l'assassinat de Remi Fraisse", ce jeune militant écologiste tué par le jet d'une grenade offensive des gendarmes sur le chantier de Sivens (Tarn). Mis à part qu'on ne comprenait pas pourquoi ce mort était "utilisé", pour ne pas dire "instrumentalisé", dans ce débat, Mélenchon donnait l'impression de régler un compte personnel. Pis, il donnait l'image d'un homme ne sachant pas tenir ses nerfs, alors même même qu'il avait brigué la magistrature suprême quelques semaines auparavant.

Alors qu'il se devait rassembleur pour conforter la frange socialiste qu'il avait décroché de Hamon pendant la présidentielle, il s'est montré agressif à son égard, de façon collatérale, et il a braqué une partie de cet électorat... qui a réintégré sa famille d'origine.
Et pour ne pas faire dans la demi-mesure, il s'est aussi fâché avec la direction du PCF considérée comme une alliée peu sûre.

Ces erreurs stratégiques vont peut-être coûter cher aux candidats de la France insoumise aux législatives. Peut-être coûter un groupe parlementaire à Mélenchon à l'Assemblée nationale. Et risquent ainsi de signer un troisième échec en deux mois. 

jeudi 1 juin 2017

Mélenchon a-t-il perdu toute raison ?

Vivre entouré de courtisans, de cire-pompes et de porte-cotons conduit généralement à une forme de délire mégalomaniaque. Est-ce l'explication des dernières déclarations de Mélenchon, que rapporte le quotidien Le Monde ? Il est devenu l’homme fort de la gauche et il n’est plus seulement hégémonique comme l’était le PS quand il parachutait ses hommes sur des circonscriptions prenables, il houspille ses alliés potentiels, il les rejette, il les excommunie. Il ne les réduit pas à la portion congrue, il veut clairement les « remplacer ». À l’entendre, il deviendra la gauche à lui tout seul. Veut-il, par ses idées,  nous ramener à un nouveau « trotskysme » ou comme l’appelle le psychanalyste Jacques-Alain Miller un « lepénotrotskistes »
On connaissait le sectarisme du bonhomme, et sa haute opinion de lui-même, mais sa paranoïa nous laisse sans voix.


« Les circonstances, les noms, les êtres ont changé, mais la structure, les places, sont les mêmes. Là où c’était Lambert, c’est aujourd’hui Mélenchon. Là où c’était le Parti communiste internationaliste, c’est la France insoumise. Là où c’était les nazis, c’est le FN. On se souvient de la phrase de Marx au début de son merveilleux petit livre, Le Dix-huit Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte : «Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.»
Farce en effet que Mélenchon en tribun et mandataire du peuple, jouant simultanément les notaires scrupuleux ne pouvant déborder sous aucun prétexte du «mandat reçu.» Tour de force de l’art théâtral. Cela mériterait un César.
Farce aussi que cette fille hommasse, fameuse parricide politique, jouant les pasionarias, non pas dans le style magnifique de Dolores Ibarruri, mais en reprenant le rôle de Jefa Espiritual de la Nacion – Cheffe Spirituelle de la Nation – jadis illustré par Eva Peron, elle mince et séduisante danseuse des bordels les plus chauds du Rio de la Plata.
Farce encore que son greluchon rendant hommage d’un ton pénétré aux talents oratoires et aux vertus civiques du rival de sa concubine.
Et farce enfin, farce énorme, farce burlesque, que Mélenchon «vêtu de probité candide et de lin blanc» expliquant la bouche pleine de mots qu’il n’avait pas à se prononcer sur le choix à faire au second tour de l’élection présidentielle. Voter blanc ? S’abstenir ? Voter Macron ? Voter Le Pen ? Non, non, non, il ne pouvait rien dire, rien de rien, il n’avait pas mandat pour cela. Le mandat, la plate-forme ; la plate-forme, le mandat. Il n’y avait pas à sortir de là.
Voilà l’homme qui se moquait naguère des «pudeurs de gazelle» de ses rivaux. Qui est donc cette gazelle aux pudeurs, cette gazelle aux chaleurs ?
Cette gazelle, c’est lui, bien entendu. Nous allons les voir à l’œuvre durant cette campagne. Ce n’est pas une force négligeable. Il s’agit de militants hyperactifs comme les fourmis du mythe, adorant leur chef et d’une loyauté à toute épreuve, ce qui serait tout à leur honneur si seulement ce chef en avait, de l’honneur.

Cognez Marine Le Pen. Cognez aussi son clan. Dites bien qu’il est composé d’admirateurs de Hitler. Ne négligez pas de cogner le lepénotrotskisme qui s’étend tous les jours davantage dans la jeunesse comme une maladie infectieuse.
Conformément à la malédiction destinale qui le voue à répéter indéfiniment la faute de son maître, l’hitlérien Lambert, Mélenchon est obligé de rechercher tous les moyens propres à désarmer la jeunesse. Lui et ceux qui le suivent ne savent plus quoi inventer pour ligoter les jeunes et les détourner de résister et de combattre. «Ils se valent !» disait Lambert, quand Résistants et Alliés étaient aux prises avec les troupes d’occupation. «Ils se valent !» répète Mélenchon en vous pointant du doigt, vous et Marine Le Pen, alors que vous allez vous affronter tous les deux dans un combat à mort (électoral s’entend).
Jacques-Alain Miller




Pour éviter de présenter des excuses (ce qu'il ne fait jamais), et en faisant valoir qu'il avait, à l'époque de la mort de Rémi Fraisse, demandé la démission du ministre de l'intérieur, Jean-Luc Mélenchon a délibérément confondu la responsabilité ministérielle et la responsabilité pénale. 
Que Bernard Cazeneuve, en qualité de ministre de l'intérieur, soit responsable de l'usage, par la police, des armes qui ont causé la mort de Rémi Fraisse, c'est vrai. Et il n'eût pas été absurde, d'ailleurs, qu'en vertu de cette responsabilité-là, le ministre démissionnât. 
Il se trouve que ce n'est pas de cette façon que Bernard Cazeneuve a pris ses responsabilités, mais en interdisant les grenades offensives qui ont tué le jeune homme. Et de cela, on peut discuter... 
Seulement, contrairement à ce qu'il laisse entendre en rappelant qu'il a demandé sa démission à l'époque, ce n'est pas du tout ce que JLM a dit de Cazeneuve il y a quelques jours ! 
Il a dit que Bernard Cazeneuve s'était "occupé d'un assassinat"... Ce qui n'est pas la même chose ! 
Il y a un abîme entre le fait de dire qu'un ministre est responsable de ce qui arrive sous son autorité, et le fait de dire (ce qui est ignoble) que BC "s'est occupé d'un assassinat". 
Ds le 1er cas, la notion de responsabilité n'engage pas l'individu, mais la fonction qu'il incarne. 
Ds le 2nd cas, elle fait peser le soupçon que l'homme Cazeneuve a personnellement (et en cachette) recommandé aux policiers de tuer quelqu'un. 
Le problème n'est pas l'outrance (peut-être involontaire) de JLM. Le problème, c'est qu'avec ce jeu délibéré sur 2 sens du mot "responsabilité", l'outrance recouvre une falsification qui permet à son auteur, une fois de plus, de rester ambigu et de jouer sur les deux tableaux : JLM n'a pas exactement traité Cazeneuve d'assassin, mais bon, il n'a pas dit le contraire non plus...

Raphaël Enthoven

samedi 13 mai 2017

Mélenchon est l'eau, la terre et le vent

On le sait : vivre entouré de courtisans, de cire-pompes et de porte-cotons conduit généralement à une forme de délire mégalomaniaque. Est-ce l'explication des dernières déclarations de Mélenchon, que rapporte le quotidien Le Monde ? On connaissait le sectarisme du bonhomme, et sa haute opinion de lui-même, mais là, on reste sans voix.
Quand on est Mélenchon, on propose sa candidature à distance pour disposer de l’investiture sans instance. Comme à la présidentielle. Il est comme ça notre Mélenchon épris de conscience des gens. C’est le dernier trésor national d’un esprit ancien qu’il feint de contester pour mieux se servir sur la bête d’une Gauche à l’agonie. C’est un vieux monde qui a la modernité de ce que l’on avait oublié. Elu depuis 1983 ! 34 ans qu’il est dans la place. La méthode consiste à réinventer une posture à la dernière mode ‘citoyenne’
Ils ne comprennent rien à la splendeur d’incarner un mouvement d'inspiration citoyenne en imposant sa candidature comme un grand Seigneur politique d'un autre siècle. Lui qui voulait prétendument être le dernier monarque républicain. Quelle blague ! De toute sa hauteur du parisien jacobin centralisateur vertical, il regarde ses provinces lointaines comme autant de gourmandises promises pour inspirer une politique soucieuse du local. L’horizontalité citoyenne n’est plus que la ligne droite de sa silhouette dans le décor bouché du Vieux Port.

On ne doute pas que la consultation en ligne formulerait un plébiscite dans la ferveur l'obligeant à cette faveur. Mais au-delà de cet outil rusé qui permet de ne pas donner de consigne autant que de n’y soumettre aucune stratégie politicienne collective, peut-on interroger également le sort en interne du petit pourcentage de ceux qui oseraient contrarier le privilège du fier Chevalier lointain.
Les images d'une mosaique des gauches unies qu'il faut remplacer par celles de liesse d’une foule en délire implorant sa candidature par acclamation. Mélenchon joue les modestes effarouchés : "Qui n'hésiterait pas? Cela fait beaucoup de fatigue (…) mais je suis convaincu » offrant sa candidature sacrificielle qui relèverai du don de soi...

Normal, le corps de
Mélenchon est l'eau, la terre et le vent de Marseille. Mélenchon est le feu, la lumière et le grand tout-ou-rien de la Gauche. Mélenchon est un absolu. Et sa limite précisément, c'est qu'il est indépassable. Et tout ce qui dépasse dans son estime n’est pas assimilable et ne peut faire alliance sans corrompre la pureté ; non pas d’un collectif émancipateur, mais de son ambition égotique, et paranoïaque*...
*la paranoïa indique un trouble mental manifesté par des difficultés relationnelles, des troubles du comportement et un sentiment de persécution pouvant aller jusqu'à un point d'irrationalité et de délire (délire paranoïaque). La pensée paranoïaque inclut typiquement des croyances de persécution liées à une menace perçue comme provenant des individus : jalousie, délires, etc. 
Tous les symptômes de votre grand "lider Maximo" ...

jeudi 4 mai 2017

"Marine Le Pen a saboté sa propre stratégie de dédiabolisation"

Débat : "Marine Le Pen a saboté sa propre stratégie de dédiabolisation"
Invectives, insinuations et même quelques insultes... Les deux heures et demie de débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, mercredi soir 3 mai, se sont révélées tumultueuses

« Essayer Le Pen, c’est comme essayer Hitler : 

vous avez un ticket aller mais sans ticket retour »


Marine Le Pen a attaqué Emmanuel Macron d'entrée, mercredi soir, et s'est montrée particulièrement offensive tout au long du débat. Une stratégie payante ?
J'ai été frappée, lors de ce débat, par l'incapacité de Marine Le Pen à contrôler sa parole, que ce soit au niveau du ton comme du registre. Jusqu'à présent, Marine Le Pen avait toujours très bien su se taire quand il le fallait, pour éviter les polémiques et ne pas abîmer son image. Elle s'était même imposée une diète médiatique en 2016 pour polir sa candidature...
Mercredi soir, ce qui est très surprenant, c'est qu'elle a fait tout l'inverse de ce qu'elle fait habituellement. En attaquant son rival sans cesse, dans des termes parfois très violents et avec un certain manque de spontanéité, elle est vite tombée dans une forme de surenchère. En restant dans le registre des invectives permanentes, elle n'est jamais parvenue à développer un argumentaire clair, précis. Surtout, focalisée uniquement sur Emmanuel Macron, elle n'a pas parlé de son programme, y compris des mesures qui peuvent à première vue paraître alléchantes pour de nombreux Français comme la baisse des impôts. C'est comme si elle était sur le plateau non pour débattre et convaincre mais uniquement pour attaquer voire diffamer. Or un débat d'entre-deux-tours est avant tout censé permettre aux candidats de se présidentialiser, de prendre de la hauteur et de se crédibiliser pour rassembler le plus largement possible. Elle n'a clairement pas marqué des points sur le terrain de la crédibilité lors de ce débat tant elle s'est montrée confuse. Or c'était bien l'un des principaux enjeux de la soirée. Car il lui fallait gagner des points en la matière pour espérer séduire une partie de l'électorat de droite d'ici dimanche.
Quels sont les mots de la candidate d'extrême droite qui vous ont le plus frappée ?
Plus que les mots, c'est vraiment le registre et le ton adoptés par Marine Le Pen qui ont été très étonnants lors de ce duel. Mais un mot m'a particulièrement marqué, c'est l'expression "Europe à la schlague" qu'elle a lâchée dans les toutes dernières minutes du débat alors qu'Emmanuel Macron parlait. C'est, il me semble, un dérapage à la Jean-Marie Le Pen. Alors que ce débat est censé être un moment un peu solennel, Marine Le Pen a joué ici sur les allusions à la Seconde Guerre mondiale...
Est-ce le signe qu'elle a peu à peu perdu le contrôle dans ce débat ? C'est en tout cas assez révélateur de sa contre-performance. En affichant une agressivité quasi permanente, elle a saboté sa propre stratégie de dédiabolisation. Cela fait maintenant des années qu'elle cherche à modérer son image. Elle a fait campagne sur son nom, en gommant autant que possible l'étiquette FN, et depuis le premier tour, elle fait en sorte de se construire une image de rassembleuse, en faisant alliance avec Nicolas Dupont-Aignan. Alors qu'elle était assez bien parvenue à prendre un peu de hauteur lors des débats précédents, elle s'est montrée incapable, mercredi soir, de s'élever, de se présidentialiser à un moment où c'est pourtant ce que l'on attend des candidats.
Emmanuel Macron est-il parvenu, lui, à se présidentialiser ?
Dans ce débat, le cafouillage a été permanent. Ce fut même parfois assez chaotique. Mais le contraste entre les deux candidats était néanmoins assez saisissant. Emmanuel Macron était celui qui avait le plus à perdre mercredi soir. Parce qu'il est annoncé comme le grand favori du scrutin, mais aussi parce qu'il s'agit d'un candidat avec de possibles fragilités. Il serait trop jeune, trop inexpérimenté, trop naïf, trop laxiste sur le régalien, trop flou... Alors que Marine Le Pen est tombée dans la surenchère et a sur-investi le terrain de l'émotion, lui est parvenu, durant ce duel, à sortir de son registre habituel pour gagner en hauteur et camper le personnage de chef de l'Etat.
On l'a assez peu entendu miser sur les émotions positives comme il le fait habituellement dans ses meetings. Il a cette fois-ci tenu des propos plus structurés, et surtout plus précis que sa rivale. Le danger, pour lui, était d'apparaître comme arrogant. Sur ce point, il s'en assez bien tiré. Pédagogue, il a su pointer les failles de son adversaire en illustrant son argumentaire et ses démonstrations par des exemples concrets. Marine Le Pen était venue pour attaquer, lui pour expliquer.

cile Alduy « l’Obs »